Problème dans un réacteur nucléaire EPR chinois

Les deux réacteurs de Taishan, non loin de Macao et de Hong Kong, ici lors de leur construction en 2013, sont à ce jour les seuls EPR à être entrés en service dans le monde, en 2018 et 2019.
Photo: AP Photo/Bobby Yip, Pool, File Les deux réacteurs de Taishan, non loin de Macao et de Hong Kong, ici lors de leur construction en 2013, sont à ce jour les seuls EPR à être entrés en service dans le monde, en 2018 et 2019.

La centrale nucléaire EPR de Taishan, construite avec le groupe français EDF dans le sud de la Chine, est sous surveillance pour un problème d’étanchéité au cœur d’un réacteur, mais les rejets de gaz dans l’air ainsi générés sont dans les limites autorisées, assurent EDF et l’opérateur chinois.

« EDF a été informée de l’augmentation de la concentration de certains gaz rares dans le circuit primaire du réacteur n° 1 de la centrale nucléaire de Taishan détenue et exploitée par TNPJVC, joint-venture de CGN (70 %) et EDF (30 %) », a annoncé le groupe français lundi dans un communiqué, après que CNN a rapporté un possible problème de fuite.

Le circuit primaire est un circuit fermé contenant de l’eau sous pression, qui s’échauffe dans la cuve du réacteur au contact des éléments combustibles, qui se trouvent empilés dans des « crayons » entourés de gaines métalliques.

La fission nucléaire produit des gaz rares, en l’occurrence du xénon et du krypton, qui ont fuité dans ce circuit à travers les gaines - un phénomène minimisé par EDF et des experts. EDF a exclu toute dynamique de fonte du cœur, comme dans d’anciennes catastrophes nucléaires.

« La présence de certains gaz rares dans le circuit primaire est un phénomène connu, étudié et prévu par les procédures d’exploitation des réacteurs », a dit EDF.

La procédure prévoit que ces gaz soient collectés et traités afin d’en retirer la radioactivité, avant d’être rejetés dans l’air. Ils l’ont été « dans le respect des limites réglementaires définies par l’autorité de sûreté chinoise », a ensuite précisé EDF, en disant que ces limites étaient dans la moyenne internationale.

« Nous ne sommes pas sur des contaminations, nous sommes sur des rejets contrôlés, maîtrisés », a souligné le groupe lors d’une conférence de presse.

« Il doit y avoir des gaines métalliques inétanches, laissant passer des gaz rares qui contaminent le fluide primaire », avait expliqué à l’AFP Karine Herviou, directrice générale adjointe de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français.

Elle ajoute qu’à ce stade rien ne permet de parler d’accident: « On ne connaît pas les valeurs, la concentration, on ne sait pas quelle est l’ampleur du phénomène. Mais il n’y a pas plus d’inquiétude à avoir pour l’instant, compte tenu de ce qu’on sait. »

Les crayons « fuitards » sont « un phénomène assez normal et banal, bien qu’indésirable, en tout cas pas rare dans l’industrie nucléaire », a dit à l’AFP David Fishman, du cabinet de conseil en énergie The Lantau Group en Chine.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), basée à Vienne, avait de son côté déclaré qu’« à ce stade » elle n’avait « aucune indication qu’un incident radiologique se soit produit ».

« Menace radiologique »

Les deux réacteurs de Taishan, non loin de Macao et de Hong Kong, sont à ce jour les seuls EPR à être entrés en service dans le monde, en 2018 et 2019. D’autres exemplaires de ces réacteurs de troisième génération sont en construction en Finlande, en France et au Royaume-Uni, mais de multiples déboires techniques ont retardé de plusieurs années leurs mises en service.

Framatome, la filiale d’EDF qui a participé à la construction des réacteurs de Taishan, avait lundi matin indiqué surveiller « l’évolution d’un des paramètres de fonctionnement » du réacteur, mais sans donner de détail ni parler de fuite.

CNN, sur la base d’une lettre envoyée par Framatome au département de l’Énergie américain le 8 juin, a fait état d’une possible « fuite » dans cette centrale. Framatome se serait adressé aux États-Unis pour demander une autorisation d’assistance technique pour résoudre « une menace radiologique imminente ». On ignore pourquoi l’aval américain est nécessaire pour intervenir.

Toujours selon la chaîne américaine, les autorités de sûreté chinoises auraient également relevé les limites acceptables de radiation à l’extérieur du site pour éviter d’avoir à mettre la centrale à l’arrêt.

De son côté, l’exploitant de la centrale, China General Nuclear Power Group (CGN), a fait état dans un communiqué d’indicateurs environnementaux « normaux », sans toutefois faire directement référence aux informations de CNN.

Le ministère chinois des Affaires étrangères n’a pas non plus répondu aux sollicitations, tout comme le Commissariat à l’Énergie atomique en France.

EDF a néanmoins demandé la tenue d’un conseil d’administration extraordinaire avec la coentreprise TPNJVC.

La Chine compte une cinquantaine de réacteurs en fonctionnement, ce qui la classe au troisième rang mondial derrière les États-Unis et la France.

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