La Cour suprême se penche sur la motion de censure évitée par le premier ministre pakistanais

Dans les rues pakistanaises, des partisans d’Imran Khan scandent des slogans. Dimanche, Imran Khan s’est dit «stupéfait de la réaction» de l’opposition. Celle-ci n’a cessé de proclamer qu’il avait perdu le soutien du peuple, alors «pourquoi maintenant craindre les élections?» lui a-t-il lancé sur Twitter.
Photo: Aamir Qureshi Agence France-Presse Dans les rues pakistanaises, des partisans d’Imran Khan scandent des slogans. Dimanche, Imran Khan s’est dit «stupéfait de la réaction» de l’opposition. Celle-ci n’a cessé de proclamer qu’il avait perdu le soutien du peuple, alors «pourquoi maintenant craindre les élections?» lui a-t-il lancé sur Twitter.

La Cour suprême pakistanaise a commencé lundi à examiner les arguments relatifs au stratagème qui a permis au premier ministre Imran Khan d’éviter le vote d’une motion de censure contre lui en obtenant la dissolution du Parlement et la convocation d’élections anticipées.

La plus haute instance judiciaire du Pakistan a ajourné à mardi, sans rendre de jugement, l’examen des requêtes présentées par l’opposition et le gouvernement sur la légalité du refus du vice-président de l’Assemblée nationale, un fidèle d’Imran Khan, de soumettre dimanche la motion de censure au vote.

L’opposition pensait renverser l’ancien joueur vedette de cricket, après avoir rallié suffisamment de voix pour lui faire perdre sa majorité parlementaire. Mais elle a été prise de court par cette manœuvre de dernière minute.

Imran Khan a ensuite demandé et obtenu du président de la République, Arif Alvi, un allié tenant ce poste essentiellement honorifique, la dissolution de l’Assemblée nationale, ce qui entraîne la convocation de législatives anticipées dans les 90 jours.

Selon la Constitution, un chef de gouvernement ne peut pas demander la dissolution de l’Assemblée dès lors qu’il fait face à une motion de censure.

Farooq Naek, un avocat mandaté par l’opposition, a estimé lundi devant la Cour suprême qu’il n’était pas dans « les prérogatives » du vice-président de l’Assemblée de refuser la tenue du vote sur la motion de censure. Celui-ci avait justifié sa décision en soutenant que la motion était le produit d’une « ingérence étrangère ».

« C’est une irrégularité constitutionnelle combinée à de la mauvaise foi », a dénoncé M. Naek.

« Une parodie de démocratie »

La Cour suprême est en théorie indépendante, mais a souvent été accusée par le passé d’être aux ordres des administrations civiles ou militaires successives. Imran Khan doit rester en poste jusqu’à la formation d’un gouvernement intérimaire chargé d’organiser les élections. Mais des rebondissements ne sont pas à exclure, en fonction des décisions judiciaires.

Le président Alvi a écrit lundi à Imran Khan et au chef de l’opposition de l’Assemblée dissoute, Shehbaz Sharif, pour leur demander de s’accorder sur le nom d’un premier ministre par intérim à lui soumettre dans les prochains jours. M. Khan a proposé celui du précédent président de la Cour suprême, Gulzar Ahmed, qui a quitté ses fonctions début février.

Mais M. Sharif, le chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), qui était pressenti pour devenir premier ministre si la motion de censure avait été approuvée, s’est refusé à coopérer. « Comment pouvons-nous répondre à une lettre écrite par une personne qui a abrogé la Constitution ? » a-t-il déclaré lundi en conférence de presse.

L’attitude de M. Khan, qui a plusieurs fois dénoncé ces derniers jours l’ingérence prétendue des États-Unis, a été férocement condamnée par la presse.

« Une parodie de démocratie », selon le titre d’un éditorial publié en une du quotidien Dawn. « La “surprise” de Khan déclenche une crise constitutionnelle », a également déploré The Nation.

Aux prises avec sa plus grave crise politique depuis son accession au poste, en 2018, Imran Khan, 69 ans, a accusé les États-Unis de vouloir « changer le régime » au Pakistan en raison de son refus de s’aligner sur les positions américaines concernant la Russie et la Chine.

Il a affirmé détenir les preuves, qu’il a refusé de divulguer, de l’ingérence de Washington. Selon les médias locaux, l’ambassadeur du Pakistan aux États-Unis aurait enregistré un haut fonctionnaire américain lui disant que les relations entre les deux pays seraient meilleures si le premier ministre quittait ses fonctions. Washington a nié.

Imran Khan s’était fait élire sur la promesse de balayer des décennies de corruption symbolisée par les deux principales formations d’opposition, le Parti du peuple pakistanais (PPP) et la PML-N. Ces partis avaient dominé jusque-là la politique nationale, avec des périodes de pouvoir ponctuées de coups d’État militaires.

Mais la position de M. Khan a été fragilisée par une gestion économique critiquée — inflation galopante, roupie faible et dette écrasante — et par ses maladresses en politique étrangère.

Certains analystes estimaient qu’il avait perdu le soutien crucial de l’armée, clef du pouvoir politique pakistanais. Mais il paraît improbable que son spectaculaire rétablissement de dimanche ait pu se produire sans l’assentiment des militaires. Depuis son indépendance, en 1947, le Pakistan a connu quatre putschs militaires réussis et au moins autant de tentatives de coups d’État, et le pays a passé plus de trois décennies sous un régime militaire.

Dimanche, Imran Khan s’est dit « stupéfait de la réaction » de l’opposition. Celle-ci n’a cessé de proclamer qu’il avait perdu le soutien du peuple, alors « pourquoi maintenant craindre les élections ? » lui a-t-il lancé sur Twitter.

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