L’ex-premier ministre pakistanais Imran Khan interdit d’élection pendant cinq ans

L’ex-premier ministre pakistanais Imran Khan, lors d’une apparition devant un tribunal d’Islamabad, le 25 août.
Aamir Qureshi Agence France-Presse L’ex-premier ministre pakistanais Imran Khan, lors d’une apparition devant un tribunal d’Islamabad, le 25 août.

L’ex-premier ministre pakistanais Imran Khan a été interdit vendredi de se présenter à toute élection pendant cinq ans par la Commission électorale, pour ne pas avoir déclaré tous les cadeaux diplomatiques reçus durant son mandat.

La Commission a conclu que l’ancien chef du gouvernement « était impliqué dans des pratiques de corruption », a déclaré à l’AFP l’un des avocats de M. Khan, Gohar Khan, annonçant son intention de saisir immédiatement la justice pour faire annuler cette décision.

Si celle-ci est confirmée par les tribunaux, M. Khan, qui avait été renversé en avril par une motion de censure à l’Assemblée nationale, pourrait ne pas pouvoir concourir aux prochaines élections législatives qui doivent avoir lieu d’ici octobre 2023.

Des dizaines de ses partisans s’en sont pris à des véhicules en quittant les locaux de la Commission après la décision, et la police a arrêté un garde du corps de M. Khan pour avoir tiré une balle vers le sol.

« Nous rejetons cette décision honteuse. Le PTI et la nation entière rejettent cette décision », a réagi Fawad Chaudhry, ancien ministre de l’Information et haut responsable du parti de M. Khan, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI, Mouvement du Pakistan pour la justice), incitant tous ses partisans à descendre sans attendre dans les rues pour manifester leur désapprobation.

Un appel tout de suite entendu : des militants du PTI ont bloqué des routes à Lahore, et à Faisalabad, dans l’est du pays, ils ont mis le feu à des pneus pour arrêter la circulation.

La police d’Islamabad a indiqué sur Twitter être en état d’alerte « élevée » dans la capitale.

Photo: Ghulam Rasool Agence France-Presse Des partisans d’Imran Khan ont tenté de pénétrer dans l’enceinte de la la Commission électorale après la décision rendue vendredi.

Soutien populaire

La presse pakistanaise enchaîne depuis plusieurs mois les unes à sensation, reprochant à l’ancien champion de cricket et son épouse d’avoir reçu l’équivalent de plusieurs centaines de milliers de dollars de cadeaux, sous forme de montres de luxe, bijoux, sacs à main de créateurs ou parfums, pendant leurs déplacements à l’étranger.

M. Khan est accusé de ne pas avoir déclaré l’ensemble des biens reçus sous son mandat et d’avoir gagné de l’argent en en revendant certains.

Au Pakistan, les responsables gouvernementaux doivent déclarer tous les cadeaux reçus, mais sont autorisés à conserver les moins onéreux.

Ils peuvent aussi acquérir certains des présents les plus chers pour environ 50 % de leur valeur. Cette proportion n’était que de 20 % avant d’être augmentée par M. Khan.

La plainte sur laquelle la Commission électorale s’est prononcée vendredi avait été déposée quand M. Khan était encore au pouvoir, par l’opposition d’alors.

À l’époque, M. Khan avait expliqué n’avoir pas déclaré certains biens pour des raisons de sécurité nationale, mais dans une réponse écrite avait aussi admis avoir acheté pour près de 22 millions de roupies (136 000 dollars canadiens) de cadeaux et les avoir ensuite revendus pour plus du double de ce montant.

Malgré son éviction, M. Khan conserve un large soutien dans la population. Depuis avril, il a organisé de vastes rassemblements dans tout le pays — attirant des dizaines de milliers de supporteurs — pour faire pression sur la fragile coalition au pouvoir. Il avait aussi promis d’annoncer bientôt la date d’une nouvelle « longue marche » sur Islamabad.

L’ancien champion de cricket, qui ne cesse de ressasser sa thèse selon laquelle sa chute aurait été le fruit d’une « conspiration » ourdie par les États-Unis, critique sans répit le gouvernement de son successeur, Shehbaz Sharif, et exige des élections anticipées.

« Tension politique »

Il a été confronté à plusieurs procédures judiciaires ces derniers mois, dont il s’était jusque-là sorti sans trop de dommages, l’actuel gouvernement cherchant à tout prix à l’écarter des prochaines élections.

Le pays a l’habitude de voir les dirigeants politiques utiliser la police et la justice pour museler l’opposition.

Imran Khan était arrivé au pouvoir en 2018, après la victoire aux législatives du PTI, sur une plateforme populiste mêlant promesses de réformes sociales, conservatisme religieux et lutte contre la corruption.

 

Mais sous son mandat, la situation économique s’est dégradée et il a perdu le soutien de l’armée qui avait été accusée d’avoir contribué à le faire élire.

L’annonce de la Commission électorale a été accueillie avec une grande satisfaction par le pouvoir en place.

« Celui qui répandait des mensonges sur la corruption supposée de ses adversaires politiques a été pris la main dans le sac », a twitté le ministre des Affaires étrangères, Bilawal Bhutto Zardari.

Pour l’analyste Hassan Askari Rizvi, cette décision aura surtout pour conséquence d’accroître la « tension politique » dans le pays.

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