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La nouvelle icône d’une résistance qui ne faiblit pas au Myanmar

La mère de Mya Thwate Thwate Khaing, Daw Myint Kyi (au centre), pleurait la mort de sa fille lors de ses funérailles dimanche, en périphérie de la ville de Naypyidaw, au Myanmar. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à la cérémonie.
Agence France-Presse La mère de Mya Thwate Thwate Khaing, Daw Myint Kyi (au centre), pleurait la mort de sa fille lors de ses funérailles dimanche, en périphérie de la ville de Naypyidaw, au Myanmar. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à la cérémonie.

Sur sa photo agrandie, sur fond rouge, elle a encore l’air d’une enfant. Le portrait de Mya Thwate Thwate Khaing, morte quelques jours avant son vingtième anniversaire, avait été fixé à l’avant du corbillard, que suivaient des milliers de personnes, en voiture, à moto, à pied, sur les avenues ultralarges de Naypyidaw, la capitale myanmaraise. Ils étaient venus rendre un dernier hommage à cette jeune femme, blessée à la tête alors qu’elle manifestait contre le coup d’État militaire, première martyre du mouvement de la résistance civile.

Elle était en réalité en état de mort cérébrale depuis une dizaine de jours déjà, mais des soldats avaient pris le contrôle de l’hôpital où son corps sous assistance respiratoire était gardé sous haute surveillance, et la nouvelle de sa mort n’a été officiellement annoncée que samedi, occasionnant des réactions de colère à travers tout le pays. « Je voudrais juste que les gens n’abandonnent pas, qu’ils continuent à participer au mouvement, a déclaré sa sœur Ma Poh Poh. C’est tout ce que je peux dire. » À Rangoun aussi, un millier de personnes ont respecté une minute de silence en sa mémoire.

Vive colère

C’est au nord, à Mandalay, que l’annonce de la mort de la jeune militante avait provoqué samedi un rassemblement qui s’est terminé dans un bain de sang. Devant le refus de la foule de se disperser, la police avait fini par ouvrir le feu, faisant deux morts, dont un adolescent de 16 ans, et des dizaines de blessés. Les policiers ont bénéficié du soutien du 33e régiment d’infanterie, une unité surentraînée, impliquée dans le massacre de la minorité musulmane des Rohingyas, dans l’État Rakhine, en 2017.

Après quelques heures d’hésitation et une matinée plutôt calme, malgré la peur suscitée par les événements de la veille, les habitants de Mandalay, forçant l’admiration de leurs compatriotes des autres villes, ont décidé de sortir à nouveau par milliers dans les rues. « Bravo pour votre courage, restez forts, Mandalay », pouvait-on lire partout sur les réseaux sociaux myanmarais.

Les étudiants de la ville ont défilé et se sont livrés à des performances artistiques pour dénoncer la tuerie de la veille. Des milliers de citoyens de tous les âges ont organisé un sit-in géant près de l’un des principaux marchés de la ville : ils tenaient bien haut des branches de ThabyaeNyo, du myrte d’Australie, une plante symbole de paix et de succès.

Pour la première fois, des représentants de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, ont officiellement rejoint les manifestants dans la rue, clamé l’illégalité du gouvernement militaire et réclamé la libération de leurs leaders. « Je suis soulagée, confie Zin Zin, une bijoutière. Je pensais que les gens auraient trop peur pour ressortir de chez eux. Mais on ne va pas laisser la terreur gagner. »

Devant cette mobilisation qui ne faiblit pas malgré l’usage de la force brute, les généraux sont désormais face à un dilemme. Sont-ils prêts à aller jusqu’au massacre de masse à l’ère des réseaux sociaux, devant des milliers de caméras ? Même dans les rangs de l’armée, les avis sont partagés.

En attendant, les arrestations se poursuivent. Dimanche, l’un des acteurs et réalisateurs les plus populaires du pays, Lu Min, quatre fois lauréat des Myanmar Academy Awards (l’équivalent des Oscar locaux), a été arrêté alors qu’il se cachait chez des proches depuis plusieurs jours. Il vient grossir les rangs des 600 militants derrière les barreaux depuis le début du mouvement de désobéissance civile qui a suivi le coup d’État il y a trois semaines.

« Pas de sauveur »

Les Myanmarais réfléchissent à d’autres moyens d’action contre la junte, comme un blocage économique du pays. Du côté des soutiens internationaux, les déclarations de l’ONU font hausser les épaules. Certains Myanmarais avaient fini par surnommer le rapporteur spécial auprès des Nations « Monsieur Inquiet » pendant la révolution de Safran en 2007, parce que ses déclarations officielles faisaient toujours état de sa « grande inquiétude », non suivie d’effets.

Parmi les membres de la génération Z, certains comptent sur une mobilisation accrue sur les réseaux sociaux pour susciter des réactions concrètes de la part des pays occidentaux, et plus particulièrement des États-Unis. « L’armée américaine est la bienvenue au Myanmar », clamaient des pancartes de manifestants à Rangoun il y a quelques jours.

La plupart ne se font pas d’illusion : « Il n’y aura pas de sauveur, le peuple myanmarais doit gagner cette bataille seul », estime un habitant de Rangoun. Si l’appui politique des États se fait attendre, le mouvement de désobéissance civile s’est trouvé dimanche un allié inattendu : le réseau Facebook, moyen de communication le plus utilisé au Myanmar, a annoncé qu’il suspendait le compte de la Tatmadaw, l’armée myanmaraise, la privant ainsi d’un important canal de propagande.

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