Pékin fustige le rapport de l’ONU qui dénonce les violations des droits des Ouïgours

Des membres de la communauté ouïgoure montrent des photos de leurs proches détenus en Chine lors d’une conférence de presse à Istanbul le 10 mai dernier.
Ozan Koze Agence France-Presse Des membres de la communauté ouïgoure montrent des photos de leurs proches détenus en Chine lors d’une conférence de presse à Istanbul le 10 mai dernier.

Le secrétaire général des Nations unies a soutenu jeudi le rapport de son Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) sur les violations des droits des musulmans dans la région chinoise du Xinjiang, qualifié par Pékin « d’outil politique » rédigé par des « sbires » des Occidentaux.

António Guterres a appelé la Chine à « suivre les recommandations » de ce rapport, qui « confirme ce que le secrétaire général dit depuis un moment sur le Xinjiang : que les droits de la personne doivent être respectés et que la communauté ouïgoure doit être respectée », a déclaré le porte-parole de M. Guterres, Stéphane Dujarric.

Ce texte de près de 50 pages « est complètement illégal et invalide », a toutefois clamé à Pékin Wang Wenbin, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

« Ce rapport est un ramassis de désinformation et un outil politique au service de la stratégie des États-Unis et de l’Occident, qui vise à utiliser le Xinjiang pour entraver [le développement] de la Chine. »

À Washington, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a pour sa part salué la publication de ce rapport et exigé que Pékin rende des comptes sur ce que les États-Unis qualifient de « génocide ».

Malgré les pressions de Pékin, le HCDH a publié mercredi soir ce rapport très attendu sur la situation dans le Xinjiang. Mélange d’entretiens réalisés par ses services et d’informations de première ou seconde main, il évoque la possibilité de « crimes contre l’humanité » perpétrés dans la région.

Le Xinjiang et le reste de la Chine ont longtemps été frappés par des attentats sanglants visant des civils. Ils ont été commis, selon les autorités, par des séparatistes et islamistes ouïgours — le principal groupe ethnique de la région.

En réponse, les autorités ont lancé il y a quelques années une implacable campagne menée au nom de l’antiterrorisme, avec une police militaire omniprésente, des contrôles d’identité et un vaste réseau de caméras de surveillance.

« Conspiration »

Des études occidentales accusent Pékin d’avoir interné plus d’un million de Ouïgours et de membres d’autres groupes ethniques musulmans dans des « camps de rééducation », voire d’imposer du « travail forcé » et des « stérilisations forcées ».

La Chine dénonce des rapports subjectifs et parle de « centres de formation professionnelle » destinés à développer l’emploi et à éradiquer l’extrémisme. Elle dément toute « stérilisation forcée », disant uniquement appliquer la politique nationale de limitation des naissances.

Le rapport de l’ONU ne corrobore pas le chiffre d’un million de personnes, mais affirme « qu’une proportion importante » des Ouïgours et des membres des minorités musulmanes du Xinjiang ont été internés.

Il décrit un « schéma de détention arbitraire à grande échelle » dans des établissements placés sous haute sécurité de la région, appliqué « au moins de 2017 à 2019 ».

« L’ampleur de la détention arbitraire et discriminatoire de membres des Ouïgours et d’autres groupes à prédominance musulmane […] peut constituer des crimes internationaux, en particulier des crimes contre l’humanité », estime le rapport.

« Le HCDH a créé de toutes pièces ce rapport, s’appuyant sur la conspiration politique de certaines forces antichinoises à l’étranger », a déclaré Wang Wenbin.

« Complètement dégonflés »

Sans les confirmer, le rapport onusien estime par ailleurs « crédibles » les accusations de torture, de violences sexuelles, voire de viols qui visent dans les établissements d’internement dans le Xinjiang.

« Il n’est pas possible de tirer des conclusions plus larges quant à savoir s’il y a eu des schémas plus larges de violences sexuelles » et liées au genre, note toutefois l’ONU.

Le rapport ne fait cependant pas apparaître le mot « génocide ». Ce terme est utilisé par les États-Unis, mais aussi l’Assemblée nationale française ou encore les représentations du Royaume-Uni, des Pays-Bas ou du Canada.

« Cela montre que les mensonges fabriqués par les États-Unis et les Occidentaux se sont complètement dégonflés », s’est félicité jeudi le porte-parole chinois Wang Wenbin.

La Chilienne Michelle Bachelet, dont c’était mercredi le dernier jour à la tête du Haut-Commissariat, après un mandat de quatre ans, tient ainsi in extremis sa promesse, ayant publié le document peu avant minuit à Genève.

Nouvelle enquête

 

S’il ne comporte pas de révélations, ce rapport apporte le sceau de l’ONU aux accusations portées de longue date contre les autorités chinoises. Sa publication avait fait l’objet d’intenses pressions.

Des organisations de défense des droits de la personne et les États-Unis, lesquels ont désigné la Chine comme leur rival stratégique, voulaient le rendre public. À l’inverse, Pékin s’y opposait fermement.

Certaines organisations ouïgoures basées à l’étranger, ont salué le rapport, mais d’autres auraient souhaité qu’il condamne plus fermement la Chine.

« Cela change la donne pour la cause ouïgoure au niveau international », a lancé avec joie Omer Kanat, directeur général du Uyghur Human Rights Project. « L’ONU vient de reconnaître officiellement que des crimes horribles sont commis. »

Mais Salih Hudayar, un Ouïgour basé aux États-Unis, où il milite pour l’indépendance du Xinjiang, a déclaré jeudi que le rapport « n’est malheureusement pas aussi fort que nous l’avions espéré ».

Sur le plan diplomatique, l’Union européenne a « salué » le rapport, estimant, selon son chef de la diplomatie, Josep Borrell, qu’il « souligne les graves violations des droits de l’homme qui se produisent au Xinjiang ». Londres, de son côté, a jugé que le rapport « fait honte à la Chine ».

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