Pékin tente de freiner le mouvement de colère d’une ampleur historique

Cette image extraite d’une vidéo montre des policiers escortant une personne arrêtée, lundi, dans la rue Urumqi, à Shanghaï. Un incendie mortel survenu la semaine dernière dans la ville d’Urumqi, capitale de la province du Xinjiang, a catalysé la colère de nombre de Chinois contre les mesures sanitaires en vigueur.
Matthew Walsh Agence France-Presse Cette image extraite d’une vidéo montre des policiers escortant une personne arrêtée, lundi, dans la rue Urumqi, à Shanghaï. Un incendie mortel survenu la semaine dernière dans la ville d’Urumqi, capitale de la province du Xinjiang, a catalysé la colère de nombre de Chinois contre les mesures sanitaires en vigueur.

Les autorités chinoises tentaient lundi d’enrayer le mouvement de colère contre les restrictions sanitaires et en faveur de plus de libertés, des manifestations d’une ampleur historique. Par son étendue, la mobilisation évoque les rassemblements pro-démocratie de 1989, durement réprimés. Elle est le point d’orgue d’une grogne populaire qui couve depuis des mois en Chine, l’un des derniers pays au monde à appliquer une stricte politique « zéro COVID ».

À l’étranger, ces manifestations ont reçu des marques de soutien, notamment du président des États-Unis, Joe Biden. « La Maison-Blanche soutient le droit à manifester de manière pacifique », a déclaré M. Biden lors d’un échange avec la presse, en faisant valoir qu’il « se tient informé de ce qui se passe » de « près ».

Un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, Jeremy Laurence, a appelé « les autorités à répondre aux manifestations conformément aux lois et normes internationales relatives aux droits de la personne ».

Dimanche, une foule de manifestants, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, était descendue dans la rue notamment à Pékin, à Shanghai et à Wuhan, prenant les forces de l’ordre au dépourvu. Parmi les slogans scandés à l’unisson : « Pas de tests COVID, on a faim ! », « Xi Jinping, démissionne ! PCC [Parti communiste chinois], retire-toi ! » ou « Non aux confinements, nous voulons la liberté ».

L’incendie mortel survenu à Urumqi, capitale de la province du Xinjiang (Nord-Ouest), a catalysé la colère de nombre de Chinois pour qui les restrictions sanitaires ont entravé les secours. Elles ont finalement été assouplies dans cette ville où, dès mardi, les habitants pourront se déplacer en bus pour faire leurs courses.

Photo: Michael Zhang Agence France-Presse Dans plusieurs villes chinoises, dont Pékin, des gens se sont rassemblés dans des espaces publics en tenant des feuilles blanches, utilisées comme un symbole de la censure.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a accusé des « forces aux motivations cachées » d’établir un lien entre cet incendie et « la réponse locale à la COVID-19 », selon son porte-parole Zhao Lijian. Sous « la direction du Parti communiste chinois et [avec] le soutien du peuple chinois, notre combat contre la COVID-19 sera une réussite », a-t-il clamé.

Mais les manifestations ont aussi fait émerger des demandes pour plus de libertés politiques et le départ du président Xi Jinping, à peine reconduit pour un troisième mandat inédit.

Présence policière

Lundi, une présence policière était visible à Pékin et à Shanghai, près des lieux de rassemblement de la veille. À Shanghai, une des rues occupées était désormais entourée de palissades pour empêcher tout nouveau rassemblement.

Des heurts avaient opposé dimanche forces de l’ordre et manifestants. Un journaliste de la BBC en Chine, a été arrêté et « frappé par la police » à Shanghai, selon ce média. L’Union européenne de Radio-Télévision (UER) a condamné lundi « avec la plus grande fermeté, les intimidations et les agressions intolérables dont sont victimes les journalistes et les équipes de production des membres de l’UER en Chine ».

À Hong Kong, des dizaines de personnes se sont rassemblées lundi à l’Université chinoise en signe de solidarité avec les manifestants et en hommage aux victimes de l’incendie à Urumqi.

Sur les réseaux sociaux chinois, toute information concernant ces manifestations semblait avoir été effacée lundi.

« Point d’ébullition »

Le contrôle strict des autorités chinoises sur l’information et les restrictions sanitaires sur les voyages compliquent la vérification du nombre total de manifestants durant le week-end. Mais un soulèvement aussi étendu est rarissime en Chine, compte tenu de la répression contre toute forme d’opposition au gouvernement.

Le Quotidien du peuple a publié lundi un texte mettant en garde contre la « paralysie » et la « lassitude » face à la politique « zéro COVID », sans appeler à y mettre fin.

« Les gens ont maintenant atteint un point d’ébullition, car il n’y a pas de direction claire sur la voie à suivre pour mettre fin à la politique du zéro COVID », explique Alfred Wu Muluan, expert en politique chinoise à l’Université nationale de Singapour. « Le parti a sous-estimé la colère de la population », ajoute-t-il.

À voir en vidéo