Boycottage diplomatique américain des JO de Pékin

Washington n’enverra pas de dignitaires américains pour assister aux Jeux de Pékin. En photo, la cérémonie des 100 jours précédant le début de Jeux, le 27 octobre dernier, à Pékin.
Photo: Noël Celis Agence France-Presse Washington n’enverra pas de dignitaires américains pour assister aux Jeux de Pékin. En photo, la cérémonie des 100 jours précédant le début de Jeux, le 27 octobre dernier, à Pékin.

Les États-Unis organiseront un « boycottage diplomatique » des prochains Jeux olympiques d’hiver à Pékin, afin de protester contre les violations des droits de la personne par la Chine, a confirmé lundi la Maison-Blanche. Pékin avait promis avant l’annonce de riposter avec des « contre-mesures fermes ».

Ce « boycottage diplomatique » signifie que Washington n’enverra pas de dignitaires américains pour assister aux Jeux de Pékin.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a déclaré que les athlètes participeront aux compétitions et qu’ils « auront tout notre soutien », mais « nous ne contribuerons pas à la fanfare des Jeux ». « Nous avons un engagement fondamental à promouvoir les droits de la personne. Et nous maintenons fermement notre position, et nous continuerons à prendre des mesures pour faire avancer les droits de l’homme en Chine et ailleurs », a-t-elle ajouté en point de presse.

Le président Joe Biden avait évoqué cette mesure le mois dernier, aux côtés du premier ministre Justin Trudeau, à la Maison-Blanche. M. Trudeau n’est jamais allé aussi loin jusqu’ici, sauf pour dire que le Canada espérait lui aussi exprimer son mécontentement face au triste bilan de la Chine en matière de droits de la personne, sans refuser à ses athlètes la chance de participer aux Jeux.

Le Canada discute avec ses alliés

 

Le Canada s’oppose depuis longtemps au traitement réservé par la Chine aux Ouïgours, sans parler du fait que deux Canadiens — Michael Kovrig et Michael Spavor — ont passé près de trois ans en détention en Chine en représailles à la détention par le Canada de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou.

La ministre fédérale des Sports, Pascale St-Onge, a indiqué lundi à Ottawa que le Canada était toujours en discussion avec ses alliés sur la position à adopter. « Ce n’est pas une décision qu’on prendra à la légère, a-t-elle dit. De mon côté, comme ministre des Sports, évidemment, ma préoccupation, c’est nos athlètes et le succès. »

Le Bloc québécois a qualifié le boycottage diplomatique de « strict minimum » face au régime chinois. « Une telle action ne peut toutefois suffire, et le Bloc québécois juge qu’afin d’augmenter la pression sur Pékin, le Canada doit demander le report des Jeux olympiques afin de permettre à une mission indépendante de se rendre sur place, au Xinjiang, où un génocide est commis par le régime contre la minorité ouïgoure », a indiqué le porte-parole du Bloc en matière de droits de la personne, Alexis Brunelle-Duceppe.

Le chef conservateur, Erin O’Toole, a rappelé lundi que le boycottage diplomatique est approprié afin de « respecter nos athlètes, mais d’envoyer un message clair ».

Le chef néo-démocrate adjoint, Alexandre Boulerice, a aussi rappelé lundi que le NPD était « depuis longtemps » en faveur d’un boycottage diplomatique. « Ce serait un geste fort que le Canada poserait. Je pense que M. Biden vient d’ouvrir la voie, et on espère que le gouvernement libéral va prendre ça très, très au sérieux », a-t-il déclaré.

L’Australie, dont les liens avec la Chine se sont effrités à cause d’une série de différends, a également évoqué la possibilité d’un boycottage diplomatique des Jeux de Pékin.

M. Biden accueillera jeudi et vendredi à la Maison-Blanche un « sommet pour la démocratie », rassemblement virtuel de dirigeants et d’experts de la société civile de plus de 100 pays. L’administration Biden a déclaré que le président avait l’intention d’utiliser cette rencontre « pour annoncer des engagements, des réformes et des initiatives individuels et collectifs afin de défendre la démocratie et les droits de la personne au pays et à l’étranger ».

« Démagogie », estime Pékin

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a accusé lundi les politiciens américains de démagogie en laissant planer la possibilité de ne pas dépêcher de dignitaires aux Jeux que la Chine souhaite utiliser comme vitrine pour mettre en valeur son développement économique et ses avancées technologiques.

 

S’adressant aux journalistes dans le cadre de son point de presse quotidien, M. Zhao a déclaré qu’un tel geste posé par les Américains serait considéré comme de la « pure et simple provocation politique ».

De l’avis de plusieurs militants pour les droits de la personne, le régime chinois se sert des Jeux olympiques pour détourner l’attention des mauvais traitements qu’il réserve à ses opposants politiques, aux minorités ethniques et aux militants chinois des droits de la personne.

« Sans même être invités, les politiciens américains continuent de faire grand bruit avec leur soi-disant boycottage diplomatique des Jeux olympiques d’hiver de Pékin, alors qu’il s’agit uniquement de vœux pieux et de démagogie », a commenté M. Zhao.

« Si les États-Unis tiennent à prendre leur propre voie, la Chine prendra des contre-mesures fermes », a-t-il prévenu.

Pékin dénonce systématiquement toutes les critiques américaines, en les qualifiant d’ingérences dans ses affaires internes et en imposant des interdictions de visa aux politiciens américains qui seraient « anti-Chine ».

Il n’était pas clair qui les États-Unis auraient pu envoyer à Pékin pour les Jeux, et les commentaires de M. Zhao semblent indiquer que la Chine n’avait lancé aucune invitation.

Le CIO prend acte

Le Comité international olympique « respecte » le boycottage diplomatique des Jeux d’hiver de Pékin (du 4 au 20 février 2022) annoncé lundi par les États-Unis, et se réjouit que cette décision « politique » ne remette pas en cause la participation des sportifs américains. « La présence de responsables gouvernementaux et de diplomates est une décision purement politique pour chaque gouvernement, que le CIO, dans sa neutralité politique, respecte pleinement », a indiqué un porte-parole de l’instance olympique.

Agence France-Presse



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