Hong Kong gèle les avoirs du patron de presse Jimmy Lai

Jimmy Lai a été condamné à la prison en avril dernier pour avoir organisé des manifestations prodémocratie.
Photo: Vernon Yuen Archives Agence France-Presse Jimmy Lai a été condamné à la prison en avril dernier pour avoir organisé des manifestations prodémocratie.

Les autorités de Hong Kong ont annoncé vendredi avoir gelé les avoirs du patron de presse prodémocratie Jimmy Lai, y compris ses participations dans les médias, pour avoir enfreint la loi sur la sécurité nationale.

Le Bureau de sécurité, installé en 2020 à Hong Kong dans le cadre d’une nouvelle loi sur la sécurité imposée par Pékin, a déclaré avoir donné l’ordre de geler les avoirs de Jimmy Lai dans le groupe de médias Next Digital, ainsi que « la propriété de comptes dans des banques locales de trois entreprises qu’il possède ».

Le milliardaire autodidacte de 73 ans irrite Pékin en raison du soutien de ses journaux au mouvement prodémocratie à l’origine de manifestations gigantesques en 2019. Son quotidien Apple Daily a entre autres soutenu les manifestations qui se sont succédé pendant des mois en 2019 dans le centre financier asiatique.

Jimmy Lai a été arrêté l’an dernier pour avoir enfreint la nouvelle loi sur la sécurité imposée par Pékin pour réprimer ce mouvement dans l’ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997.

Né en Chine continentale et arrivé clandestinement à l’âge de 12 ans à Hong Kong, où il a fait fortune, M. Lai a été inculpé pour « collusion avec des puissances étrangères », puis accusé d’avoir soutenu l’idée de sanctions étrangères contre les dirigeants de Chine et de Hong Kong.

Il a été condamné en avril à 14 mois de prison pour avoir organisé et participé à des manifestations prodémocratie en août 2019.

Les deux principaux titres de M. Lai — Apple Daily et le magazine numérique Next — se sont démarqués de leurs concurrents qui soutiennent Pékin ou adoptent une ligne beaucoup plus prudente.

Dans un communiqué, Apple Daily a précisé que le gel des actifs concernait 70 % des actions de Lai dans Next Digital, la société mère du groupe de médias, ainsi que « trois comptes bancaires » détenus par les sociétés privées du magnat. « Le fonctionnement et les actifs financiers du groupe et d’Apple Daily ne seront pas affectés », a affirmé le journal.

Ce gel des avoirs intervient alors que les autorités chinoises sont engagées dans une reprise en main musclée de Hong Kong où elles entendent réduire les dissidents au silence.

Provoquées par une loi sur les extraditions vers la Chine continentale, où le système judiciaire est sous l’influence du pouvoir politique, les manifestations de 2019 ont été suivies massivement, posant le défi le plus criant aux autorités pro-Pékin depuis la rétrocession.

Pékin a imposé l’an dernier une loi sur la sécurité nationale, en promettant qu’elle n’affecterait pas les libertés. La Chine s’était engagée à préserver les libertés à Hong Kong lors de la rétrocession par le Royaume-Uni en 1997. Mais de nombreuses personnalités prodémocratie de Hong Kong ont depuis été arrêtées, ont été emprisonnées ou ont fui à l’étranger.

Plus d’une centaine de personnes ont été inculpées en vertu de la loi. Elles risquent la prison à vie si elles sont reconnues coupables et peu d’entre elles sont libérées sous caution.

Pékin a récemment dévoilé un nouveau plan — surnommé « Les patriotes gouvernent Hong Kong » — pour contrôler qui se présente aux élections et réduire le nombre de sièges élus directement au Parlement local à une petite minorité.

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