Quatorze pays préoccupés par l’origine du virus

Une séance de vaccination à Lyon, en France. Le pays fait partie des signataires qui ont appelé mardi à élaborer un traité international sur les pandémies.
Photo: Jean-Philippe Ksiazek Agence France-Presse Une séance de vaccination à Lyon, en France. Le pays fait partie des signataires qui ont appelé mardi à élaborer un traité international sur les pandémies.

Les États-Unis et 13 pays alliés ont exprimé mardi leurs « préoccupations » dans une déclaration commune au sujet du rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’origine de la COVID-19, réclamant à la Chine de donner « pleinement accès » à ses données.

Le patron de l’OMS a réclamé de son côté une enquête sur l’hypothèse d’une fuite du virus d’un laboratoire en Chine pour expliquer l’origine de la pandémie et critiqué le partage insuffisant des données par Pékin lors de la mission des experts internationaux cet hiver.

Les experts missionnés du 14 janvier au 9 février en Chine, où sont apparus les premiers cas de la maladie en décembre 2019, ont pourtant estimé que l’hypothèse d’une fuite d’un laboratoire était la moins probable.

« Cela demande d’enquêter plus avant, probablement avec de nouvelles missions avec des experts spécialisés que je suis prêt à déployer », a assuré le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors du breffage aux pays membres de l’organisation sur le rapport publié officiellement mardi.

L’hypothèse d’une fuite d’un laboratoire a été défendue avec force par le gouvernement américain sous la présidence de Donald Trump. La Chine a toujours nié cette possibilité.

Washington et 13 pays alliés ont fait part de leurs « préoccupations partagées » au sujet du rapport de l’OMS.

« L’étude d’experts internationaux sur l’origine du virus SRAS-CoV-2 a été retardée de manière significative et n’a pas eu accès de manière exhaustive aux données et échantillons originaux », affirment le gouvernement américain et les autres pays, soit le Royaume-Uni, Israël, le Canada, le Japon, l’Australie, le Danemark, la Norvège, la République tchèque, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovénie et la Corée du Sud. « Il est crucial que des experts indépendants puissent avoir pleinement accès à toutes les données », ajoutent ces pays.

Le patron de l’OMS a également évoqué les difficultés des experts à accéder « aux données brutes » en Chine. Une rare critique de la façon dont Pékin a géré cette enquête conjointe.

Le rapport de l’OMS est « un premier pas utile », mais des « investigations supplémentaires devront être poursuivies », a déclaré de son côté l’Union européenne, estimant qu’il « faudra encore avoir accès à tous les lieux appropriés et à toutes les données disponibles ».

Transmission naturelle

Les auteurs du rapport jugent la transmission du virus à l’être humain par un animal intermédiaire de « probable à très probable », tandis que l’hypothèse d’un incident de laboratoire est au contraire qualifiée d’« extrêmement improbable ». L’étude privilégie la théorie de la transmission naturelle du virus d’un animal réservoir (probablement la chauve-souris) à l’humain, par l’intermédiaire d’un autre animal non encore identifié. Les experts n’écartent toutefois pas l’hypothèse d’une transmission par de la viande surgelée — piste privilégiée par Pékin —, jugeant ce scénario « possible ».

Afin de se préparer aux inévitables crises sanitaires à venir, Tedros Adhanom Ghebreyesus et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont appelé mardi à élaborer un « traité international sur les pandémies ».

« Aucun gouvernement ni aucun organisme multilatéral ne peut, seul, faire face à cette menace », soulignent les dirigeants d’une vingtaine de pays dans une tribune publiée mardi dans de nombreux quotidiens internationaux. Parmi les signataires figurent le président français, Emmanuel Macron, la chancelière allemande, Angela Merkel, le premier ministre britannique, Boris Johnson, et les présidents sud-coréen, Moon Jae-in, sud-africain, Cyril Ramaphosa, indonésien, Joko Widodo, et chilien, Sebastian Piñera.

Plusieurs pays en Europe frappés par une troisième vague épidémique continuent d’annoncer des mesures pour tenter de limiter la propagation du virus, en particulier concernant les voyages.

L’Allemagne va ainsi renforcer pour les 8 à 14 prochains jours les contrôles autour de ses frontières terrestres, notamment avec la France, le Danemark et la Pologne. Les policiers ne pourront « pas renvoyer les voyageurs » d’où ils arrivent, mais ils vérifieront qu’ils ont un test négatif de moins de 48 heures et qu’ils se sont enregistrés auprès des autorités sanitaires allemandes.

L’Italie, dont l’essentiel du territoire est soumis à de sévères restrictions, va imposer un isolement de cinq jours aux voyageurs venant de l’UE. Ils devront effectuer un test avant leur départ et un autre à l’issue de leur isolement.

La pandémie a fait au moins 2,79 millions de morts, selon un bilan établi mardi par l’AFP, 15 mois après la détection des premiers cas de COVID-19 fin décembre 2019 à Wuhan, en Chine. Les campagnes de vaccination progressent peu à peu, mais l’Allemagne a annoncé la suspension de l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca pour les moins de 60 ans après une nouvelle recommandation par la commission vaccinale et plusieurs cas de formation de caillots sanguins.

Le laboratoire allemand BioNTech a annoncé mardi qu’il comptait fabriquer en 2021 jusqu’à 2,5 milliards de doses de son vaccin développé avec l’américain Pfizer : 25 % de plus que ce qui avait été annoncé initialement.

Plus de 565 millions de doses de vaccins anti-COVID ont été administrées dans au moins 179 pays ou territoires, selon un comptage réalisé par l’AFP à partir de sources officielles mardi.

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