Les commerçants du Taj Mahal luttent pour leur survie

Photo: Adil Boukind Le Devoir En raison d’une décision de la Cour suprême indienne, les commerçants se trouvant dans un rayon de 500 mètres autour du Taj Mahal doivent fermer boutique.

On les remarque dès la sortie du célèbre symbole de l’Inde : des pancartes « Save Taj Ganj » et « #WeWantJustice » attendent les touristes et les visiteurs aux abords des petits commerces encerclant le Taj Mahal. Car les commerçants du quartier historique de Taj Ganj, qui abrite le monument du XVIIe siècle sur trois côtés, mènent présentement une bataille pour leur survie.

Le 26 septembre dernier, la Cour suprême du pays a ordonné l’arrêt de toutes les activités commerciales dans un rayon de 500 mètres autour du Taj Mahal. Ils avaient jusqu’à lundi pour cesser leurs activités. Désormais, toute personne se livrant à des activités commerciales aux alentours du monument historique pourrait être poursuivie, conformément à la loi.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Des centaines de petits restaurateurs, artisans et hôteliers se trouvent à cette distance du Taj Mahal. Plusieurs de ces commerces ont placé des pancartes «"Save Taj Ganj"» devant leur enceinte.

Or, des centaines de petits restaurateurs, artisans et hôteliers se trouvent à cette distance de l’enceinte. Et pour ces travailleurs, la fermeture de leur commerce implique non seulement la perte de leur gagne-pain, mais aussi le deuil de leur entreprise familiale, dont plusieurs sont en activité depuis des décennies.

Zai, le commerçant d’une petite boutique d’artisanat de marbre, fait partie de ceux qui sont touchés par la nouvelle loi. En face de son commerce, tout juste situé en face de la porte est de l’entrée du Taj Mahal se trouve une pancarte « Justice for Taj Ganj ».

Le propriétaire d’une cinquantaine d’années a la mine basse lorsqu’on le questionne sur le sujet. « C’est terrible. Je ne peux rien faire d’autre [comme travail] : ma famille a ce magasin depuis des générations. C’est le cas de presque tout le monde ici », explique-t-il.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Zai tient une petite boutique d’artisanat de marbre, qui est touchée par la nouvelle loi. «Ma famille a ce magasin depuis des générations. C’est le cas de presque tout le monde ici», déplore-t-il.

Le propriétaire d’un autre petit commerce des environs, Ajay Singh, abonde dans ce sens : « Tous les propriétaires ici sont tristes, car nous n’avons pas d’autre travail. Nous n’avons que ça. Ici, c’est l’entreprise de ma famille. De mon grand-père, elle est passée à mon père, puis à moi », raconte-t-il en soupirant.

Comme Zai, Ajay espère toutefois ne pas avoir à faire ses boîtes de sitôt. Unis sous la « Tajganj Development Foundation », qui contestera l’ordonnance devant une instance supérieure de la Cour suprême, les centaines de commerçants s’accrochent toujours à l’espoir de faire entendre leur cause à la Cour suprême pour faire invalider la décision la semaine prochaine.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Ajay Singh

Nitin Singh, un guide touristique du Taj Magal — celui qui a d’ailleurs offert une visite à de nombreux chefs d’État, comme Donald Trump ou Justin Trudeau —, est le président du groupe. Étant lui-même résident de Taj Ganj, il s’est donné pour mission de défendre les commerçants de son quartier jusqu’au bout.

« Quand la Cour suprême a pris sa décision, elle n’a pas écouté les gens les plus directement concernés, ceux qui souffrent le plus en ce moment », raconte-t-il à l’intérieur d’une petite boutique située sur la grande allée menant au Taj Mahal.

À ses côtés, Hydar Khan, le propriétaire d’Agra Marble, est tout aussi inquiet. « Ce magasin est ici depuis les années 1980. La situation m’attriste. Je ne sais pas quoi faire d’autre », dit-il.

Comme bien d’autres, M. Khan a hérité du commerce de son père et n’a jamais connu autre chose que de faire affaire avec les touristes. S’il doit effectivement fermer boutique, il ne sait pas où il ira.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Hydar Khan

« Il n’y a aucun [arrangement] pour les commerçants. On ne sait même pas s’ils pourront aller s’installer ailleurs. Il n’y a aucun plan », déplore M. Singh, qui juge que la mesure toucherait plus de 2000 marchands.

Le comité dirigé par M. Singh contestera ainsi l’ordonnance de la Cour suprême et exigera que les commerçants soient entendus avant que soit prise toute décision d’interdire les activités commerciales.

La décision de la Cour suprême découle notamment d’une pétition venant d’un groupe de 71 commerçants ayant été déplacés de leur emplacement d’origine vers un nouveau site à proximité d’un stationnement, à l’extérieur de l’enceinte de 500 mètres du monument. Ledit groupe s’est plaint d’avoir dû déménager, alors que plusieurs activités commerciales sont toujours en cours dans les proches alentours.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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