Le Myanmar rend hommage à ses «martyrs»

Plusieurs anciens camarades de classe de Khant Nyar Hein, un étudiant en médecine de 18 ans tombé dimanche sous les balles des forces de sécurité, ont pris part à ses funérailles, mardi, à Rangoun. La journée de dimanche a été la plus sanglante au Myanmar depuis le coup d’État du 1<sup>er</sup> février, avec 74 morts.
Photo: Associated Press Plusieurs anciens camarades de classe de Khant Nyar Hein, un étudiant en médecine de 18 ans tombé dimanche sous les balles des forces de sécurité, ont pris part à ses funérailles, mardi, à Rangoun. La journée de dimanche a été la plus sanglante au Myanmar depuis le coup d’État du 1er février, avec 74 morts.

Les hommages ont afflué mardi lors des funérailles de dizaines de manifestants pro-démocratie tués ces derniers jours au Myanmar, où des centaines de personnes sont portées disparues depuis le coup d’État selon l’ONU.

« Mon cœur est brisé. Nous avons besoin de démocratie […] nous avons besoin de liberté. Aidez-nous », a lancé une mère lors des funérailles de son fils, Khant Nyar Hein, tombé dimanche sous les balles des forces de sécurité.

De nombreux anciens camarades de classe de cet étudiant en médecine de 18 ans ont pris part à la cérémonie qui a eu lieu à Rangoon, la plus grande ville du pays. En blouse blanche, ils ont fait le salut à trois doigts devant son cercueil en signe de résistance, scandant à l’unisson « notre révolution doit l’emporter ».

La journée de dimanche a été la plus sanglante au Myanmar depuis le coup d’État du 1er février, avec 74 morts. Au total, plus de 180 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le putsch qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Mon coeur est brisé. Nous avons besoin de démocratie […] nous avons besoin de liberté. Aidez-nous.

 

Quelques rassemblements épars ont été organisés mardi, mais les manifestants étaient peu nombreux, beaucoup ayant peur de descendre dans les rues. Un jeune protestataire a tout de même été tué dans la ville de Kawlin, « touché par un tir mortel à l’abdomen », a indiqué un secouriste à l’AFP. La junte, sourde aux multiples condamnations internationales, semble plus déterminée que jamais à réprimer la contestation.

Mardi, un dernier adieu à également été rendu à plusieurs manifestants tués à Hlaing Tharyar, une banlieue industrielle de Rangoon. « Paix à nos héros », « Que leurs âmes reposent en paix », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux où les messages ont déferlé.

Plusieurs usines chinoises ont été incendiées dimanche dans ce quartier. Les forces de sécurité s’étaient alors déployées en nombre, ouvrant le feu et tuant des dizaines de contestataires. La loi martiale a ensuite été décrétée.

Face à ces violences, des habitants de Hlaing Tharyar ont décidé de fuir mardi, entassant leurs affaires et leurs animaux de compagnie dans des camions, des motos ou encore des tuk-tuks. « On a vu des gens sur les routes à perte de vue qui fuyaient pour regagner leur région d’origine », a relaté un média local.

« Ils sont partis tôt ce matin, a confirmé une habitante à l’AFP. Nous n’osons pas sortir dans la rue. On entend des coups de feu la nuit. »

Désormais, toute personne interpellée à Hlaing Tharyar, et dans les cinq autres cantons de Rangoon où la loi martiale a été instaurée, risque d’être renvoyée devant un tribunal militaire, avec une peine minimale de trois ans de travaux forcés.

Sollicitée, l’armée n’a pas répondu aux requêtes de l’AFP.

« Disparitions forcées »

Les violences des derniers jours provoquent l’inquiétude de la communauté internationale. « Des centaines de personnes qui ont été illégalement détenues sont toujours portées disparues, sans que cela soit reconnu par les autorités militaires, ce qui équivaut à des disparitions forcées », a déclaré à Genève une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, Ravina Shamdasani.

Selon l’AAAP, près de 2200 personnes — politiciens, responsables locaux, activistes, artistes, fonctionnaires grévistes — ont été arrêtées depuis le 1er février, dont Aung San Suu Kyi, 75 ans. L’ancienne cheffe de facto du gouvernement civil devait comparaître par vidéoconférence lundi, mais l’audience a été reportée au 24 mars, faute d’Internet.

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a condamné pour sa part le recours aux armes létales, accusant la junte de « renverser les résultats d’une élection démocratique ».

La violence politique des six dernières semaines a par ailleurs fait mal à la fragile économie du pays. De nombreux fonctionnaires sont toujours en grève, affectant de nombreux secteurs. Et le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a mis en garde mardi contre « la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants » qui va rapidement toucher les plus pauvres.

Le prix de l’huile de palme — largement consommé dans ce pays d’Asie du Sud-Est — a notamment bondi de 20 % dans la région de Rangoon depuis le coup d’État, tandis que celui du carburant a augmenté de 15 % au niveau national selon le PAM.

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