Les Sud-Coréens pourraient tous rajeunir d’un an

Dans le système traditionnel pour compter l’âge en Corée du Sud, les enfants ont déjà un an à leur naissance et gagnent une nouvelle année chaque 1er janvier.
Ahn Young-joon Archives Associated Press Dans le système traditionnel pour compter l’âge en Corée du Sud, les enfants ont déjà un an à leur naissance et gagnent une nouvelle année chaque 1er janvier.

Les Sud-Coréens n’ont pas trouvé l’élixir de jeunesse, mais leur nouveau président compte bien rajeunir la population d’un an.

Avant d’être investi président mardi, Yoon Suk-yeol avait indiqué à plusieurs reprises vouloir abolir l’« âge coréen » et privilégier le système international, plus conventionnel.

Il existe trois façons de compter l’âge en Corée du Sud. Dans le système traditionnel, les enfants ont déjà un an à leur naissance et gagnent une nouvelle année chaque 1er janvier. Ainsi, un enfant né le 31 décembre fête ses deux ans le lendemain. Cette manière de calculer les années tiendrait compte des neuf mois passés par le fœtus dans le ventre de la mère ; une autre explication serait que d’anciens systèmes numériques n’utilisaient pas le chiffre zéro.

Le système international, selon lequel un nouveau-né doit attendre un an après sa naissance avant de souffler ses premières bougies, a été instauré en Corée du Sud en 1962. Il est depuis utilisé dans les documents administratifs et le Code civil.

 

Malgré ce changement institutionnel, l’âge coréen demeure majoritaire dans les interactions sociales.

À cela s’ajoute un troisième système, où les enfants partent de l’âge zéro, mais gagnent une nouvelle année chaque 1er janvier, peu importe leur date de naissance. C’est selon cette méthode que l’on détermine notamment la date de conscription militaire et d’inscription à l’école.

Dans ce pays où l’âge est un déterminant majeur des interactions sociales, les différents systèmes engendrent beaucoup de confusion. Et la pandémie a accentué les difficultés administratives. Le gouvernement a en effet mélangé les systèmes traditionnel et international en instaurant les conditions d’accès au vaccin contre la COVID-19 et d’utilisation du passeport vaccinal. Plusieurs Coréens ont ainsi dû présenter une preuve de vaccination alors qu’ils n’avaient pas pu obtenir leur dose.

D’après le Korea Times, des conflits juridiques éclatent également entre des syndicats et des entreprises concernant l’âge de la retraite, plus précisément l’usage de l’âge coréen ou international.

« Nous avons subi des coûts sociaux et économiques inutiles en raison de la confusion persistante concernant le calcul de l’âge lors de la réception d’aide sociale et d’autres services administratifs, ou pendant la signature ou l’interprétation de divers contrats », avait ainsi déclaré en avril M. Yoon.

Les gouvernements coréens n’en sont pas à leur première tentative d’abolition du système traditionnel, mais tous les essais se sont soldés par un échec tant la transition est difficile. Le candidat élu du Parti du pouvoir au peuple pourra toutefois compter sur le soutien de la population : selon un sondage réalisé en janvier par la firme Hankook Research, 71 % des Sud-Coréens sont favorables à l’abolition du système d’âge traditionnel.

Le nouveau gouvernement, qui avait fait de cette mesure une promesse électorale, prévoit soumettre les modifications législatives au Parlement cette année, dans le but de les faire adopter avant la fin de l’année prochaine, a rapporté l’agence de presse coréenne Yonhap, indiquant que le changement devrait se faire par étapes.

Un personnage controversé

 

Novice en politique, le nouveau président Yoon Suk-yeol s’est fait connaître du grand public comme procureur inflexible quand il travaillait sur des scandales de corruption qui ont éclaboussé de hauts responsables du pays. Le conservateur a toutefois suscité plusieurs polémiques pendant sa campagne.

Antiféministe assumé, il s’est engagé à supprimer le ministère de l’Égalité des sexes, lequel est à l’avant-garde du progrès pour les Sud-Coréennes depuis 2001. Il a notamment soutenu que les femmes ne souffraient pas de discrimination systémique au pays, malgré les nombreuses preuves du contraire, des propos qui ont incité plusieurs jeunes femmes à se mobiliser contre lui.

M. Yoon a remporté la présidence avec l’écart de votes le plus étroit jamais obtenu en Corée du Sud. Et son comité de transition a déclaré par la suite que le ministère de l’Égalité des sexes resterait en place, pour l’instant.

Le nouveau président a également commis une série de gaffes, allant de l’éloge de l’un des anciens dictateurs du pays au dénigrement du travail manuel et des Africains.

Pendant sa campagne, M. Yoon a aussi menacé de frappes préventives la Corée du Nord, dotée de l’arme nucléaire, et a qualifié Kim Jong-un de « garçon grossier » en s’engageant auprès de ses électeurs à « lui apprendre les bonnes manières ». Lors de son investiture, mardi, Yoon Suk-yeol a toutefois modéré sa rhétorique, appelant son voisin à une « dénucléarisation complète ».

Avec l’Agence France-Presse

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