Six ans de prison supplémentaires pour Aung San Suu Kyi

Arrêtée lors du coup d’État militaire du 1er février 2021 qui a mis fin à une décennie de transition démocratique au Myanmar, Aung San Suu Kyi, qu’on voit ici en 2020, a été placée à l’isolement dans une prison de Naypyidaw fin juin.
Archives Agence France-Presse Arrêtée lors du coup d’État militaire du 1er février 2021 qui a mis fin à une décennie de transition démocratique au Myanmar, Aung San Suu Kyi, qu’on voit ici en 2020, a été placée à l’isolement dans une prison de Naypyidaw fin juin.

La junte myanmaraise resserre son étau contre Aung San Suu Kyi : l’ex-dirigeante renversée par le coup d’État de février 2021 a été condamnée lundi à une peine de six ans de prison supplémentaires au cours d’un procès-fleuve, dénoncé comme politique par la communauté internationale.

La prix Nobel de la paix, âgée de 77 ans et qui avait déjà été condamnée pour un total de onze ans de prison, a été reconnue coupable de quatre charges de corruption. Une décision qui constitue « un affront à la justice », a estimé un porte-parole du département d’État américain.

Apparue en bonne santé au tribunal militaire, selon une source proche du dossier, elle n’a pas fait de commentaire après la lecture du jugement.

Arrêtée lors du coup d’État militaire du 1er février 2021 qui a mis fin à une décennie de transition démocratique au Myanmar, Aung San Suu Kyi a été placée à l’isolement dans une prison de Naypyidaw fin juin.

C’est dans cet établissement pénitentiaire de la capitale que se poursuit son procès, qui a débuté il y a plus d’un an, à huis clos, ses avocats ayant interdiction de parler à la presse et aux organisations internationales.

Elle est visée par une multitude d’infractions : violation d’une loi sur les secrets d’État datant de l’époque coloniale, fraude électorale, sédition, corruption, etc. Elle risque des décennies de prison.

Fin avril, la prix Nobel a été condamnée à cinq ans de prison en vertu de la loi anticorruption, pour avoir perçu 600 000 dollars et plus de onze kilos d’or de pots-de-vin de l’ancien ministre responsable de la région de Rangoun.

Figure contestée

 

Elle avait été jugée auparavant pour importation et possession illégale de talkies-walkies, violation des restrictions liées au coronavirus et incitation aux troubles publics.

« Sourds à l’indignation nationale et internationale, les procès pour punir Suu Kyi et ses proches ont pour but d’effacer le passé démocratique » du Myanmar, a réagi auprès de l’AFP l’analyste politique David Mathieson.

« Leur intention est claire pour tout le monde, sauf pour la communauté internationale », dont les sanctions sont jugées trop légères par certains observateurs, a-t-il poursuivi.

De nombreuses voix dénoncent un acharnement judiciaire motivé, selon elles, par des considérations politiques ayant pour but de mettre en touche de manière définitive la fille du héros de l’indépendance et grande gagnante des élections de 2015 et de 2020.

Plusieurs de ses proches ont condamnés à de lourdes peines : 75 ans de prison pour un ancien ministre, 20 ans pour un de ses collaborateurs. Un ancien député de son parti condamné à mort, Phyo Zeya Thaw, a été exécuté fin juillet.

D’autres se sont exilés ou sont entrés en clandestinité. Une partie de ces élus déchus ont formé un « gouvernement d’unité nationale » (NUG) parallèle dans le but de saper la légitimité de la junte. Mais celui-ci ne contrôle aucun territoire, et n’a été reconnu par aucun gouvernement étranger.

Aung San Suu Kyi reste une figure très populaire au Myanmar, même si son image internationale a été écornée par son incapacité à défendre la minorité musulmane des Rohingyas, victimes d’exactions de l’armée en 2016 et 2017 — un « génocide » selon Washington.

« Simulacre » électoral en 2023 ?

L’envoyé spécial de l’Asean pour le Myanmar, mandaté pour trouver une sortie de crise, n’a pas été autorisé à la rencontrer lors de sa plus récente visite, fin juin.

De nombreux opposants au régime militaire estiment aussi que leur lutte doit dépasser la prix Nobel pour tenter d’en finir avec l’emprise des généraux sur la politique et l’économie du Myanmar. Des milices ont pris les armes contre la junte dans plusieurs régions du pays, à contre-courant du principe de non-violence prôné par Aung San Suu Kyi.

L’armée au pouvoir, elle, défend son projet d’organiser des élections à l’été 2023. Les États-Unis ont déjà rejeté ce « simulacre » d’élections qui ne peuvent être « ni libres ni justes dans les conditions actuelles », selon le secrétaire d’État Antony Blinken.

La junte, de plus en plus isolée sur la scène internationale, a pris le pouvoir par la force sous prétexte de prétendues fraudes aux élections de l’année précédente, remportées de façon écrasante par le parti d’Aung San Suu Kyi, mettant fin à une décennie de transition démocratique.

Le putsch a fait plonger le pays dans le chaos. Près de 2100 civils ont été tués par les forces de sécurité et plus de 15 000 arrêtés, d’après une ONG locale.

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