Des milliers de manifestants à Bangkok, au lendemain de violents affrontements

Le rassemblement a réuni quelque 20 000 manifestants en début de soirée, selon une estimation de l’AFP.
Photo: Mladen Antonov Agence France-Presse Le rassemblement a réuni quelque 20 000 manifestants en début de soirée, selon une estimation de l’AFP.

Des milliers de manifestants prodémocratie ont de nouveau défié les autorités mercredi dans le centre de Bangkok au lendemain d’affrontements entre les forces de l’ordre et des ultraroyalistes au cours desquels six manifestants ont été blessés par balles.

« Vous devez être le roi du peuple ! », « Liberté ! », ont inscrit des contestataires sur le bitume d’une des grandes artères commerciales de la capitale, alors que le mouvement se montre de plus en plus virulent à l’encontre de la monarchie, un tabou il y a encore peu dans le royaume.

« Ce soir, c’est notre première victoire, celle de la liberté d’expression », se félicite Luke, 29 ans, l’un des graffeurs. « Je ne pensais pas que cela arriverait un jour dans mon pays », où toute critique envers le monarque et sa famille peut être considérée comme un crime de lèse-majesté, passible de nombreuses années de prison.

Le rassemblement a réuni quelque 20 000 manifestants en début de soirée, selon une estimation de l’AFP.

Plusieurs milliers d’entre eux — certains arborant boucliers, casques et masques à gaz — se sont massés devant le quartier général de la police, protégé par des camions-bennes, des blocs de béton et des barbelés.

Certains ont lancé des bouteilles de verre et des bombes de peinture à l’intérieur de l’édifice, tandis que d’autres y ont projeté de la peinture avec des pistolets à eau.

La foule s’est ensuite dispersée dans le calme, un des organisateurs appelant à un prochain rassemblement le 25 novembre devant le Bureau des biens de la Couronne, qui gère les biens royaux.

Le mouvement, dans la rue depuis l’été, demande la démission du premier ministre, Prayut Chan-O-Cha, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en 2014, et une réécriture de la Constitution, jugée trop favorable à l’armée.

Il réclame surtout l’abolition de la loi de lèse-majesté, un contrôle sur la fortune royale et la non-ingérence du souverain dans les affaires politiques.

« Des jeunes ont été blessés hier, ce n’est pas juste, ils veulent simplement la démocratie », a lancé Daeng, promoteur immobilier, inquiet pour sa fille de 20 ans.

Mardi, la police anti-émeutes a utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes contre des contestataires rassemblés près du Parlement, où députés et sénateurs débattaient d’une éventuelle réforme constitutionnelle.

Des affrontements ont également éclaté entre des militants prodémocratie et des « chemises jaunes » ultraroyalistes.

Cinquante-cinq blessés

Au total, 55 personnes ont été blessées dont six par des tirs à balles réelles, d’après le centre médical d’urgence Erawan de Bangkok.

L’origine des tirs restait indéterminée, la police démentant avoir tiré à balles réelles, ni même avec des projectiles en caoutchouc.

Des investigations sont en cours et au moins un ultraroyaliste a été blessé par ces tirs, selon les forces de l’ordre.

« Nous ne devons pas avoir peur […] continuez à vous battre », a lancé mercredi à la foule un dirigeant étudiant, Sirapop Poompuengpoot, juché sur un camion.

Le premier ministre, Prayut Chan-O-Cha, a exhorté les manifestants à s’abstenir de toute violence.

À New York, l’ONU a appelé les autorités à la retenue. « Il est très important que le gouvernement thaïlandais s’abstienne de recourir à la force et garantisse la pleine protection de toutes les personnes en Thaïlande qui exercent un droit pacifique fondamental de manifester », a déclaré son porte-parole, Stéphane Dujarric.

Le Parlement a voté dans la soirée pour décider quels projets d’amendements constitutionnels il accepte d’examiner.

Il a retoqué celui qui ouvrait la possibilité à une réforme de la royauté, acceptant juste la mise en place d’une assemblée constituante.

Le mouvement prodémocratie assure vouloir moderniser la monarchie, mais en aucun cas ne souhaiter l’abolir.

Monté sur le trône en 2016 au décès de son père, le roi Bhumibol, Maha Vajiralongkorn est une personnalité controversée.

En quelques années, il a renforcé ses pouvoirs en prenant notamment directement le contrôle de la fortune royale. Ses fréquents séjours en Europe, alors que le pays est en pleine récession depuis la pandémie de coronavirus, ont aussi soulevé des interrogations.

Depuis plusieurs semaines, Maha Vajiralongkorn n’a pas quitté le royaume, allant jusqu’à déclarer son « amour » pour tous les Thaïlandais.

À voir en vidéo