Comment expliquer la tournure catastrophique de la pandémie en Inde?

Hôpitaux en sous-effectif, manque d’oxygène, flambée des contaminations : la pandémie a atteint une gravité sans précédent en Inde, qui a enregistré un record mondial de près de 350 000 personnes contaminées en une seule journée dimanche. Le nouveau variant double mutant B.1.617 (indien) n’est cependant pas le principal facteur en cause, selon le Dr Alain Lamarre, professeur en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

« Jusqu’à présent, il n’y a pas beaucoup de données scientifiques pour démontrer qu’il est plus transmissible. Je pense que c’est davantage une question de relâchement de mesures », estime l’expert. Si le deuxième pays du monde par sa population avait d’abord opté pour l’un des confinements les plus stricts au début de la première vague, un plan de reprise économique en plusieurs phases s’est enclenché au mois de juin 2020.

Après la journée record de dimanche, plus de 320 000 nouvelles contaminations ont été rapportées lundi. L’Inde dénombre maintenant plus de 17,6 millions de cas depuis le début de la pandémie, ce qui en fait le pays le plus touché au monde après les États-Unis.

 

 

Les célébrations du festival de Holi, qui marque l’avènement du printemps, au cours desquelles les gens s’aspergent de pigments de couleurs, ont été interdites dans plusieurs États, dont celui de la capitale. Les restrictions n’ont cependant pas empêché certains fêtards de se rassembler à travers le pays. Ce genre d’événement de « supertransmission » a probablement exacerbé la récente flambée des cas, selon le Dr Lamarre.

« La pointe de l’iceberg »

La situation en Inde est « plus que déchirante », a déclaré lundi le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au lendemain du bilan national de près de 350 000 nouvelles contaminations à travers le pays.

Le bilan record est probablement encore en deçà de la réalité, le pays n’ayant pas les capacités de faire tester toute sa population. « C’est sûrement une très faible partie de la population qui a accès à ces tests de dépistage. Ici, on peut se permettre d’en faire plusieurs chaque fois qu’on a des symptômes ; là-bas, c’est sûr que ce n’est pas le cas. D’après moi, on pourrait multiplier presque par deux ce qu’on voit là-bas », affirme l’expert à l’INRS.

 

 

New Delhi, la capitale, est l’agglomération indienne la plus touchée par la pandémie. Dimanche, un peu moins de 23 000 nouveaux cas de contamination et 350 décès y ont été enregistrés. Un confinement d’une semaine y avait débuté le 19 avril pour tenter d’atténuer la pression sur les hôpitaux, qui font face à une grave pénurie d’oxygène.

« Il y a beaucoup de gens qui ne vont même pas à l’hôpital, qui meurent dans leurs villages et qui ne font pas partie des statistiques. Selon moi, c’est la pointe de l’iceberg qu’on voit en ce moment », dit le Dr Lamarre.

Aide internationale

À l’heure où le système de santé indien est débordé, l’immunisation de la population se fait lentement. Seulement 1,7 % de la population est entièrement vaccinée et un peu moins de 10 % des habitants ont reçu une première dose.

 

 

Devant cette situation critique, de nombreux pays se sont engagés à apporter une assistance d’urgence. Les États-Unis enverront des équipements médicaux et des composants pour la production de vaccins afin d’accélérer la vaccination à l’échelle nationale. Les exportations de ces composants étaient jusqu’ici limitées par le gouvernement américain.

« L’Inde est le premier producteur de vaccins au monde. Le pays peut lui-même produire une grande quantité de vaccins, mais ce qui lui manque en ce moment, ce sont les matières premières, ou les composantes chimiques de vaccins. C’est une bonne nouvelle que les États-Unis vont apporter leur contribution », croit le Dr Lamarre.

Le plus grand fabricant de vaccins du monde, le Serum Institute, qui se trouve en Inde, avait lancé une alerte à la mi-avril pour avertir qu’il avait un accès restreint à certains composants venant des États-Unis nécessaires à la fabrication en masse de nouveaux sérums.

La Croix-Rouge canadienne enverra pour 10 millions de dollars d’équipement d’urgence, a annoncé mardi le premier ministre Justin Trudeau.

Avec les informations de l’Agence France-Presse

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