Au Myanmar, la répression meurtrière de la junte continue

À Kale, dans le nord-ouest du pays, «une vingtaine de personnes ont été blessées» par la police et l’armée venues disperser un rassemblement, selon un secouriste.
Photo: Agence France-Presse À Kale, dans le nord-ouest du pays, «une vingtaine de personnes ont été blessées» par la police et l’armée venues disperser un rassemblement, selon un secouriste.

La répression militaire s’intensifie au Myanmar, où trois manifestants pro-démocratie blessés par balle reposent actuellement dans un état critique alors que la junte fait la sourde oreille aux condamnations internationales.

Coupures d’Internet, renforcement de l’arsenal législatif, interpellations, recours à la force létale : l’armée myanmaraise n’a cessé d’accroître sa répression depuis le coup d’État qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi le 1er février.

Par crainte de représailles, les contestataires ont été moins nombreux dans les rues du pays mardi. À Rangoon, capitale économique, de petits groupes se sont formés, certains se protégeant derrière des barricades de fortune érigées avec des pneus, des panneaux de bois et des barres de métal.

De combien de cadavres l’ONU a-t-elle besoin pour agir?

 

Face à eux, les forces de sécurité ont été déployées en nombre. À Sanchaung, dans le nord de la ville, leur objectif était clairement de « nettoyer le quartier », a relevé un habitant à l’AFP, un autre faisant état de tirs de gaz lacrymogènes, de munitions en caoutchouc ou de grenades assourdissantes contre les manifestants.

À Kale, dans le nord-ouest du pays, « une vingtaine de personnes ont été blessées » par la police et l’armée venues disperser un rassemblement, selon un secouriste sur place. On dénombre une trentaine de morts dans les rangs des manifestants depuis le putsch, d’après l’Association myanmaraise d’aide aux prisonniers politiques. La junte a de son côté confirmé 11 décès du côté des protestataires, assurant avoir demandé aux forces de l’ordre de ne pas faire usage de balles réelles.

Ces nouvelles tensions interviennent après une journée de répression meurtrière, dimanche, avec au moins 18 manifestants tués, selon les Nations unies. Pas moins de 1300 personnes ont également été interpellées ce jour-là, selon la télévision d’État MRTV.

Plus de 500 prisonniers ont été relâchés, a ajouté la chaîne, sans préciser toutefois s’il s’agissait de détenus emprisonnés avant le coup d’État ou de prisonniers politiques arrêtés depuis.

Mardi, des centaines de personnes se sont rassemblées dans un cimetière de Rangoon pour les funérailles d’une des victimes de dimanche, Nyi Nyi Aung Htet Naing, tué par un tir des forces de sécurité. « Il n’y aura pas de pardon pour vous jusqu’à la fin du monde », a chanté la foule, réunie devant le cercueil couvert de fleurs de l’étudiant de 23 ans. Il avait publié, quelques heures avant son décès, un dernier message sur les réseaux sociaux : « De combien de cadavres l’ONU a-t-elle besoin pour agir ? »

La presse ciblée

Toujours mardi, le journaliste Kaung Myat Hlaing a été arrêté à son domicile lors d’une opération musclée des autorités, a fait savoir son employeur Democratic Voice of Burma, un site d’opposition basé en Norvège. Des tirs ont été entendus lors de l’arrestation que le reporter a lui-même filmée en direct et dont les images ont été retransmises sur les réseaux sociaux.

Les journalistes ont de plus en plus de mal à exercer leur métier au Myanmar : 26 ont été arrêtés depuis le putsch, selon Reporters sans frontières (RSF). De ce nombre, 10 sont toujours en détention. D’autres ont été ciblés par des tirs de balles en caoutchouc, notamment deux employés de l’agence chinoise Xinhua.

Pendant ce temps, les condamnations envers la junte se multiplient sur la scène internationale. L’ambassadeur du Myanmar aux Nations unies, Kyaw Moe Tun, a lui-même rompu de manière spectaculaire avec les généraux putschistes la semaine dernière en appelant à « mettre fin au coup d’État ». Il a été démis de ses fonctions par la junte.

De son côté, Singapour, premier investisseur au Myanmar, a haussé le ton, le premier ministre Lee Hsien Loong déclarant sur les ondes de la BBC que « l’utilisation de la force meurtrière […] n’est tout simplement pas acceptable ».

Le ministre des Affaires étrangères de la cité-État s’est entretenu mardi en ligne avec ses homologues de l’association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).

Mais le bloc régional, qui a fait de la non-ingérence dans les affaires internes d’un État membre une de ses règles d’or, n’est pas parvenu à un consensus.

Les quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU, dont la Chine, envisagent par ailleurs de tenir cette semaine une nouvelle réunion sur le pays, selon des sources diplomatiques. Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l’armée birmane, considèrent aussi cette crise comme une « affaire intérieure » au Myanmar.

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