Nouvelle série de tirs nord-coréens, échec apparent d’un missile intercontinental

Un missile Hwasong-17, considéré comme le plus puissant ICBM mis au point à ce jour par la Corée du Nord, lors d’un défilé militaire à Pyongyang le 25 avril 2022.
KCNA KNS via Agence France-Presse Un missile Hwasong-17, considéré comme le plus puissant ICBM mis au point à ce jour par la Corée du Nord, lors d’un défilé militaire à Pyongyang le 25 avril 2022.

La Corée du Nord a lancé jeudi trois nouveaux projectiles, dont un missile balistique intercontinental (ICBM) qui a apparemment échoué, au lendemain d’une salve record de tirs qui a porté à son comble la tension dans la région.

Selon l’état-major interarmées sud-coréen, trois projectiles — deux missiles à courte portée suivis d’un ICBM — ont été lancés jeudi matin par le Nord en direction de la mer du Japon.

« Le lancement d’un ICBM par la Corée du Nord s’est vraisemblablement soldé par un échec » pendant la séparation du deuxième étage de la fusée, a affirmé l’armée sud-coréenne.

Selon elle, ce missile a parcouru 760 km à une altitude maximale de 1920 km et à la vitesse de Mach 15 (15 fois la vitesse du son). Les deux autres missiles ont parcouru environ 330 km à Mach 5 et à une altitude maximale de 70 km.

Les sirènes d’alerte aérienne ont retenti pour le deuxième jour consécutif dans l’île sud-coréenne d’Ulleungdo, située à 120 km à l’est de la péninsule coréenne, ont rapporté les médias locaux.

Une alerte a également été déclenchée dans le nord du Japon même si, contrairement aux affirmations initiales des autorités, le missile n’a finalement pas survolé l’archipel. Selon le ministre de la Défense Yasukazu Hamada, le projectile a « disparu au-dessus de la mer du Japon ».

« Le barrage continu de missiles jour après jour est un outrage et ne peut être toléré », a déclaré le premier ministre japonais Fumio Kishida.

Ce lancement « souligne la nécessité pour tous les pays d’appliquer pleinement les résolutions du Conseil de sécurité » sanctionnant la Corée du Nord, a affirmé de son côté le porte-parole du département d’État américain Ned Price.

Le 4 octobre, un missile balistique nord-coréen avait survolé le Japon pour la première fois en cinq ans.

Mercredi, la Corée du Nord avait déjà tiré 23 missiles, dont l’un avait franchi la “Ligne de limite du Nord” (NLL) qui prolonge en mer la frontière terrestre intercoréenne, tout en restant dans les eaux internationales.

« Invasion territoriale »

Selon l’armée sud-coréenne, c’était la première fois depuis la fin de la guerre de Corée en 1953 qu’un projectile nord-coréen terminait sa course aussi près des eaux territoriales du Sud.

Le président sud-coréen Yoon Suk-yeol a estimé mercredi que ces tirs constituaient « une invasion territoriale de fait ».

Cette démonstration de force par Pyongyang intervient au moment où la Corée du Sud et les États-Unis mènent les plus importants exercices aériens de leur histoire dans la région.

 

Les deux alliés ont décidé jeudi de prolonger ces exercices « compte tenu des récentes provocations du Nord », a annoncé l’armée sud-coréenne.

Selon des analystes, l’exercice, baptisé « Tempête vigilante » (« Vigilant Storm »), inquiète particulièrement Pyongyang car il mobilise des avions furtifs F-35A et F-35B. Des appareils qui « pourraient être utilisés dans des opérations de décapitation » du régime de Kim Jong-un, a fait valoir Go Myong-hyun, chercheur à l’Asan Institute for Policy Studies.

Durant l’été 2022, des informations faisant état d’entraînements américano-sud-coréens à des « frappes de décapitation » éclair contre les dirigeants nord-coréens avaient en effet circulé. De quoi aggraver les craintes de Pyongyang qui considère déjà les fréquentes manoeuvres conjointes entre les armées américaine et sud-coréenne comme des répétitions générales à une invasion de son territoire.

« Tempête vigilante » constitue « une manoeuvre militaire agressive et provocatrice visant la République populaire et démocratique de Corée », a dénoncé mercredi le régime nord-coréen, qui a menacé Séoul et Washington de « payer le plus horrible prix de l’histoire ».

Les États-Unis et la Corée du Sud avertissent depuis des mois que la Corée du Nord s’apprête à réaliser un essai nucléaire, qui serait son septième.

Futur essai nucléaire ?

 

Fin septembre, le régime de Kim Jong-un avait adopté une nouvelle doctrine proclamant le caractère « irréversible » du statut de puissance nucléaire du pays, rendant impossible tous pourparlers futurs au sujet de sa dénucléarisation, et se réservant le droit de mener des frappes préventives.

Cette proclamation avait été suivie, en septembre et octobre, d’une longue série d’essais de missiles, présentés par Pyongyang comme des simulations « nucléaires tactiques ».

Les récentes séries de tirs « sont des célébrations préliminaires à leur futur essai nucléaire », a prédit Ahn Chan-il, chercheur spécialisé sur la Corée du Nord. « Cela ressemble aussi à une série de tests pratiques pour leur déploiement nucléaire tactique », a-t-il dit à l’AFP.

La Corée du Nord a rompu en mars dernier le moratoire qu’elle s’était auto-imposée en 2017 sur les essais de missiles balistiques intercontinentaux, mais a depuis subi plusieurs échecs.

Également en mars, un Hwasong-17, considéré comme le plus puissant ICBM mis au point à ce jour par Pyongyang, avait apparemment explosé peu après son lancement et une boule de feu avait été aperçue dans le ciel au-dessus de la capitale nord-coréenne. Et en mai dernier, l’armée sud-coréenne avait également fait état d’un échec de lancement d’ICBM.

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