H&M, Nike, Adidas et Uniqlo attisent la colère en Chine

La polémique a enflé jeudi avec l’annonce par plusieurs acteurs et chanteurs chinois qu’ils coupaient tout lien avec Nike, Adidas, Uniqlo, Converse ou encore Calvin Klein.
Photo: Greg Baker Agence France-Presse La polémique a enflé jeudi avec l’annonce par plusieurs acteurs et chanteurs chinois qu’ils coupaient tout lien avec Nike, Adidas, Uniqlo, Converse ou encore Calvin Klein.

Après H&M la veille, Nike, Uniqlo ou encore Adidas sont devenues jeudi les dernières marques à subir les foudres chinoises, après leur boycottage du coton du Xinjiang sur fond d’allégations de « travail forcé » de musulmans ouïghours.

Le Xinjiang a longtemps été frappé par des attentats visant des civils et attribués à des séparatistes ou à des islamistes ouïghours. Pékin y impose depuis quelques années une surveillance policière draconienne. Selon des études publiées par des instituts américains et australiens, au moins un million de Ouïghours ont été internés dans des « camps » et certains ont été soumis à du « travail forcé », notamment dans des champs de coton de la région.

La Chine juge ces rapports truffés de « fausses informations » et assure que les « camps » sont des « centres de formation professionnelle » destinés à apporter un emploi à la population afin de l’éloigner de l’extrémisme.

Après la publication d’études sur le « travail forcé », plusieurs entreprises de prêt-à-porter comme le suédois H&M, l’américain Nike, l’allemand Adidas ou le japonais Uniqlo se sont engagées l’an passé, dans des communiqués, à boycotter le coton du Xinjiang.

La région représente près d’un cinquième de la production mondiale et fournit de nombreux géants de l’habillement.

Les communiqués de ces entreprises sont opportunément réapparus cette semaine sur le réseau social chinois Weibo, déclenchant une polémique alimentée par l’imposition lundi par l’Union européenne, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada de sanctions contre la Chine concernant le traitement des Ouïghours.

En représailles, Pékin a sanctionné des personnalités et organismes européens.

« Vous rêvez ! »

Première entreprise visée, H&M avait déjà vu mercredi ses produits retirés des principaux sites chinois de vente en ligne. Ses magasins restent toutefois ouverts.

La polémique a enflé jeudi avec l’annonce par plusieurs acteurs et chanteurs chinois qu’ils coupaient tout lien avec Nike, Adidas, Uniqlo, Converse ou encore Calvin Klein, dont ils ou elles étaient les ambassadeurs d’image. « Les intérêts du pays passent avant tout », a indiqué l’actrice Tan Songyun pour mettre fin à son partenariat avec Nike, se disant « fermement opposée à toutes les actions malveillantes visant à salir » la Chine.

Signe d’une possible intervention de l’exécutif, c’est la Ligue de la jeunesse communiste, une organisation affiliée au parti au pouvoir, qui avait lancé les hostilités sur Weibo. « Diffuser des rumeurs et boycotter le coton du Xinjiang, tout en espérant gagner de l’argent en Chine ? Vous rêvez ! » avait-elle écrit.

« J’ai acheté des vêtements H&M il y a quelques jours », a déclaré jeudi à l’AFP Liu Xiangyu, un Chinois rencontré à Pékin devant une boutique de l’enseigne suédoise. « Mais une fois rentré à la maison, je vais les jeter ! » assurait-il, même si ces postures patriotiques ne sont pas forcément suivies d’effets durables.

Zara bientôt visé ?

Interrogé sur le fait de savoir si Pékin orchestrait cette polémique, le ministère chinois des Affaires étrangères a démenti jeudi toute responsabilité. « Le marché chinois est comme il est. Nous n’avons nul besoin de nous lancer dans des intimidations », a indiqué la porte-parole Hua Chunying lors d’un point de presse. « Une chose est toutefois certaine : les Chinois n’autoriseront probablement pas des étrangers à profiter des largesses de la Chine tout en la critiquant. »

L’institut Aspi, financé par les autorités australiennes mais aussi étrangères (notamment américaines), accusait H&M l’an dernier de s’être approvisionné auprès de structures utilisant de la main-d’œuvre ouïghoure provenant de « camps de rééducation ». H&M Chine avait déclaré mercredi qu’il n’appuyait « aucune position politique ». Le communiqué du groupe suédois datant de 2020 n’était par ailleurs plus visible jeudi sur son site Internet — signe d’un possible retrait.

Nike n’avait pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaires de l’AFP.

Sur Weibo, d’autres noms de marques ayant adopté des positions similaires contre le coton chinois circulaient jeudi : Zara, Gap, New Balance ou encore Fila, laissant entrevoir de potentielles conséquences sur leurs affaires.

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