La répression a fait 700 morts civils au Myanmar depuis le coup d’État

Des manifestants rendent hommage aux morts civils de la répression. Le nom de certains d'entre eux est inscrit sur la banderole.
Photo: Associated Press Des manifestants rendent hommage aux morts civils de la répression. Le nom de certains d'entre eux est inscrit sur la banderole.

Les opposants au putsch militaire ont continué de manifester dimanche au Myanmar, malgré la répression des forces de sécurité qui a fait plus de 700 morts civils depuis le coup d’État du 1er février, tandis que l’Union européenne accuse la Russie et la Chine de bloquer toute issue diplomatique.

« Les rivalités géopolitiques au Myanmar rendent difficile de trouver des points communs, comme nous le constatons toujours et encore, mais nous avons le devoir d’essayer », a écrit le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, sur un blogue.

En ce sens, l’obstruction de Pékin et Moscou aux efforts diplomatiques au Conseil de Sécurité de l’ONU en vue de l’adoption d’un embargo international sur la vente d’armes au Myanmar ne constitue « pas une surprise », a-t-il souligné.

Et ce sera d’autant plus difficile de parvenir à une solution que « les militaires myanmarais se sont habitués pendant des décennies à ignorer les besoins et la volonté des citoyens de leur pays », a encore fait valoir M. Borrell.

À Mandalay, deuxième ville du pays, une bombe a explosé dimanche matin devant la principale succursale de la banque Myawaddy, qui appartient à l’armée, blessant un garde de sécurité, selon des médias locaux.

La banque, sixième du pays, subit depuis le putsch un mouvement de boycottage, tout comme les nombreuses entreprises contrôlées par l’armée, ainsi que la pression des clients pour pouvoir retirer de l’argent.

La répression des manifestations a fait 701 morts depuis que l’armée a chassé du pouvoir la dirigeante du gouvernement civil, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991 et toujours détenue, selon le décompte tenu par l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

La junte fait état pour sa part de 248 morts, selon un porte-parole vendredi.

L’AAPP a précisé samedi que le nombre d’opposants au putsch tués la veille par les forces de sécurité dans la ville de Bago (65 km au nord-est de Rangoun) s’établissait à 82.

Le bureau des Nations unies au Myanmar demande « aux forces de sécurité d’autoriser les équipes médicales à traiter les blessés » à Bago, comme il l’a écrit sur Twitter.

Quelque 3000 personnes ont été arrêtées depuis le coup d’État militaire, selon l’AAPP.

Des manifestants continuaient malgré tout à se réunir à Mandalay et à Meiktila (centre du pays), où des étudiants d’université et leurs enseignants ont défilé dans les rues dimanche, selon des médias locaux.

Certains portaient symboliquement des tiges de fleurs d’eugenia, dites « de la victoire ».

Dans la banlieue d’Okkalapa Sud, près de Rangoun, des protestataires brandissaient une banderole affirmant : « Nous remporterons la victoire, nous gagnerons ».

Combats à Momauk

De violents combats ont opposé dimanche dans la banlieue de Momauk, dans l’État de Kacin (nord) l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA) à l’armée myanmaraise.

« Ils ont essayé de pénétrer notre zone, mais nos troupes ont tenté de les bloquer sur la route », a déclaré à l’AFP le colonel Naw Bu, porte-parole de la KIA, en soulignant que l’armée avait pilonné les positions des rebelles. « L’armée mobilise son artillerie contre les secteurs où elle pense que la KIA se cache dans la jungle, et la KIA riposte », a-t-il dit.

Deux camions de l’armée myanmaraise sont tombés dans une embuscade tendue par la KIA, mais le porte-parole n’était pas en mesure de donner un nombre de tués ou de blessés.

Samedi, des affrontements sanglants avaient eu lieu à Tamu (nord-ouest), près de la frontière avec l’Inde, lorsque l’armée a tenté de démanteler des barricades érigées par des manifestants pour protéger leurs quartiers.

Dans l’État Shan (Nord), l’Armée de Libération Nationale Ta’ang (TNLA) a attaqué un commissariat, selon le brigadier général de la TNLA Tar Bhone Kyaw, qui a refusé de donner davantage de détails. Une dizaine de policiers ont été tués dans cette opération, les rebelles mettant le feu au commissariat, selon des médias locaux.

L’armée a riposté avec des frappes aériennes, tuant au moins un rebelle, selon la TNLA.

À voir en vidéo: