Grâce à la pluie, Delhi respire son air le plus pur depuis deux ans

Photo: Adil Boukind Le Devoir Les précipitations qui ont lieu jusqu’à présent ce mois-ci sont environ quatre fois plus importantes que d’habitude.

Après la pluie, le beau temps ? La météo a joué les trouble-fêtes depuis trois jours pour les habitants de la région de Delhi, en Inde, en proie à de fortes averses. Si des précipitations d’une telle ampleur au mois d’octobre représentent un phénomène météorologique inhabituel pour les New-Delhiens, elles ont toutefois apporté un certain répit à la capitale la plus polluée au monde.

En effet, New Delhi a respiré lundi l’air le plus pur depuis le 31 août 2020, grâce aux pluies des trois derniers jours. Selon les données du Central Pollution Control Board (CPCB), l’indice moyen de la qualité de l’air (IQA) sur 24 heures dans la ville était de 44 à 16 h. Il était de 48 dimanche, de 56 samedi et de 55 vendredi.

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En Inde, un IQA compris entre zéro et 50 est considéré comme « bon », entre 51 et 100 comme « satisfaisant », entre 101 et 200 comme « modéré », entre 201 et 300 comme « médiocre », entre 301 et 400 comme « très médiocre » et entre 401 et 500 comme « sévère ».

Lundi était également la troisième journée de bonne qualité de l’air parmi les meilleures de l’année. La ville avait enregistré un IQA moyen sur 24 heures de 47 le 16 septembre.

La capitale nationale a enregistré 128 jours de mauvaise qualité de l’air (AQI mauvais, très mauvais ou grave) cette année jusqu’à présent.

De nombreux records ont été battus au cours du week-end. Selon le Département météorologique indien (IMD), New Delhi a reçu la deuxième des pluviométries les plus intenses depuis 2007, dimanche, avec 74 mm de précipitations.

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Jusqu’à présent ce mois-ci, les précipitations représentent environ quatre fois les précipitations normales (28 mm) et trois fois les précipitations enregistrées (41,6 mm) en août, qui est le mois le plus humide de la saison de la mousson.

« La quantité de pluie des derniers jours n’est vraiment pas normale, car la mousson se termine habituellement en septembre », explique Harjeet Singh, expert sur les questions d’impacts, de migration et d’adaptation climatique et responsable stratégique du Climate Action Network International.

Si ces averses ont pu faire baisser le mercure et rehausser la qualité de l’air, elles ont toutefois provoqué un ralentissement important de la circulation et empiré l’engorgement de certaines parties de la capitale. En effet, Le Devoir a pu constater que la pluie abondante a perturbé les déplacements des vendeurs de rue, des conducteurs de rickshaws et des piétons à travers la ville. Samedi, la police de la circulation de New Delhi invitait les automobilistes à réévaluer leurs déplacements en raison des engorgements.

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Les conséquences de ces précipitations records vont toutefois bien au-delà des perturbations du réseau routier, souligne M. Singh. « Cela va affecter la production agricole, car normalement, c’est le temps de l’année où les récoltes sont mises à sécher dans les champs. Ces pluies, ça implique des pertes pour les fermiers », affirme-t-il.

Pour l’expert des questions climatiques, nul doute sur ce qui se cache derrière ces récentes pluies records. « Les tendances des dernières années démontrent à quel point le système climatique est déréglé. Les événements extrêmes deviennent de plus en plus une réalité, nous sommes déjà témoins de leur fréquence et de leur intensité accrues. C’est simplement une nouvelle normalité, ici. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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