Au moins 44 manifestants de plus tués au Myanmar

Dans tout le pays, le nombre croissant de morts n’a pas dissuadé les manifestants.
Photo: STR / Agence France-Presse Dans tout le pays, le nombre croissant de morts n’a pas dissuadé les manifestants.

Au moins 44 personnes ont été tuées dimanche au Myanmar dans des manifestations contre le coup d’État militaire, le bilan journalier le plus lourd depuis la prise du pouvoir par la junte, qui a déclaré la loi martiale dans deux communes de l’agglomération de Rangoun dans la soirée.

À Hlaing Tharyar, dans la banlieue de la capitale économique, Rangoun, des policiers et des soldats ont affronté des manifestants armés de bâtons et de couteaux. Cachés derrière des barricades de fortune, ceux-ci ont fui après que les forces de sécurité ont eu ouvert le feu. La situation y a été particulièrement avec 22 personnes tuées. Également, 22 autres manifestants pro-démocratie ont péri à travers le pays.

Les manifestants, utilisant des poubelles découpées comme boucliers, ont réussi à récupérer des blessés, mais une femme médecin a déclaré que tous n’avaient pas pu être secourus. « Je peux confirmer que 15 personnes sont mortes », a-t-elle déclaré à l’AFP, ajoutant qu’elle avait traité une cinquantaine de blessés et qu’elle s’attendait à ce que le nombre de morts augmente. Selon le groupe de surveillance de l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP), qui vérifie les arrestations et les décès depuis le coup d’État, il y aurait au total plus de 120 manifestants tués depuis le coup d'Etat ainsi que plus de 2000 arrestations.

Tout au long de la journée, des coups de feu ont été entendus en continu par les habitants, qui se cachaient dans leurs maisons alors que de la fumée s’élevait au-dessus des rues. Des camions militaires ont été aussi vus circulant dans les rues de Hlaing Tharyar.

Un officier de police a diffusé une vidéo sur TikTok quelques heures avant ces affrontements, indiquant en voix hors champ qu’ils allaient apporter des armes lourdes. « Je n’aurai aucune pitié pour Hlaing Tharyar, et ils se défendront sérieusement aussi, car il y a toutes sortes de personnages là-bas », a-t-il déclaré. La vidéo, qui a été vérifiée par des fact-checkers de l’AFP, a été retirée quelques heures plus tard.

Loi martiale

À la suite de ces affrontements, la télévision d’État a annoncé que la junte au pouvoir avait décrété la loi martiale dimanche soir dans deux communes de l’agglomération de Rangoun, Hlaing Tharyar et Shwepyitha.

La junte donne « le pouvoir administratif et judiciaire de la loi martiale au commandant régional de Rangoun afin qu’il l’exerce [dans ces communes] […] afin d’assurer la sécurité, de maintenir l’État de droit et la tranquillité plus efficacement », a déclaré un présentateur du journal télévisé.

Dimanche soir, les médias d’État n’ont pas donné davantage de détails sur les violences à Hlaing Tharyar, zone industrielle où sont implantées des entreprises textiles, mais ils ont indiqué que cinq usines avaient été détruites.

Les informations du soir ont par ailleurs confirmé un décès dans le quartier de Tamwe, à Rangoun, indiquant que des centaines de manifestants avaient tenté d’incendier un poste de police, amenant les autorités à ouvrir le feu pour les disperser.

Des scènes de violences similaires se sont déroulées tout au long de la journée dans d’autres régions du pays. À Hpakant (nord) dans l’État de Kachin, ville connue pour ses mines de jade, un homme a été tué par balle, selon un médecin et un média locaux. À Mandalay, la deuxième ville du pays, une femme a été tuée d’un tir dans la tête.

L’émissaire de l’ONU pour le Myanmar, Christine Schraner Burgener, a « vigoureusement » dénoncé dimanche « le bain de sang » en cours. « La communauté internationale, et notamment les acteurs régionaux, doit s’unir en solidarité avec le peuple myanmarais et ses aspirations démocratiques », a-t-elle ajouté.

La diplomate a précisé avoir reçu « personnellement de la part de contacts au Myanmar des comptes rendus bouleversants sur des meurtres, des violences contre les manifestants, et la torture de prisonniers pendant le week-end ».

Un Parlement fantôme

Ces violences interviennent alors qu’un vibrant appel à la résistance contre cette « dictature injuste » a été lancé samedi soir par un dirigeant de l’opposition. « Il faut que le soulèvement l’emporte », a déclaré Mahn Win Khaing Than, dans une vidéo diffusée sur la page Facebook du CPRH, le Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw — l’Assemblée de l’Union, organe législatif myanmarais —, un Parlement fantôme constitué par d’ex-députés élus passés à la clandestinité pour la plupart.

« C’est le moment le plus sombre de la nation, et la lumière de l’aube est proche », poursuit M. Than, un ancien président du Parlement qui a été désigné par le CRPH la semaine dernière comme vice-président par intérim et dirige à ce titre le gouvernement d’union, selon le comité. Mahn Win Khaing Than est un haut responsable de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti du Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, dont le gouvernement civil a été renversé par les militaires le 1er février.

Dans un communiqué publié dimanche, le CPRH a souligné que les manifestants avaient « le plein droit de se défendre » en vertu du Code pénal du pays contre les forces de sécurité qui « nuisent et causent des violences ».

Depuis la prise du pouvoir par une junte militaire, des manifestations se poursuivent quotidiennement pour réclamer le retour de la démocratie et la libération d’Aung San Suu Kyi. Elles sont durement réprimées par les forces de l’ordre. La répression a fait plus de 80 morts, estime un groupe local qui comptabilise les victimes.

La junte a averti que la formation du CRPH s’apparentait à une « haute trahison », passible de 22 ans de prison.

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