L’OMS va pouvoir aller enquêter en Chine sur les origines de la COVID-19

Le marché Huanan, à Wuhan, considéré comme le premier grand foyer de l’épidémie, a été fermé le 1er janvier 2020 et l'était toujours lundi. Le gouvernement chinois n’a pas autorisé d’experts indépendants à enquêter sur place.
Photo: Nicolas Asfouri Agence France-Presse Le marché Huanan, à Wuhan, considéré comme le premier grand foyer de l’épidémie, a été fermé le 1er janvier 2020 et l'était toujours lundi. Le gouvernement chinois n’a pas autorisé d’experts indépendants à enquêter sur place.

Les très attendus enquêteurs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargés de se pencher sur l’origine du coronavirus responsable de la COVID-19 arriveront enfin en Chine cette semaine, a annoncé Pékin lundi, un an après le signalement du premier mort dans ce pays.

La visite de ces 10 experts de l’OMS est ultrasensible pour le régime chinois, soucieux d’écarter toute responsabilité dans l’épidémie qui a fait plus de 1,9 million de morts dans le monde, alors qu’elle est pratiquement éradiquée en Chine.

Dans un communiqué, le ministère chinois de la Santé a annoncé que la visite des experts démarrerait jeudi 14 janvier, quelques jours après le report du voyage prévu mercredi dernier.

Le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait très inhabituellement laissé percer son agacement à l’endroit de Pékin. « Je suis très déçu de cette nouvelle, étant donné que deux membres avaient déjà commencé leur voyage et d’autres n’ont pas pu voyager à la dernière minute », avait-il déclaré.

Pékin avait simplement indiqué que les discussions avec l’OMS se poursuivaient sur l’organisation de la mission.

Ces derniers mois, le pouvoir chinois a très mal réagi aux demandes d’enquête indépendante, appliquant notamment des sanctions commerciales à l’Australie qui avait insisté en ce sens.

Cette fois, Pékin n’a pas fourni de détails sur le déroulement de la visite, mais les enquêteurs devraient être mis en quarantaine à leur arrivée sur le sol chinois. Leur mission doit durer au total entre cinq à six semaines.

L’objectif : déterminer comment le virus a pu muter pour passer de la chauve-souris à l’homme. Mais le délai imposé par la Chine pour accepter une enquête indépendante signifie que les premières traces de l’infection vont être compliquées à retrouver.

La mission est composée de dix scientifiques (provenant du Danemark, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de l’Australie, de la Russie, du Vietnam, de l’Allemagne, des États-Unis, du Qatar et du Japon) reconnus dans leurs différents domaines de compétence.

Ils devraient se rendre à Wuhan, première ville du monde placée en quarantaine le 23 janvier dernier.

Pas d’anniversaire pour une victime sans nom

C’est dans cette même ville que la mort d’une première victime de la COVID-19 était annoncée il y a tout juste un an, le 11 janvier 2020.

À Wuhan, comme ailleurs en Chine, la pandémie a été largement maîtrisée dès le printemps et le bilan national des décès reste officiellement à 4634 depuis mi-mai.

Lundi, les habitants de la métropole du centre du pays vaquaient normalement à leurs occupations, alors que les médias du régime communiste taisaient ce premier anniversaire.

« Wuhan est la ville la plus sûre de Chine et même du monde à présent », fanfaronnait un sexagénaire, Xiong Liansheng, dans un parc où des retraités dansaient ou s’adonnaient à leurs exercices matinaux, certains avec un masque sur le visage.

La Chine a été critiquée pour sa réaction initiale à l’épidémie. Des médecins de Wuhan qui avaient évoqué l’existence du virus ont été accusés par la police de propager des rumeurs.

Le nom même de la première victime connue n’a jamais été rendu public. On sait simplement qu’il s’agit d’un homme de 61 ans qui fréquentait le marché Huanan pour faire son épicerie.

Ce marché, considéré comme le premier grand foyer de l’épidémie, a été fermé le 1er janvier 2020. Y étaient vendus des animaux sauvages vivants, considérés comme des transmetteurs possibles du virus à l’homme.

Lundi, le marché était toujours fermé, derrière une longue palissade. Le gouvernement chinois n’a pas autorisé d’experts indépendants à enquêter sur place.

Plus au nord, le pays est confronté ces derniers jours à une résurgence épidémique limitée dans le Hebei, la province qui entoure Pékin. Une centaine de contaminations y ont été annoncées lundi pour les dernières 24 heures, soit le chiffre le plus élevé au plan national depuis juillet.

Dix-huit millions d’habitants de deux vastes communes sont interdits de sortir des limites de leur municipalité. Sauf urgence absolue, l’ensemble des 76 millions d’habitants du Hebei ne peuvent non plus quitter leur province.

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