Shehbaz Sharif sort de l’ombre de son frère pour prendre en main le Pakistan

Le nouveau premier ministre du Pakistan, Shehbaz Sharif, s'adresse à l'Assemblée nationale à Islamabad, le 11 avril 2022.
Photo: Assemblée nationale du Pakistan via AP Le nouveau premier ministre du Pakistan, Shehbaz Sharif, s'adresse à l'Assemblée nationale à Islamabad, le 11 avril 2022.

Dirigeant chevronné, réputé à la fois souple et tenace, Shehbaz Sharif est devenu lundi le nouveau premier ministre du Pakistan, sortant ainsi définitivement de l’ombre de son frère, Nawaz.

Shehbaz Sharif a été élu par l’Assemblée nationale et prend la suite d’Imran Khan, renversé dimanche par une motion de censure.

Il est le frère cadet de Nawaz Sharif, qui a été trois fois premier ministre avant d’être destitué en 2017 pour corruption présumée et emprisonné, puis libéré deux ans plus tard pour raisons médicales, et qui vit depuis en exil au Royaume-Uni.

À 70 ans, le président de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) est lui-même un homme politique d’expérience. Il a dirigé pendant des années le gouvernement de la province du Pendjab, la plus peuplée de la république islamique de 220 millions d’habitants, et le fief électoral de son parti.

Tenace, réputé pour ses emportements passionnés, il est connu pour citer des poèmes révolutionnaires dans ses discours et ses réunions publiques, et est considéré comme un bourreau de travail par ses collègues.

 

Il avait hérité avec son frère de l’entreprise sidérurgique familiale alors qu’il était jeune homme d’affaires, avant d’être élu pour la première fois à un poste provincial au Pendjab en 1988.

Dans ces fonctions, il a piloté une série de projets d’infrastructures de grande envergure, dont le premier service de métro-bus du Pakistan.

Son penchant pour les visites surprises dans les bureaux du gouvernement, vêtu d’un costume et d’un chapeau de safari, lui a permis de tenir les fonctionnaires constamment sur le qui-vive.

Pourtant, ses détracteurs affirment qu’il ne s’est pas attaqué aux problèmes fondamentaux de la province — notamment la réforme de la fonction publique, de la santé et de l’agriculture — et qu’il s’est surtout concentré sur des projets à visée électorale, comme la distribution d’ordinateurs portables aux étudiants ou l’offre de transport gratuit aux chômeurs.

Libéré sous caution

 

Il a aussi été lié à des affaires de pots-de-vin et de corruption, des accusations qui, selon ses partisans, sont le fruit d’une vendetta politique de la part du premier ministre déchu, Imran Khan.

En décembre 2019, l’Autorité anticorruption (NAB) a saisi près d’une vingtaine de propriétés appartenant à Shehbaz Sharif et à son fils Hamza, les accusant de blanchiment d’argent.

Il a été arrêté et emprisonné en septembre 2020, mais libéré sous caution près de six mois plus tard, en attente d’un procès toujours qui n’a toujours pas eu lieu.

Contrairement à son frère aîné, dont les relations étaient tendues avec ses opposants et avec les militaires, il est considéré comme un négociateur plus souple, capable de faire des compromis même avec ses ennemis.

L’armée est l’institution la plus puissante du Pakistan et a dirigé le pays pendant près de la moitié de son histoire, tirant les ficelles même lorsqu’elle n’était pas elle-même au pouvoir.

« Je suis toujours resté un fervent partisan d’une coordination efficace entre Islamabad et Rawalpindi », a-t-il déclaré, en faisant référence à la capitale administrative et au quartier général militaire voisin.

Il reste populaire, malgré les premières pages de la presse à scandales sur ses multiples mariages ou ses nombreuses propriétés immobilières, qui incluent des appartements de luxe à Londres et Dubaï.

Son dernier mariage avec l’écrivaine Tehmina Durrani a largement mis fin aux rumeurs.

Mme Durrani, une féministe dont le livre « Mon Seigneur et Maître » lui a valu une renommée internationale, est également créditée d’avoir amélioré le respect de Shehbaz Sharif à l’égard des femmes.

Des défis économiques et sécuritaires difficiles à relever l’attendent, au moment où la croissance économique stagne et les violences menées par les talibans pakistanais et les groupes séparatistes du Baloutchistan (sud-ouest) sont en hausse.

Shehbaz Sharif a été élu lors d’une séance à l’Assemblée nationale boycottée par la grande majorité des députés du parti de M. Khan, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI, Mouvement du Pakistan pour la justice), qui ont aussi annoncé leur démission de l’Assemblée, à l’instar de l’ex-premier ministre. « C’est la victoire de la rectitude et le mal a été vaincu », a salué le nouveau chef du gouvernement, qui a immédiatement annoncé plusieurs mesures destinées à satisfaire la population, comme le relèvement du salaire minimal à 25 000 roupies (170 dollars canadiens) par mois, des hausses de salaires pour les fonctionnaires et des projets de développement en zone rurale. M. Sharif a reçu le soutien d’une coalition hétérogène, qui comprend notamment aussi le Parti du peuple pakistanais (PPP) de Bilawal Bhutto Zardari, fils de l’ancienne première ministre Benazir Bhutto, assassinée en 2007, et le petit parti religieux conservateur Jamiat Ulema-e-Islam (JUI-F) de Maulana Fazlur Rehman.Nom de l'auteur



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