Un troisième mandat pour Xi Jinping

En une décennie à la tête du pays, Xi Jinping a renforcé la stature de la deuxième économie mondiale et modernisé considérablement l’armée pour rivaliser avec les États-Unis.
Noel Celis Agence France-Presse En une décennie à la tête du pays, Xi Jinping a renforcé la stature de la deuxième économie mondiale et modernisé considérablement l’armée pour rivaliser avec les États-Unis.

Le président chinois, Xi Jinping, a été reconduit dimanche à la tête du Parti communiste, s’entourant de fidèles alliés pour devenir le dirigeant le plus puissant de la Chine moderne.

« La Chine ne peut pas se développer sans le monde, et le monde a aussi besoin de la Chine », a clamé devant la presse le dirigeant, également reconduit aux commandes de l’armée chinoise.

En une décennie à la tête du pays, Xi Jinping a renforcé la stature de la deuxième économie mondiale et modernisé considérablement l’armée pour rivaliser avec les États-Unis. « Nous avons créé deux miracles : un développement économique rapide et une stabilité sociale à long terme », s’est-il félicité, après avoir obtenu un troisième mandat de cinq ans, par un Comité central largement remanié du Parti communiste chinois (PCC).

Les dirigeants russe et nord-coréen, Vladimir Poutine et Kim Jong-un, lui ont envoyé leurs « chaleureuses félicitations ». Le premier s’est dit « ravi » de poursuivre un « dialogue constructif et [un] travail commun étroit », le second souhaitant « un plus bel avenir » aux relations bilatérales entre Pékin et Pyongyang.

Au Palais du peuple à Pékin, le dirigeant de 69 ans au sourire impassible est arrivé à la tribune surmontée de la faucille et du marteau, suivi de six autres hommes nommés au sommet du pouvoir chinois, tous des proches et alliés.

Plusieurs médias étrangers, comme le Wall Street Journal, n’ont pas été conviés à cette présentation à la presse.

Remerciant « l’ensemble du Parti pour [sa] confiance », Xi Jinping a promis de « travailler dur dans l’accomplissement » de ses « tâches ».

Malgré une concentration presque totale des pouvoirs, le dirigeant fait face à des vents adverses : une économie en fort ralentissement en raison de sa politique « zéro COVID », une rivalité exacerbée avec les États-Unis et des critiques internationales sur les droits de la personne.

Encore moins de femmes

 

Le 20e congrès du PCC s’est refermé samedi après une semaine de délibérations à huis clos, avec le renouvellement de 65 % des membres du Comité central, sorte de parlement interne au parti.

Au cours de leur première réunion dimanche matin, les 205 membres de ce parlement — dont 11 femmes seulement — ont désigné les 24 représentants du Bureau politique, l’instance de décision du PCC.

Celui-ci, pour la première fois en 25 ans, ne compte aucune femme.

« Les femmes continuent d’être fortement sous-représentées au sommet de la politique chinoise », note la lettre d’information spécialisée Neican China. Leur proportion a même reculé de 5,4 à 4,9 % au sein du Comité central.

Ce dernier a aussi désigné dimanche le nouveau Comité permanent du parti, organe qui détient la réalité du pouvoir en Chine.

 

Dirigé par son secrétaire général, Xi Jinping, le Comité est désormais exclusivement composé de ses proches alliés.

A priori, Li Qiang, chef du parti à Shanghai, devrait être le prochain premier ministre, en dépit d’une gestion chaotique du confinement au printemps. Il succéderait alors à Li Keqiang, qui prendra sa retraite.

Les nouveaux membres du Comité permanent « sont tous des hommes de Xi, cela montre qu’il veut gouverner au-delà d’un troisième mandat », donc après 2027, souligne Alfred Wu Muluan, expert en politique chinoise à l’Université nationale de Singapour.

Une rupture par rapport au passé, quand les factions du PCC nouaient des compromis pour répartir les postes, ce dont Xi Jinping est un illustre exemple : il est arrivé comme candidat de consensus en 2012.

Mais M. Xi avait ensuite surpris tout le monde en éliminant ses rivaux pour concentrer peu à peu tous les pouvoirs à la tête du parti et de la Chine, tout en menant une répression sévère contre toute dissidence.

En décrochant à nouveau le poste de secrétaire général du parti, Xi Jinping s’assure un troisième mandat présidentiel en mars prochain.

Pour se maintenir au pouvoir, il a fait modifier en 2018 la Constitution qui limitait ce poste à deux mandats et à une durée totale de 10 ans.

« La reconduction de Xi Jinping est le fruit d’une extrême concentration de son pouvoir personnel », souligne à l’AFP un politologue chinois, sous couvert d’anonymat compte tenu de la sensibilité du sujet.

Et il ne fait « aucun doute » que M. Xi cherche désormais à se maintenir au pouvoir à vie.

Cette décision est « catastrophique pour la Chine » et nuit au PCC, estime cet intellectuel, car elle annonce selon lui « le déclin et la stagnation » de la deuxième économie mondiale.

Henry Gao, professeur de droit à l’Université de gestion de Singapour, prédit quant à lui que Xi sera « plus conservateur » en politique intérieure, mais « plus radical » à l’international lors de son prochain mandat : il « tentera de se confronter à l’Occident ».

L’incident Hu Jintao

En clôture de son congrès, le PCC a réaffirmé samedi le « rôle central » de Xi Jinping. Seul incident marquant durant une cérémonie très chorégraphiée, l’ancien président Hu Jintao a été escorté vers la sortie, ont constaté des journalistes de l’AFP. Visiblement contre son gré, l’homme de 79 ans, qui a présidé la Chine de 2003 à 2013, a été incité par des employés à se lever de son siège, situé à côté de Xi Jinping. Cette scène très inhabituelle n’a pas été expliquée par les autorités, qui n’ont donné aucune suite aux sollicitations de l’AFP.

L’agence Chine nouvelle a affirmé en anglais que Hu Jintao « ne se sentait pas bien ». Il va « beaucoup mieux » désormais, a-t-elle écrit sur Twitter, bloqué en Chine. Aucun média dans le pays n’a cependant repris cette information.

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