Le chef des talibans ordonne une application stricte de la loi islamique

Un jeune afghan brandit une arme-jouet lors de célébrations entourant le premier anniversaire du retour au pouvoir des talibans devant l’ancienne ambassade des États-Unis, à Kaboul, le 31 août.
Ebrahim Noroozi Associated Press Un jeune afghan brandit une arme-jouet lors de célébrations entourant le premier anniversaire du retour au pouvoir des talibans devant l’ancienne ambassade des États-Unis, à Kaboul, le 31 août.

Le chef suprême des talibans en Afghanistan a ordonné aux juges d’appliquer tous les aspects de la loi islamique, parmi lesquels les exécutions publiques, les lapidations ou encore l’amputation des membres des voleurs, quelques jours après une série de lois liberticides pour les femmes.

Dans un tweet publié dimanche soir, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a indiqué que cet ordre « obligatoire » émanait du chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, après une rencontre avec un groupe de juges.

Akhundzada, qui n’a pas été filmé ou photographié en public depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, dirige le pays par décret depuis Kandahar (sud), berceau du mouvement islamiste fondamentaliste.

« Examinez soigneusement les dossiers des voleurs, des kidnappeurs et des séditieux », a écrit le porte-parole en citant Akhundzada. Pour « ces dossiers dans lesquels toutes les conditions de la charia […] ont été remplies, vous êtes obligés d’appliquer » l’ensemble des sanctions prévues, a-t-il poursuivi, évoquant la loi islamique.

Le porte-parole des talibans n’était pas disponible lundi pour donner plus de précisions.

Le chef suprême fait référence aux délits considérés selon la loi islamique comme les plus graves et pour lesquels sont prévues différentes condamnations, incluant les châtiments corporels.

 

Ils comprennent l’adultère, le fait d’accuser faussement quelqu’un de cette dernière infraction, mais aussi la consommation d’alcool, le vol, le banditisme, l’apostasie et la rébellion.

Selon les érudits de l’islam, la condamnation pour certains de ces faits exige un degré de preuve très élevé, y compris, dans le cas de l’adultère, la confession ou le témoignage de quatre hommes adultes musulmans.

Flagellations

 

Les réseaux sociaux sont inondés depuis plus d’un an de vidéos et de photos de combattants talibans infligeant des flagellations dans la rue à des personnes accusées de diverses infractions. Des rapports font également état de flagellations pour adultère dans les zones rurales après la prière du vendredi, mais il est difficile de les vérifier de source indépendante.

À leur retour au pouvoir, les talibans avaient promis de se montrer plus souples dans l’application de la charia, mais ils sont largement revenus à l’interprétation ultrarigoriste de l’islam qui avait marqué leur premier passage au pouvoir (1996-2001).

Ils punissaient alors en public les auteurs de vols, d’enlèvements ou d’adultère, de peines telles que l’amputation d’un membre ou la lapidation.

« S’ils commencent réellement à appliquer » les aspects les plus durs de la loi islamique, ce sera pour chercher « à susciter la peur que la société a progressivement perdue après leur retour au pouvoir », explique Rahima Popalzai, analyste juridique et politique en Afghanistan, interrogée par l’AFP.

Selon l’analyste, « en tant que structure théocratique, les talibans veulent aussi renforcer leur identité religieuse au sein des pays musulmans ».

Depuis 15 mois, les femmes, en particulier, ont vu des droits durement acquis s’évaporer et elles sont de plus en plus écartées de la vie publique. La plupart d’entre elles ont perdu leur emploi ou reçoivent un salaire de misère pour rester à la maison.

Elles n’ont pas le droit non plus de voyager sans être accompagnées d’un parent masculin et doivent se couvrir d’une burqa ou d’un hijab lorsqu’elles sortent de chez elles.

La semaine dernière, les talibans leur ont également interdit d’entrer dans les parcs, jardins, salles de sport et bains publics.

Les derniers attentats dans le pays pourraient également expliquer cet ordre d’application stricte de la charia, selon Rahima Popalzai.

« Avec les récentes attaques, leur revendication (d’avoir ramené la sécurité dans le pays, NDLR) a également été remise en question, mais ils veulent dire au monde : “nous pouvons tenir nos promesses” », estime Mme Popalzai.

Le 30 septembre à Kaboul, un kamikaze s’est fait exploser dans un centre de formation pour étudiants situé sans un quartier la communauté minoritaire chiite hazara de Kaboul, tuant 54 personnes dont 51 filles.

L’attentat n’a pas été revendiqué, mais six membres de la branche régionale du groupe djihadiste État islamique, l’EI-K, accusés d’y être impliqués ont été récemment tués par les talibans.

Quelques jours plus tard, le 5 octobre, une explosion dans une mosquée au sein même du ministère de l’Intérieur avait également fait au moins quatre morts.

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