Le Canada et ses alliés surveillent l’influence chinoise en Afghanistan

Un combattant taliban monte la garde alors que les gens passent devant lui dans un marché à Kaboul.
Photo: Aamir Qureshi Agence France-Presse Un combattant taliban monte la garde alors que les gens passent devant lui dans un marché à Kaboul.

Après le retrait des troupes du Canada et de ses alliés de l’Afghanistan, laissant le pays dans les mains des talibans, une autre puissance mondiale tente d’exercer son influence sur cette nation : la Chine.

Des experts prédisent que le conflit politique actuel pourrait se transformer en une alliance inattendue pour combattre les groupes terroristes en Afghanistan et les empêcher de menacer des pays voisins.

L’Afghanistan et la Chine partagent une petite frontière adjacente à la province du Xinjiang, où Pékin a détenu des centaines de milliers de Ouïghours.

Le Canada et des dizaines d’autres pays ont dénoncé les mauvais traitements dont sont victimes les Ouïghours, qui sont musulmans, en Chine.

La Chine a nié ces allégations et a vigoureusement défendu ses actions à Xinjiang, affirmant qu’elle essayait d’écraser la menace du terrorisme intérieur grâce à la rééducation.

Elle ne veut voir aucune infiltration sur son territoire du groupe affilié d’État islamique en Afghanistan, ISIS-K, responsable de l’attentat à l’aéroport de Kaboul qui a coûté la vie à 13 soldats américains et des dizaines d’Afghans.

L’ambassadeur de la Chine au Canada, Cong Peiwu, a indiqué que son pays voulait que l’Afghanistan entretienne de bonnes relations avec la communauté internationale, et particulièrement avec ses voisins.

« La Chine espère sincèrement que les responsables en Afghanistan entendront l’impatience du peuple afghan et les attentes de la communauté internationale : bâtir une structure politique ouverte et inclusive, adopter des politiques intérieures et étrangères modérées et prudentes et couper tous liens avec des organisations terroristes », a affirmé M. Cong en entrevue.

Les relations entre la Chine et les États-Unis se sont considérablement refroidies pour un bon nombre de raisons. Les provocations militaires et l’approche chinoises dans la mer de Chine méridionale ont contrarié ses voisins et Washington.

« La priorité de la Chine est d’éviter l’infiltration de groupes terroristes en Chine par la province du Xinjiang, a expliqué Paul Evans, expert de la Chine à l’Université de la Colombie-Britannique. Nous avons des ambitions similaires à la Chine depuis 11 / 09, mais de façon pratique, cela ne s’est pas beaucoup développé. »

Des temps difficiles pour les Ouïghours

Les talibans qui gouvernaient l’Afghanistan à l’époque avaient laissé le groupe terroriste al-Qaïda se servir de son territoire pour préparer les attentats du 11 septembre 2001. Mal leur en a pris, puisqu’ils avaient été chassés du pouvoir par l’invasion de l’armée américaine et de ses alliés.

« Quand j’étais en service en Afghanistan, la Chine était certainement intéressée, et pas de façon antagoniste », dit Ben Rowswell, le représentant politique canadien le plus haut placé à Kandahar, il y a un peu plus d’une décennie.

L’intérêt de la Chine en Afghanistan était alors purement économique. Elle avait alors une mine de cuivre dans sa ligne de mire.

« Elle était plutôt contente que quelqu’un d’autre s’occupe de la sécurité en Afghanistan », ajoute M. Rowswell.

Aujourd’hui, la Chine, qui a « grandement exagéré la menace de l’Islam politique à l’intérieur de ses frontières », ne devrait pas se soucier de l’infiltration de terroristes provenant de l’Afghanistan, selon M. Rowswell.

« Je m’attends à des temps difficiles pour les Ouïghours. La peur dicte l’action de la Chine qui juge qu’ils représentent une menace », souligne-t-il.

Selon Bessma Momani, professeure de sciences politiques de l’Université de Waterloo, la visite du numéro 2 des talibans à Pékin, à la fin de juillet, démontre clairement que nouveau régime afghan désire entretenir une relation amicale avec la Chine.

« Il est très clair que les talibans n’ont aucune envie de se disputer avec la Chine ou d’exprimer leur solidarité envers les Ouïghours », avance-t-elle.

Sans présence diplomatique en sol afghan, il sera difficile pour le Canada d’évaluer l’efficacité de son plan de 270 millions $ sur trois ans visant à aider les organisations internationales qui travaillent en Afghanistan, estime la Pre Momani.

« La grande question est de savoir si nous continuerons à avoir un programme d’aide étrangère là-bas. »

La Pre Momani et d’autres experts réfutent l’hypothèse que la Chine ait des vues économiques en Afghanistan, que ce soit pour exploiter une mine de cuivre ou ses minéraux de terres rares.

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