Plus de 520 civils tués par les forces de sécurité

Des personnes prient lors des funérailles d'un manifestant, décédé durant la répression des forces de sécurité à Taunggyi, dans l'État de Shan au Myanmar, le 29 mars dernier.
Photo: Agence France-Presse Des personnes prient lors des funérailles d'un manifestant, décédé durant la répression des forces de sécurité à Taunggyi, dans l'État de Shan au Myanmar, le 29 mars dernier.

Plus de 520 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d’État du 1er février au Myanmar où les factions ethniques armées menacent de rejoindre le mouvement de contestation si le bain de sang continue.

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir d’urgence mercredi à huis clos, à la demande de Londres. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exhorté la communauté internationale à « plus d’unité » et « plus d’engagement » pour faire pression sur la junte.

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé une nouvelle salve de sanctions ces derniers jours, mais la Chine et la Russie refusent de condamner officiellement le putsch.

Profitant de ces divisions, les généraux poursuivent la répression meurtrière pour essayer d’en finir avec les manifestations en faveur du rétablissement de la démocratie et les grèves qui secouent le Myanmar depuis qu’ils ont renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi.

Portés disparus

521 personnes, dont beaucoup d’étudiants et des adolescents, ont été tuées par les forces de sécurité ces deux derniers mois, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP), qui pense que ce chiffre pourrait être bien supérieur, des centaines de Myanmarais arrêtés ayant été portés disparus. Pour la seule journée de samedi, la plus sanglante, au moins 107 civils, dont 7 mineurs, ont péri.

Le bilan a encore été lourd mardi avec la mort de huit personnes à Muse dans l’État Shan (Nord-Est) et d’autres encore — dont le nombre n’a pas été communiqué — à Myitkynia dans l’État Kachin (Nord), Mandalay (Centre-Nord) et Bago (Sud), selon l’AAPP.

Les médias d’État ont de leur côté annoncé qu’un manifestant avait perdu la vie à Rangoun, la capitale économique, tandis que les autorités enquêtent sur l’explosion d’une bombe dans un commissariat de police à Bago qui a fait des blessés.

Les contestataires ont dans le même temps mis en œuvre de nouvelles tactiques de résistance.

Ils ont déclenché une « grève des ordures » pour bloquer les carrefours routiers, si bien qu’à Rangoun, les détritus se sont amoncelés dans les rues, coiffés de petits panneaux clamant : « On a besoin de démocratie », d’après des images diffusées par des médias.

Guerre civile

Si les forces de sécurité « continuent à tuer des civils, nous collaborerons avec les manifestants et nous riposterons » par les armes, ont pour leur part averti dans un communiqué commun trois organisations rebelles constituées sur une base ethnique, dont l’Armée d’Arakan (AA), forte de milliers d’hommes.

Dès lors, « la situation risque d’évoluer vers une guerre civile totale », a déclaré à l’AFP Debbie Stothard, de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). « La junte ne veut rien céder et des contestataires, largement pacifiques jusqu’à présent, sont tentés d’appeler à l’aide des factions armées pour se protéger. »

Depuis l’indépendance du Myanmar en 1948, une multitude de groupes ethniques est en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d’autonomie, l’accès aux nombreuses richesses naturelles ou une part du lucratif trafic de drogue.

L’armée avait conclu ces dernières années un cessez-le-feu avec certains d’entre eux.

Mais, le week-end dernier, la junte a procédé à des frappes aériennes dans le Sud-Est, ciblant l’une des principales factions armées, l’Union nationale karen (KNU), après que cette dernière s’est emparée d’une base militaire, tuant des soldats.

Il s’agissait des premières attaques de ce type dans cette région en 20 ans.

De nouveaux raids mardi ont fait six morts dans l’État Karen, d’après la KNU.

Réfugiés refoulés

Dans ce contexte, environ 3000 personnes ont fui vers la Thaïlande voisine, ont souligné des organisations locales.

« Je n’ai jamais rien vu de tel », a raconté à l’AFP Naw Eh Tah, une adolescente de 18 ans, évoquant les frappes aériennes, après avoir marché dans la jungle et franchi la frontière.

Mais la plupart de ces Myanmarais sont refoulés, a affirmé Hsa Moo, une militante karen des droits de la personne. Les autorités thaïlandaises « leur ont fait savoir qu’ils devaient rentrer chez eux, qu’il n’y avait plus de combats ».

Le premier ministre thaïlandais, Prayut Chan-o-Cha, a quant à lui assuré qu’il n’y avait « aucun afflux » de réfugiés dans son pays, démentant au passage l’usage d’armes ou de bâtons pour les effrayer.

Des Karens blessés sont allés se faire soigner mardi en Thaïlande, en particulier un garçon de 15 ans touché au poumon.

« La plupart ont été atteints par des éclats […] beaucoup semblent n’avoir rien mangé depuis des jours », a raconté le docteur Chari Komskorm qui les a accueillis dans le petit l’hôpital de district de Sop Moei.

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