Un tribunal chinois rejette l’appel d’un Canadien condamné à la peine de mort

Robert Schellenberg a été reconnu coupable de contrebande de 222 kilogrammes de méthamphétamine, selon le tribunal. Il a été condamné en novembre 2018 à 15 ans de prison et s’est vu imposer la peine de mort en janvier 2019 après un nouveau procès d’une journée (sur la photo).
Photo: Archives Intermediate Peoples' Court of Dalian via Agence France-Presse Robert Schellenberg a été reconnu coupable de contrebande de 222 kilogrammes de méthamphétamine, selon le tribunal. Il a été condamné en novembre 2018 à 15 ans de prison et s’est vu imposer la peine de mort en janvier 2019 après un nouveau procès d’une journée (sur la photo).

Un tribunal chinois a rejeté mardi l’appel d’un Canadien condamné à la peine de mort, pour trafic de drogue, tandis que Beijing accentue la pression sur Ottawa pour que le Canada relâche la dirigeante du géant des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, détenue dans la foulée d’une demande d’extradition des États-Unis.

Le gouvernement canadien prévoit de faire appel de la condamnation en Chine à 11 ans d'emprisonnement du Canadien Michael Spavor, a déclaré mercredi le ministre des Affaires étrangères.
 

« C'est notre intention d'aller en appel », a affirmé Marc Garneau en conférence de presse. Cette déclaration survient après l'annonce de la condamnation du Canadien pour espionnage, un verdict jugé "absolument inacceptable" par Ottawa.
 

Robert Schellenberg a été reconnu coupable de contrebande de 222 kilogrammes de méthamphétamine. Il a initialement écopé d’une peine de prison en novembre 2018, mais sa sentence a été subitement révisée en janvier 2019 pour se transformer en peine de mort après l’arrestation de Mme Meng à Vancouver, à la demande des États-Unis qui la soupçonnent de manœuvres frauduleuses en Iran.

La Cour populaire supérieure de la province du Liaoning a rejeté l’appel de Schellenberg et a indiqué que les procédures étaient légales et la sentence appropriée. Elle a soumis le dossier pour révision à la Cour suprême de la Chine, comme le requiert la loi dans tous les cas de peine de mort en attente d’exécution.

« Nous condamnons le verdict dans les termes les plus fermes et appelons la Chine à accorder la clémence à Robert », a déclaré aux journalistes l’ambassadeur du Canada à Pékin, Dominic Barton. Il a qualifié la peine de « cruelle et inhumaine ».

« Son nouveau procès et la condamnation qui a suivi étaient arbitraires », a ajouté M. Barton par téléphone depuis la ville de Shenyang, dans le nord-est du pays, où il a assisté à l’audience de la cour d’appel.

L’ambassadeur a mentionné que des diplomates canadiens avaient discuté avec M. Schellenberg après la décision, mais sans donner davantage de détails.

Selon l’ambassadeur, le Canadien est « remarquablement » calme et en contrôle. « Nous avons eu une bonne conversation », a ajouté M. Barton.

Les commentaires du ministre des Affaires étrangères du Canada, Marc Garneau, ont fait écho aux propos de M. Barton.

« Le Canada a maintes fois exprimé à la Chine sa ferme opposition envers cette peine cruelle et inhumaine. Nous continuerons d’intervenir auprès des responsables chinois aux plus hauts niveaux pour qu’ils accordent la clémence à M. Schellenberg », a affirmé le ministre Garneau par voie de communiqué.

Appels à l’action de l’opposition

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, a lui aussi dénoncé à nouveau l’instrumentalisation politique de la justice par la Chine. Il accuse Pékin d’utiliser la peine de mort à des fins politiques.

La Chine a également arrêté l’ancien diplomate canadien, Michael Kovrig, et un ancien entrepreneur canadien, Michael Spavor, dans ce qui a les allures de moyens de pression sur Ottawa pour obtenir la libération de Meng Wanzhou. Les deux hommes ont été accusés plus tard d’espionnage.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, soutient que le Canada doit utiliser toutes les ressources à sa disposition pour sauver messieurs Schellenberg, Spavor et Kovrig. Il n’a toutefois pas offert de détails sur les moyens d’y parvenir.

« C’est un Canadien, nous devons lui sauver la vie, a tranché M. Singh au sujet du sort réservé à Robert Schellenberg. Et nous savons aussi que M. Spavor et M. Kovrig sont toujours détenus et il faut tout faire pour assurer leur libération. Les Canadiens s’attendent à cela de nous. »

L’ambassadeur Dominic Barton a indiqué qu’il se rendrait plus tard mardi dans la ville de Dandong, dans le nord-est, pour voir M. Spavor.

Questionné sur le moment où une décision sera rendue dans cette affaire, M. Barton s’est avancé sur la journée de mercredi. Concernant M. Kovrig, l’ambassadeur a dit n’avoir reçu aucune indication à ce sujet.

Lorsqu’il a été interrogé sur les possibles liens de ces trois cas avec celui de Mme Meng, M. Barton a affirmé qu’il « ne pense pas que ce soit une coïncidence que cela se produise en ce moment » alors que le dossier de la femme d’affaires chinoise suit son cours à Vancouver. L’affaire s’inscrit dans une dimension géopolitique, a-t-il ajouté.

Une juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique doit entendre les arguments finaux des parties concernant la décision d’extrader ou non Mme Meng.

Erin O’Toole a ouvert la porte à un possible boycottage des Jeux olympiques de Pékin, l’an prochain, en invitant à la prudence, car selon lui les récents gestes faits par le gouvernement chinois prouvent que les Canadiens ne sont pas en sécurité en Chine.

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