Les talibans célèbrent leur victoire après le départ des Américains

Des talibans sont descendus dans les rues de Kaboul mardi pour fêter le départ des Américains.
Photo: Agence France-Presse Des talibans sont descendus dans les rues de Kaboul mardi pour fêter le départ des Américains.

Les talibans fêtaient mardi leur victoire en Afghanistan après le départ dans la nuit des derniers soldats américains, qui met fin à 20 ans d’une guerre dévastatrice et ouvre un nouveau chapitre d’instabilité pour le pays. Toujours sous le feu de critiques, le président Joe Biden a quant à lui défendu d’un ton déterminé le retrait des militaires.

Des coups de feu victorieux ont éclaté à Kaboul à l’annonce du retrait final de l’armée américaine, salué comme un succès « historique » par les talibans, revenus au pouvoir le 15 août. Les États-Unis avaient déclenché la guerre contre l’Afghanistan après les attentats du 11 septembre perpétrés par al-Qaïda.

« Félicitations à l’Afghanistan. […] Cette victoire est la nôtre à tous », a déclaré mardi matin le principal porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, à l’aéroport de Kaboul, dont les islamistes avaient pris le contrôle total quelques heures plus tôt. « C’est une grande leçon pour d’autres envahisseurs et pour notre future génération. C’est aussi une leçon pour le monde, a-t-il avancé. C’est un jour historique, c’est un moment historique et nous en sommes fiers. »

Après deux semaines d’opérations d’évacuation précipitées, voire chaotiques, le dernier avion de transport militaire C-17 a décollé de l’aéroport de Kaboul lundi à 23 h 59 heure afghane (15 h 29 heure de Montréal), a déclaré le général américain Kenneth McKenzie, chef du centre de commandement dont dépend l’Afghanistan.

123 000 civils évacués

Le retrait militaire des États-Unis s’est donc achevé 24 heures avant la date butoir fixée par le président Joe Biden, pour lequel cette journée gardera un goût amer. Malgré les vives critiques autour des opérations d’évacuation chaotiques et endeuillées par deux attentats attribués au groupe djihadiste État islamique au Khorasan le 26 août dernier, le président a dû défendre mardi sa décision de mettre fin à la guerre américaine en Afghanistan. « Je vous donne ma parole, du fond de mon cœur. Je suis convaincu que c’est la bonne décision, une sage décision, et la meilleure décision pour l’Amérique », a-t-il déclaré depuis la Maison-Blanche. « Le véritable choix était entre le départ ou l’escalade. Je n’allais pas prolonger cette guerre éternelle et je n’allais pas prolonger le retrait éternel. »

Au total, les États-Unis déplorent quelque 2500 morts et une facture de 2313 milliards de dollars américains en 20 ans, selon une étude de la Brown University. Ils en ressortent avec une image encore plus écornée par leur incapacité à prévoir la rapidité de la victoire talibane et par leur gestion des évacuations.

Depuis le 14 août, sur une période de 18 jours, les avions des Américains et de leurs alliés ont évacué plus de 123 000 civils de l’aéroport de Kaboul, selon le Pentagone. Le retour des islamistes au pouvoir avait obligé les Occidentaux à évacuer leurs ressortissants, mais aussi les Afghans susceptibles de subir des représailles, notamment pour avoir travaillé pour les forces étrangères. Washington aidera tous les Américains — il en reste entre 100 et 200 dans le pays — qui veulent quitter l’Afghanistan, a assuré le secrétaire d’État, Antony Blinken.

Ces opérations risquées ont été endeuillées le 26 août par deux attentats qui ont fait plus d’une centaine de morts, dont 13 soldats américains. L’attaque a été revendiquée par le groupe État islamique au Khorasan, qui devrait rester une menace à l’avenir.

Mardi, Joe Biden a mis en garde le groupe djihadiste : « Nous n’en avons pas fini avec vous. » Et a promis de mener « une stratégie dure, impitoyable, ciblée et précise, qui traque la terreur là où elle se trouve aujourd’hui, pas là où elle était il y a deux décennies ».

Crainte d’un retour en arrière

Comme le reste du monde, Washington regardera attentivement dans les prochains jours ce que les talibans feront à l’aéroport de Kaboul, et en particulier s’ils laisseront les Afghans circuler librement vers l’étranger comme ils l’ont promis.

À Doha, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a estimé mardi qu’il n’y avait « pas d’alternative » à des discussions avec les talibans après une rencontre avec son homologue qatari. Celui-ci, Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, a demandé aux talibans de s’engager dans la lutte contre le « terrorisme » et de former un gouvernement « inclusif » après le retrait des Américains d’Afghanistan.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est d’ores et déjà inquiété de la situation humanitaire en Afghanistan. « Une catastrophe humanitaire se profile », a-t-il souligné, en évoquant « l’aggravation de la crise humanitaire et économique » et « la menace d’un effondrement total des services de base ».

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