Une sixième capitale provinciale aux mains des talibans

Lundi, des notables ont demandé au gouverneur de la province de Samangan de retirer ses forces de la ville pour qu’elle soit épargnée par les combats, ce qu’il a accepté, a expliqué le gouverneur adjoint. (Photo d'illustration)
Photo: Agence France-Presse Lundi, des notables ont demandé au gouverneur de la province de Samangan de retirer ses forces de la ville pour qu’elle soit épargnée par les combats, ce qu’il a accepté, a expliqué le gouverneur adjoint. (Photo d'illustration)

Les talibans se sont emparés lundi d’une nouvelle capitale provinciale dans le nord de l’Afghanistan, et ont commencé à tourner leur regard sur Mazar-i-Sharif, la plus grande ville de cette partie du pays.

Après avoir conquis en quelques heures dimanche Kunduz, la grande ville du nord-est, Taloqan, 50 km à l’est, et Sar-e-Pul, 400 km plus à l’ouest, les talibans ont ajouté lundi Aibak à cette liste.

Ils sont désormais en possession de six des 34 capitales provinciales, après s’être emparés samedi de Sheberghan, fief du célèbre chef de guerre Abdul Rashid Dostom, à 50 km au nord de Sar-e-Pul, et vendredi, de Zaranj, capitale de la lointaine province de Nimroz, à la frontière avec l’Iran.

Aibak, ville de 120 000 habitants située à environ 100 km au sud-ouest de Kunduz, est tombée sans résistance. « Les talibans ont capturé la ville d’Aibak, et la contrôlent complètement », a déclaré à l’AFP Sefatullah Samangani, le gouverneur adjoint de la province de Samangan, dont Aibak est la capitale.

« La nuit dernière, un ancien sénateur s’est rendu aux talibans » et lundi, des notables ont demandé au gouverneur de retirer ses forces de la ville pour qu’elle soit épargnée par les combats, ce qu’il a accepté, a-t-il expliqué.

Des milliers de personnes ont fui le nord, et beaucoup sont arrivées à Kaboul lundi, après un voyage éprouvant de dix heures en voiture, au cours duquel elles ont dû franchir de nombreux postes de contrôle talibans.

« Ils frappent et pillent », a déclaré Rahima, qui campe maintenant avec des centaines de personnes dans un parc de la capitale après avoir fui la province de Sheberghan.

« S’il y a une jeune fille ou une veuve dans une famille, ils les prennent de force. Nous avons fui pour protéger notre honneur », a-t-elle ajouté.

Les talibans, qui avancent à un rythme effréné, contrôlent désormais cinq des neuf capitales provinciales du nord, et des combats sont en cours dans les quatre autres.

Les insurgés ont déjà en vue leur prochain objectif et ont annoncé avoir attaqué Mazar-i-Sharif. Mais des habitants et officiels ont assuré qu’ils ne l’avaient pas encore atteinte.

« La dernière goutte de sang »

La police de la province de Balkh, dont Mazar-i-Sharif est la capitale, a affirmé que les combats les plus proches en étaient distants d’au moins 30 km. Elle a accusé les talibans de vouloir « créer de l’angoisse dans la population civile avec leur propagande ».

Ils frappent et pillent. S’il y a une jeune fille ou une veuve dans une famille, ils les prennent de force. Nous avons fui pour protéger notre honneur.

« L’ennemi fait maintenant mouvement vers Mazar-i-Sharif, mais heureusement, les ceintures de sécurité [autour de la ville] sont solides, et l’ennemi a été repoussé », a affirmé Mirwais Stanikzai, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, dans un message aux médias.

Cité historique et carrefour commercial, Mazar-i-Sharif est le pilier sur lequel s’est toujours appuyé le gouvernement pour contrôler le nord du pays. Sa chute serait un coup extrêmement dur porté au pouvoir.

Mohammad Atta Noor, l’ex-gouverneur de la province de Balkh, homme fort depuis longtemps de Mazar-i-Sharif et du nord, a promis de résister « jusqu’à la dernière goutte de sang ». « Je préfère mourir dans la dignité que mourir dans le désespoir », a-t-il tweeté.

Le nord de l’Afghanistan a toujours été considéré comme très opposé aux talibans. C’est là qu’ils avaient rencontré la résistance la plus acharnée lors de leur accession au pouvoir dans les années 1990.

Heureusement, la situation sécuritaire s’est améliorée dans les provinces de Kandahar, Lashkar Gah et Hérat […] Le plan [de l’ennemi] de prendre ces villes a été neutralisé.

Les talibans ont dirigé le pays entre 1996 et 2001, imposant leur version ultra-rigoriste de la loi islamique, avant d’être chassés du pouvoir par une coalition internationale dirigée par les États-Unis.

Lourdes pertes civiles

« Nous avons tous fui la ville de Kunduz [dimanche]. La plupart des gens fuyaient leur maison, à pied, en voiture ou à tricycle, vers les provinces voisines ou vers Kaboul et Mazar-i-Sharif », a déclaré Rahmatullah, 28 ans, un habitant de Kunduz.

Si l’armée s’est révélée incapable d’enrayer leur offensive dans le nord, elle continuait lundi à faire front à Kandahar et Lashkar Gah, deux fiefs historiques des insurgés dans le sud de l’Afghanistan, ainsi qu’à Hérat, dans l’ouest.

« Heureusement, la situation sécuritaire s’est améliorée dans les provinces de Kandahar, Lashkar Gah et Hérat […] Le plan [de l’ennemi] de prendre ces villes a été neutralisé », a assuré M. Stanikzai.

Mais cette résistance se fait au prix de lourdes pertes civiles. Au moins 20 enfants ont été tués et 130 blessés ces trois derniers jours dans la seule province de Kandahar, a indiqué lundi l’UNICEF.

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