Attentat-suicide devant une cathédrale en Indonésie

La police a établi un cordon de sécurité autour de la cathédrale de Makassar où s'est produit l'attentat.
Photo: Indra Abriyanto Agence France-Presse La police a établi un cordon de sécurité autour de la cathédrale de Makassar où s'est produit l'attentat.

Un attentat-suicide contre une cathédrale, dimanche, en Indonésie, a été perpétré par deux assaillants appartenant à un mouvement extrémiste lié au groupe État islamique (EI), accusé d’avoir commis d’autres attaques contre des églises, dont une en 2019 aux Philippines, selon la police. Visant la cathédrale de Makassar (est du pays), l’attaque a fait au moins 20 blessés. Elle s’est produite après la messe des Rameaux.

Les deux kamikazes, un homme et une femme, ont été tués alors qu’ils pénétraient à moto dans l’enceintede l’édifice, situé sur l’île de Sulawesi (aussi connue sous le nom de Célèbes), où ils ont fait détonner un engin artisanal, ont indiqué les autorités. L’extérieur de l’édifice du sud de l’île était jonché de morceaux de corps humains à la suite de la puissante déflagration qui s’est produite vers 10 h 30 (23 h 30 samedi au Québec).

Tard, dimanche, le chef de la police nationale, Listyo Sigit Prabowo, a indiqué que les assaillants faisaient partie du groupe radical Jamaah Ansharut Daulah (JAD). Cette formation a, selon lui, déjà mené un attentat sanglant en 2018 contre une église à Surabaya, deuxième ville d’Indonésie. « Ce groupe fait également partie ou est lié à celui qui a mené une attaque à la bombe à Jolo, aux Philippines », en 2019, a-t-il ajouté. Cette attaque contre une église catholique sur l’île de Jolo, à majorité musulmane, qui avait fait 21 morts, avait été menée par un couple indonésien et revendiquée par l’EI.

L’attaque, qualifiée d’« acte de terreur » par le président du pays, Joko Widodo, s’est produite après la messe des Rameaux. L’Indonésie est le pays à majorité musulmane le plus peuplé du monde. Les églises y ont, par le passé, déjà été la cible d’extrémistes. « Le terrorisme est un crime contre l’humanité », a déclaré le chef de l’État. « J’appelle tout le monde à se battre contre le terrorisme et le radicalisme, qui sont contraires aux valeurs religieuses. »

« Deux personnes circulaient à moto quand l’explosion s’est produite au principal portail de l’église, les assaillants tentaient d’entrer dans le périmètre de l’église », a précisé le porte-parole de la police nationale Argo Yuwono. « Il y a beaucoup de lambeaux de corps humains près de l’église et aussi dans la rue », a déclaré de son côté Mohammad Ramdhan Pomanto, le maire de cette ville portuaire de 1,5 million d’habitants.

« Les gens rentraient chez eux »

Un témoin a de son côté parlé d’une explosion « très forte ». « Il y avait plusieurs personnes blessées dans la rue. J’ai aidé une femme qui était blessée et couverte de sang, a déclaré un autre témoin. Son petit-fils était également blessé. »

La police a affirmé qu’un agent de sécurité avait tenté d’empêcher la moto d’entrer dans le périmètre de la cathédrale du Sacré-Cœur-de-Jésus, siège de l’archidiocèse de Makassar, juste avant la déflagration. Le dimanche des Rameaux marque l’entrée de Jésus Christ dans Jérusalem, selon la tradition chrétienne, au début de la semaine sainte conduisant à Pâques. « Nous avions terminé la messe et les gens rentraient chez eux quand cela s’est produit », a déclaré aux journalistes le prêtre Wilhelmus Tulak.

Le pape François a dit prier pour toutes les victimes de violence, « en particulier celles de l’attentat de ce [dimanche] matin en Indonésie devant la cathédrale de Makassar ».

De nombreux véhicules étaient endommagés près du complexe de la cathédrale, autour duquel la police établissait un cordon de sécurité,selon un photographe de l’Agence France-Presse sur place.

La tradition de tolérance de l’Indonésie a été mise à l’épreuve ces dernières années par le développement de courants islamiques conservateurs, voire extrémistes. Les minorités religieuses, chrétiennes, mais aussi bouddhistes et hindoues, s’inquiètent pour la coexistence religieuse.

Plus de 200 personnes avaient péri en 2002 dans des attentats sur l’île de Bali, qui ont été attribués à l’organisation islamiste indonésienne Jemaah Islamiyah. En mai 2018, une famille de six personnes, dont quatre enfants,avait déclenché des bombes contre trois églises de Surabaya, la deuxième ville du pays, tuant plus d’une dizaine de fidèles. Le même jour, une deuxième famille avait actionné, apparemment par accident, une bombe dans un appartement et le jour suivant une troisième avait commis une attaque suicide contre un poste de police.

Ces attentats, qui avaient fait autotal 15 victimes, parmi lesquelles 13 morts chez les assaillants, dont cinq enfants, avaient été les plus meurtriers en plus d’une décennie dans l’archipel. Les trois familles radicalisées étaient liées au mouvement radical JAD, qui soutient l’EI, ce dernier ayant revendiqué les attaques à l’époque.