Nouvelle mise en accusation pour Aung San Suu Kyi au Myanmar

Des manifestants participant à une manifestation contre le coup d'État militaire, à Monywa, dans la région de Sagaing.
Photo: Agence France-Presse Des manifestants participant à une manifestation contre le coup d'État militaire, à Monywa, dans la région de Sagaing.

Détenue depuis le coup d’État du 1er février au Myanmar, l’ex-dirigeante Aung San Suu Kyi a été formellement accusée jeudi d’avoir violé une loi sur les secrets d’État datant de l’époque coloniale.

Mme Suu Kyi, 75 ans, est également poursuivie pour « incitation aux troubles publics ». Des accusations d’avoir perçu plus d’un million de dollars et onze kilos d’or de pots-de-vin s’y ajoutent, mais elle n’a pas encore été accusée de « corruption ». Si elle est reconnue coupable, elle encourt de longues années de prison et risque d’être bannie de la vie politique.

Celle dont le gouvernement civil a été renversé par la junte il y a deux mois a comparu en visioconférence jeudi devant un tribunal de Naypyidaw, la capitale du pays. L’audience portait sur des questions administratives, comme la désignation officielle des huit avocats de son équipe de défense.

Elle paraissait en « bonne condition physique » et était « brillante et charmante, comme toujours », a dit l’un de ses avocats, Khin Maung Zaw.

Son équipe de défense l’avait vue la veille par vidéo et sous surveillance policière pour la première fois depuis le putsch. « Elle a demandé une rencontre entre elle et ses avocats ; une réunion privée pour donner ses instructions à sa défense et discuter de l’affaire sans ingérences extérieures de la police ou des forces armées », a-t-il ajouté. La prochaine audience est fixée au 12 avril.

Lourd bilan

Mercredi, d’anciens députés du parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), ont annoncé la formation, pendant la première semaine d’avril, d’« un nouveau gouvernement civil » de résistance. Ils ont aussi annoncé que la Constitution de 2008 rédigée par le régime militaire précédent était « annulée ».

Des protestataires ont d’ailleurs brûlé jeudi une pile de copies du texte dans une rue de Rangoun, la plus grande ville du Myanmar, où deux supermarchés appartenant à l’armée ont été incendiés dans la nuit.

Depuis le 1er février, plus de 535 personnes — dont de nombreux étudiants, des adolescents et de jeunes enfants — ont été tuées par les forces de sécurité, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Des centaines d’autres, détenues au secret, sont portées disparues.

Mais, en dépit de la répression meurtrière de la junte, les manifestations prodémocratie se poursuivent. Jeudi, un manifestant âgé de 31 ans a été tué à Monywa et dix autres blessés, a confirmé un secouriste à l’AFP. Une autre personne a également péri et six ont été blessées à Mandalay, deuxième ville du pays, selon un secouriste et un médecin.

Toujours jeudi, des Myanmarais ont de nouveau pris part à des veillées à la bougie et à des prières silencieuses pour honorer la mémoire des « martyrs ». À Rangoun, des protestataires ont défilé avec des larmes de sang peintes sur le visage.

Déterminées à bloquer le soulèvement populaire, les autorités ont ordonné jeudi aux fournisseurs d’accès Internet de suspendre « jusqu’à nouvel ordre » les connexions sans fil dans le pays. Alors qu’elles avaient déjà décrété la suspension des transferts de données mobiles, cette nouvelle coupure risque de paralyser les communications en ligne, car très peu de gens ont accès à des lignes fixes.

Conseil de sécurité divisé

Au cours d’une réunion d’urgence à huis clos mercredi du Conseil de sécurité de l’ONU réclamée par Londres, l’émissaire de l’ONU pour le Myanmar, Christine Schraner Burgener, a mis en garde contre « un risque de guerre civile à un niveau sans précédent », exhortant à « envisager tous les moyens à sa disposition pour […] éviter une catastrophe multidimensionnelle au cœur de l’Asie ».

Mais ses 15 membres restent divisés. Si Washington et Londres ont défendu la mise en œuvre de sanctions par l’ONU, Pékin, un allié traditionnel de l’armée myanmaraise, a fermement rejeté cette idée, tout en appelant à « revenir à une transition démocratique ».

L’ancienne puissance coloniale, le Royaume-Uni, a sanctionné jeudi un deuxième conglomérat lié à l’armée, Myanmar Economic Corporation (MEC), une semaine après des sanctions communes avec Washington ayant visé Myanmar Economic Holdings Ltd (MEHL).

De leur côté, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a accusé les forces de sécurité de s’en prendre aux secouristes. « Des médecins et des secouristes de la Croix-Rouge au Myanmar ont été arrêtés de façon injustifiée, intimidés ou blessés, et des biens et des ambulances de la Croix-Rouge ont été endommagés. C’est inacceptable », a déclaré le directeur régional de l’organisation pour l’Asie-Pacifique, Alexander Matheou.

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