Le premier ministre sri lankais refuse de partir malgré la perte de soutiens

Des milliers de personnes  campent depuis plus de trois semaines devant le bureau du président, Gotabaya Rajapaksa, pour réclamer sa démission et celle de son frère aîné et premier ministre, Mahinda Rajapaksa.
Jewel Samad Agence France-Presse Des milliers de personnes campent depuis plus de trois semaines devant le bureau du président, Gotabaya Rajapaksa, pour réclamer sa démission et celle de son frère aîné et premier ministre, Mahinda Rajapaksa.

Le premier ministre sri lankais, Mahinda Rajapaksa, a refusé, samedi, de partir, après le soutien apporté par son ministre des Médias et des responsables de son parti aux manifestants appelant à sa démission, face à la crise économique qui empire.

Mahinda Rajapaksa a invoqué le soutien d’« une majorité de parlementaires » même s’il « peut y en avoir une minorité qui veulent mon départ ».

« Le peuple doit être patient pour surmonter la crise », a ajouté à la radio le chef du gouvernement âgé de 76 ans. Il a ajouté qu’« il ne pourrait y avoir aucun gouvernement intérimaire de coalition, sans moi comme premier ministre ».

Le ministre des Médias, Nalaka Godahewa, a annoncé samedi son soutien aux milliers de personnes qui campent depuis plus de trois semaines devant le bureau du président, Gotabaya Rajapaksa, pour réclamer sa démission et celle de son frère aîné et premier ministre, Mahinda Rajapaksa.

 

Le Sri Lanka traverse sa pire crise économique depuis son indépendance en 1948 avec des pénuries de carburant, de nourriture et d’autres produits de première nécessité.

Le président a nommé lundi un nouveau gouvernement, dont deux de ses frères et un neveu ont été écartés mais conservant à sa tête le chef de la famille, Mahinda Rajapaksa.

M. Godahewa, jusque-là fidèle au clan Rajapaksa, a estimé samedi que le chef de l’État devait se défaire du premier ministre et autoriser un gouvernement intérimaire rassemblant tous les partis.

« Nous devons restaurer une stabilité politique pour réussir à faire face à la crise économique », a écrit M. Godahewa sur sa page Facebook. « L’ensemble du gouvernement, dont le premier ministre, devrait démissionner et (il devrait y avoir) un gouvernement intérimaire qui puisse gagner la confiance de tous ».

Selon lui, le gouvernement a perdu ce qui lui restait de crédibilité avec la mort mardi d’un manifestant tué par la police. M. Godahewa assure avoir immédiatement présenté sa démission, refusée par le président.

D’autres hauts responsables du parti au pouvoir, dont l’ancien porte-parole du gouvernement Dullas Alahapperuma, ont aussi appelé à une démission du chef du gouvernement.

« J’exhorte le président à nommer un cabinet plus restreint avec un véritable consensus représentant tous les partis du parlement pour un an maximum », a déclaré M. Alahapperuma samedi.

La police et l’armée ont quadrillé samedi la ville de Rambukkana, dans le centre du pays, avant l’enterrement à la nuit tombée, en présence de moines bouddhistes, de Chaminda Lakshan, 42 ans, tué par balle lors d’une manifestation contre la hausse des prix du carburant, réprimée par la police.

Les forces de l’ordre ont affirmé avoir ouvert le feu, tuant Lakshan, après qu’un jeune manifestant de 28 ans a tenté d’incendier un camion-citerne. Le jeune homme a été arrêté.

La nourriture, le carburant et l’électricité sont rationnés depuis plusieurs mois dans ce pays qui connaît une inflation record. Les hôpitaux manquent de médicaments essentiels.

Le ministre des Finances Ali Sabry, actuellement à Washington pour négocier un prêt du Fonds monétaire international, a averti vendredi que la situation économique pourrait encore s’aggraver.

« Ça va empirer avant de s’améliorer », a expliqué M. Sabry à la presse. « Les quelques années à venir seront douloureuses ».

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