À Hong Kong, neuf vétérans pro-démocratie sont condamnés pour une manifestation monstre en 2019

Le militant pro-démocratie Lee Cheuk-yan faisait des gestes devant le tribunal de West Kowloon à Hong Kong, jeudi, avant que le verdict ne soit rendu sur des accusations pour avoir organisé une assemblée non autorisée le 18 août 2019.
Photo: Isaac Lawrence Agence France-Presse Le militant pro-démocratie Lee Cheuk-yan faisait des gestes devant le tribunal de West Kowloon à Hong Kong, jeudi, avant que le verdict ne soit rendu sur des accusations pour avoir organisé une assemblée non autorisée le 18 août 2019.

Neuf vétérans de l’opposition hongkongaise ont été déclarés coupables jeudi de l’organisation d’une des plus grandes manifestations de 2019, une décision qui illustre à nouveau l’implacable répression en cours dans la région chinoise.

Parmi les neuf, on retrouve certaines des personnalités les plus respectées de la lutte pour les libertés dans l’ex-colonie britannique, souvent des apôtres de la non-violence qui sont mobilisés depuis des décennies pour l’instauration d’un véritable suffrage universel.

L’un des plus célèbres est l’avocat de 82 ans Martin Lee, qui avant la rétrocession en 1997 avait été choisi par Pékin pour rédiger la Loi fondamentale, qui sert de mini-constitution dans la région semi-autonome.

Étaient également poursuivis l’ex-députée de l’opposition et avocate Margaret Ng, 73 ans, ou encore le magnat des médias Jimmy Lai et l’ex-député Leung Kwok-hung connu sous le surnom de « Long Hair ».

Ces deux derniers sont actuellement en détention provisoire du fait de poursuites distinctes au nom de la loi draconienne sur la sécurité nationale que Pékin a imposée fin juin 2020.

Les autres sont des figures de proue du Front civil des droits de l’Homme (CHRF), la coalition qui avait organisé les plus grandes manifestations en 2019, quand la ville avait connu sa pire crise politique depuis la rétrocession en 1997, avec des actions et mobilisations quasi quotidiennes.

« Nous n’arrêterons jamais »

Le Tribunal de district de Hong Kong en a déclaré sept coupables d’organisation et de participation à un rassemblement illégal. Les deux autres avaient plaidé coupable.

Ils risquent jusqu’à cinq années de prison. On ignore quand les peines seront prononcées.

« Nous sommes très fiers même si nous devons aller en prison pour cela », a déclaré aux journalistes l’ancien député et leader syndicaliste Lee Cheuk-yan. « Quoi que nous réserve l’avenir, nous n’arrêterons jamais de défiler. »

Jeudi matin, quelques-uns de leurs partisans s’étaient rassemblés près du tribunal, tenant des pancartes dénonçant la « répression politique ».

L’affaire est particulièrement emblématique du climat actuel dans l’ex-colonie britannique puisqu’elle porte sur l’organisation d’un rassemblement non autorisé le 18 août 2019, qui avait été une des plus grandes manifestations en sept mois de contestation.

Les organisateurs avaient fait état de 1,7 million de manifestants ce jour-là, ce qui représenterait près d’un Hongkongais sur quatre. Ce chiffre n’a pu être vérifié indépendamment.

Pendant des heures, un immense cortège avait parcouru pacifiquement les rues du centre de l’île de Hong Kong.

L’utilisation par les autorités de la qualification d’« organisation et participation à un rassemblement non autorisé » est dénoncée de longue date à Hong Kong par les associations de défense des droits de l’Homme.

Circulation automobile perturbée

Et l’avocat britannique David Perry, qui avait été choisi par le gouvernement hongkongais pour diriger l’accusation contre les neuf, avait renoncé à le faire suite à de vives critiques de Londres et d’organisations britanniques de juristes.

Un des angles d’attaque de l’accusation a été de dire que les neuf avaient bravé l’interdiction de manifester, ce qui avait perturbé le trafic automobile dans la ville.

Et dans son verdict, la juge AJ Woodcock a prévenu qu’elle était encline à infliger la peine maximale et laissé entendre que le caractère pacifique du défilé n’était pas une excuse recevable.

La popularité de la contestation populaire s’était traduite dans les urnes par un triomphe de l’opposition aux élections locales de novembre 2019.

Mais le mouvement avait subi au début 2020 un coup d’arrêt brutal sous l’effet cumulé des restrictions de rassemblement prises contre le coronavirus et des milliers d’arrestations, mais aussi d’une certaine fatigue des manifestants.

À l’exception de l’abandon de la loi controversée sur les extraditions qui avait été le déclencheur de la contestation, les manifestants n’avaient rien obtenu.

Et le pouvoir chinois a engagé en 2020 une reprise en main musclée de sa turbulente région, au travers notamment de la loi draconienne sur la sécurité nationale imposée fin juin.

Aucune manifestation n’est désormais possible dans la ville, et les autorités ont au prétexte du coronavirus reporté d’un an des élections législatives où l’opposition avait toutes les chances de voir la popularité de son combat confortée.

Nouveau clou dans le cercueil de l’exception hongkongaise, la réforme du système électoral local que la Chine a promulguée mardi, qui aura pour conséquence de marginaliser totalement l’opposition au Conseil législatif (LegCo, le Parlement hongkongais).

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