Manque d’aliments, refus à l’hôpital : la grogne gagne Shanghai confinée

L’est de la métropole (Pudong) était totalement confiné depuis lundi, pour une durée de quatre jours.
Hector Retamal Agence France-Presse L’est de la métropole (Pudong) était totalement confiné depuis lundi, pour une durée de quatre jours.

Nourriture parfois difficile d’accès, patients refusés à l’hôpital, peur d’être placé à l’isolement : les Shanghaïens expriment vendredi leur lassitude face au confinement progressif de la ville la plus peuplée de Chine.

Shanghai et ses 25 millions d’habitants affrontent leur pire flambée épidémique depuis le début de la pandémie, qui a pris de court la stratégie nationale zéro COVID.

Pour éviter un confinement total face à Omicron, la mairie a mis alternativement sous cloche les deux moitiés de la ville pour y réaliser un dépistage général.

L’est de la métropole (Pudong) était totalement confiné depuis lundi pour quatre jours. À partir de ce vendredi, c’est au tour de l’ouest (Puxi) pour en théorie la même durée.

Or, de nombreux complexes résidentiels de Pudong, où se trouvent notamment les emblématiques gratte-ciel du quartier d’affaires, restent confinés en raison de la découverte de cas positifs.

« C’est de fait un confinement général de la ville », juge un utilisateur du réseau social Weibo.

L’annonce dimanche des confinements avait provoqué un afflux dans les supermarchés de consommateurs désireux de constituer des stocks de nourriture. Depuis, les prix des légumes ont bondi — triplant sur certains marchés.

Autre souci : même les applications de livraisons de produits frais à domicile, ultra-populaires en Chine, peinent par pénurie de livreurs à suivre la demande, qui a explosé.

« D’ordinaire, c’est super simple. Tout est disponible et tu es livré en une demi-heure ou une heure », explique à l’AFP Mme Tang, 42 ans, directrice d’un cabinet de conseil.

« Mais désormais, une partie des produits n’est plus disponible. Et la livraison prend beaucoup, beaucoup plus de temps. »

« Mal géré »

Il faut désormais passer commande dès l’ouverture du magasin en ligne le matin pour espérer être livré dans la journée.

Aucune pénurie n’est toutefois à craindre, selon les médias officiels, qui ont montré dans la banlieue de Shanghai des maraîchers travaillant « 24 heures sur 24 » pour répondre à la demande.

Les autorités ont annoncé distribuer des paniers de produits frais.

 

« Le personnel médical travaille vraiment dur » mais dans l’ensemble « je trouve que c’est mal géré », explique à l’AFP Sun Jian, une Shanghaïenne confinée depuis vendredi.

« Par exemple, obliger les gens à faire la queue tous ensemble pour leur test COVID, ça contribue à propager le virus », estime cette habitante de 29 ans.

« Mais ce dont tout le monde a le plus peur, c’est d’être envoyé en quarantaine dans ces préfabriqués qui servent de chambres d’isolement. Les conditions sont très mauvaises. »

C’est là que se trouvent actuellement la femme et le fils de monsieur Dong, 32 ans, testés positifs cette semaine.

« Leur chambre est neuve, mais ils n’ont pas encore le gaz. Donc il n’y a pas d’eau chaude, juste de l’eau froide et ils ne peuvent pas prendre de douche », explique-t-il à l’AFP.

La presse rapporte également des cas de patients atteints d’asthme ou nécessitant des dialyses qui sont décédés après avoir été refoulés à la porte des hôpitaux, faute de tests COVID négatifs.

Fierté shanghaïenne

 

Un haut responsable de la ville, Ma Chunlei, a concédé cette semaine que les préparatifs face au COVID avaient été « insuffisants ».

Sur le réseau social chinois Weibo, un mot-dièse a été créé pour permettre aux Shanghaïens de faire remonter leurs problèmes. La mairie a lancé une ligne d’assistance téléphonique.

Le ministère de la Santé a annoncé vendredi plus de 7200 nouveaux cas positifs au niveau national -- dont environ 4500 à Shanghai.

Des chiffres élevés pour la Chine, qui applique une stratégie zéro COVID.

 

Celle-ci vise à tout faire pour empêcher l’apparition de nouveaux cas : confinements, filtrage des frontières, quarantaine à l’arrivée sur le territoire ou encore traçage des déplacements via des applications mobiles.

Le porte-parole du ministère de la Santé, Mi Feng, a indiqué vendredi que la volonté de poursuivre cette politique était « indéfectible ».

Beaucoup d’habitants de Shanghai restent toutefois surpris par les dysfonctionnements dans la métropole, qu’ils imaginaient impossibles dans cette cité sophistiquée, la plus riche de Chine.

« Je pense que la fierté de nombreux Shanghaïens vis-à-vis de leur ville va un peu baisser », estime Sun Jian.



À voir en vidéo