Une pop star, un universitaire et un cardinal arrêtés à Hong Kong

Le cardinal Joseph Zen, l’avocate Margaret Ng, le professeur Hui Po-keung et la chanteuse Denise Ho dénoncent la fermeture du «612 Humanitarian Relief Fund», le 18 août 2021, à Hong Kong.
Photo: Isaac Lawrence Agence France-Presse Le cardinal Joseph Zen, l’avocate Margaret Ng, le professeur Hui Po-keung et la chanteuse Denise Ho dénoncent la fermeture du «612 Humanitarian Relief Fund», le 18 août 2021, à Hong Kong.

Une pop star, un universitaire et un cardinal prodémocratie ont été arrêtés mercredi à Hong Kong en vertu de la loi sur la sécurité nationale, ont annoncé des sources de police et de justice à l’Agence France-Presse (AFP).

Ces personnalités très en vue ont en commun d’avoir participé à la gestion d’un fonds — aujourd’hui dissous — destiné à financer la défense des militants interpellés lors des grandes manifestations prodémocratie qui ont secoué l’ancienne colonie britannique en 2019.

Parmi eux figurent l’universitaire Hui Po-keung, la chanteuse canadienne Denise Ho, militante des droits LGBTQ, et le cardinal retraité Joseph Zen, 90 ans, un des plus hauts ecclésiastiques catholiques de la métropole financière, ont confirmé ces sources à l’AFP.

Selon des médias locaux, le cardinal catholique prodémocratie et la chanteuse Denise Ho ont été libérés sous caution quelques heures plus tard par les autorités pro-Pékin du territoire.

Ancien évêque de Hong Kong, où vivent 400 000 catholiques, le cardinal Zen est connu pour ne pas mâcher ses mots et pour son inlassable défense des libertés politiques et des réformes démocratiques.

Dans un communiqué publié mercredi soir, le Saint-Siège a indiqué avoir « appris avec préoccupation la nouvelle de l’arrestation du cardinal Zen et sui[vre] l’évolution de la situation avec une extrême attention ».

Le prélat s’est toujours élevé contre tout accord entre l’Église catholique et Pékin sur la nomination des évêques chinois, en estimant qu’il s’agirait d’une trahison à l’égard des membres persécutés de l’Église non officielle en Chine.

Le Vatican et la Chine n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1951, mais un accord « provisoire » historique avait été signé en septembre 2018 avec Pékin sur la nomination d’évêques.

« Pendant des décennies, le gouvernement [chinois] leur a rendu la vie dure, mais ils sont restés loyaux vis-à-vis de Rome et du pape. Et maintenant, on leur demande de se rendre ? » avait-il déploré dans un entretien à l’AFP en 2018.

Hui Po-keung s’apprêtait de son côté à rejoindre l’Europe pour un poste universitaire avant d’être arrêté mardi, ont par ailleurs indiqué les deux sources, demandant à garder l’anonymat.

M. Hui a été arrêté pour « collusion avec des forces étrangères », selon une source, ce qui est puni par la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin à Hong Kong en 2020 en réponse aux immenses manifestations de l’année précédente.

Cette loi a écrasé toute dissidence dans ce centre d’affaires asiatique, où l’expression était autrefois libre.

M. Hui était l’un des six administrateurs du « 612 Humanitarian Relief Fund », qui aidait les manifestants arrêtés à payer leurs frais juridiques et médicaux.

Parmi les autres administrateurs figuraient l’avocate Margaret Ng ainsi que la militante prodémocratie aujourd’hui derrière les barreaux Cyd Ho.

Le fonds a été démantelé l’an dernier après que la police chargée de la sécurité nationale a réclamé l’accès aux informations concernant ses donateurs et ses bénéficiaires.

Peu avant la fermeture du fonds, l’Université Lingnan, de Hong Kong, où M. Hui a enseigné pendant plus de vingt ans, avait confirmé la fin de son contrat de professeur refusant, par souci de confidentialité, d’en donner les raisons.

Les universitaires qui ont joué un rôle important dans le mouvement prodémocratie de Hong Kong ont souvent perdu leur poste à l’université et peinent à trouver du travail.

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