En quoi consiste le congrès du Parti communiste chinois?

Le président Xi Jinping est en route vers un troisième mandat qui ferait de lui le plus puissant dirigeant chinois depuis Mao Zedong.
Noel Celis Agence France-Presse Le président Xi Jinping est en route vers un troisième mandat qui ferait de lui le plus puissant dirigeant chinois depuis Mao Zedong.

Le président Xi Jinping a ouvert dimanche le 20e congrès du Parti communiste chinois. Réunis dans un bâtiment de la place Tiananmen à Pékin, quelque 3200 députés devraient, sauf revirement, lui confier un troisième mandat. Le Devoir s’est entretenu avec le professeur émérite de sciences politiques de l’Université Carleton Jeremy Paltiel pour mieux comprendre cet événement, dont l’issue pourrait s’avérer historique.

Pourquoi le congrès du Parti communiste chinois est-il un événement important ?

Les congrès du Parti communiste chinois (PCC) sont « toujours des événements importants », car ils permettent d’élire les « dirigeants les plus importants » du pays. C’est aussi l’occasion pour le président de dresser un bilan de son mandat et de définir sa vision pour les cinq prochaines années, s’il est reconduit à la tête de l’État.

En obtenant un troisième mandat, Xi Jinping deviendrait le dirigeant le plus puissant depuis Mao Zedong. La norme veut que les membres du PCC ne puissent pas faire plus de deux mandats au même poste.

 

« Xi Jinping cherche un niveau de pouvoir au-delà de ses prédécesseurs », commente M. Paltiel.

Comment se déroule le congrès ?

Le congrès du PCC a lieu tous les cinq ans et dure une semaine. L’événement se déroule à huis clos, et les délégués qui y assistent sont soigneusement sélectionnés.

« Tout est contrôlé, c’est une performance. Les leaders sont sur la scène, les délégués sont spectateurs. » Plus qu’un lieu de décisions politiques, le congrès se veut une démonstration de l’unité et de la force du Parti.

Le « discours le plus important », donné dimanche à l’ouverture, est celui du président.

Lundi, Xi Jinping devrait annoncer s’il compte apporter des changements à la charte du Parti, puisqu’on « ne sait pas encore sous quelle forme M. Xi va arracher un troisième mandat ». Cherchera-t-il à « raviver le statut de président », qui garantit le pouvoir à vie, questionne le professeur ?

D’ici le 23 octobre, le Parti dévoilera ses nouveaux slogans, qui dicteront les politiques chinoises. Seront également révélés les 200 membres du nouveau Comité central, désignés par le Congrès.

Le Comité central élira ensuite les 25 membres du bureau politique, l’instance décisionnelle, et nommera le Comité permanent, composé des sept ou neuf « personnes les plus importantes en Chine », explique le chercheur. Ils seront dévoilés par Xi Jinping le lendemain de la clôture du Congrès.

Il faudra également surveiller si M. Xi nomme de potentiels successeurs, ce qu’il a, jusqu’à présent, refusé de faire.

Que retenir du discours de Xi Jinping ?

Dimanche, Xi Jinping a insisté sur ses désirs de « réunification » de Taïwan « à la mère patrie », défendu sa politique stricte de « zéro COVID » et « revendiqué la volonté pour la Chine d’être un pays de premier rang économiquement, technologiquement et militairement ». « Il n’y a rien de nouveau », estime le professeur.

Xi Jinping veut faire preuve de « ténacité ». Mais s’il ressort de ce congrès avec plus de pouvoir que jamais, « la situation actuelle de la Chine est un peu plus compliquée qu’elle ne l’était il y a cinq ans », considère M. Paltiel.

Jeudi, des banderoles tendues sur un pont de la capitale appelaient les citoyens à chasser « le traître dictateur Xi Jinping ».

« La politique de “zéro COVID” n’est pas populaire. Elle a entraîné toutes sortes de difficultés économiques et personnelles. Beaucoup de personnes seront déçues par sa ténacité », mais la population, hautement surveillée, n’a « rien à dire », avance le professeur.

Avec l’Agence France-Presse

Xi Jinping ovationné

Sous l’emblème géant du marteau et de la faucille, Xi Jinping a passé en revue ses cinq dernières années et a évoqué sa vision s’il est reconduit, dans une semaine, à la tête de la nation la plus peuplée du monde. Le congrès se veut une démonstration de l’unité et de la force du parti, avec des délégués soigneusement sélectionnés dans toutes les provinces de Chine. Il s’agit également d’une preuve de loyauté personnelle envers M. Xi, 69 ans. « Tant qu’il [travaille] pour le bonheur du peuple et continue à améliorer notre qualité de vie, nous le soutiendrons tous », affirme à l’AFP une déléguée du Guangxi, He Xiangyin.

Reprise en main de Hong Kong, gestion de l’épidémie de COVID-19, lutte contre la corruption... l’autosatisfecit de Xi Jinping provoque un tonnerre d’applaudissements. Ses commentaires sur Taïwan sont ovationnés: « La réunification [de l’île] à la mère patrie doit être réalisée, et elle le sera. » Dans son discours, Xi Jinping n’a pas mentionné le Xinjiang, où les pays occidentaux accusent Pékin de graves violations des droits de la personne contre les minorités musulmanes, en particulier les Ouïgours.

Agence France-Presse



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