Le Canada sera une terre d’accueil pour les Hongkongais... jeunes et diplômés

Tous les députés pro-démocratie hongkongais ont démissionné en bloc mercredi, déclenchant une crise politique sans précédent.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Tous les députés pro-démocratie hongkongais ont démissionné en bloc mercredi, déclenchant une crise politique sans précédent.

Ceux qui espéraient que le Canada ouvrirait grand la porte aux réfugiés politiques de Hong Kong, suivant une crise politique sans précédent depuis mercredi, ont été déçus de constater qu’Ottawa n’a annoncé hier que des mesures pour accueillir les ressortissants les plus susceptibles d’aider l’économie canadienne, laissant pour compte les militants pro-démocratie tentés de trouver l’asile au pays.

Le gouvernement Trudeau a annoncé hier qu’il sera désormais plus facile d’immigrer au Canada pour les jeunes Hongkongais récemment diplômés, ainsi que les étudiants et travailleurs qui sont déjà dans le pays. Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, a répété que l’objectif était d’aider la reprise économique canadienne avec ces nouveaux immigrants qualifiés. De son propre aveu, la mesure n’est pas humanitaire.

« On espérait que le gouvernement ouvre les portes aux réfugiés. En fait, l’annonce exclut la plupart des citoyens, ceux qui n’ont pas de diplômes, les gens de Hong Kong ordinaires », se déçoit Avvy Go, membre du conseil d’administration du groupe Toronto Association for Democracy in China, jointe par téléphone.

Elle rappelle le contexte « d’extrême urgence » de venir en aide aux dissidents de Hong Kong, après que quatre députés ont été démis de leur mandat, mercredi, soupçonnés par la Chine de menacer sa sécurité nationale. Tous les députés pro-démocratie ont ensuite démissionné en bloc. Le Parlement de cette ancienne colonie britannique s’est donc réuni hier sans aucun élu défavorable à Pékin. Le gouvernement canadien reconnaît que cette prise en main musclée de Hong Kong par la Chine compromet le principe « Un pays, deux systèmes », et que cela aura comme effet l’érosion des droits de la personne dans l’archipel.

« L’annonce d’Ottawa semble ne toucher que les jeunes éduqués », analyse Amy Li, porte-parole d’Action Free Hong Kong Montréal, qui qualifie toutefois l’annonce d’Ottawa de « pas dans la bonne direction. »

« Pourtant, il y a toute sorte de gens qui étaient très actifs dans les manifestations pro-démocratie et qui vivent dans la peur des représailles de la Chine. Pas que des jeunes. »

Réfugiés

« On n’est pas encore dans une crise où on voit un afflux de réfugiés, nuance la directrice générale d’Amnistie internationale Canada, France-Isabelle Langlois. Mais des dissidents et des militants hongkongais sont brimés par le régime de Pékin dans leurs droits démocratiques, leur liberté d’expression. Il est clair que des personnes veulent venir au Canada pour d’autres raisons que des raisons économiques. »

La seule amélioration en vue pour d’éventuels réfugiés hongkongais est la levée de la période d’attente d’un an pour ceux qui ont déjà essuyé un premier refus de leur demande. Ceux-là peuvent désormais déposer plus rapidement un nouveau dossier à l’immigration. Le gouvernement Trudeau assure aussi qu’aucun candidat ne sera rejeté pour avoir violé la très critiquée loi sur la sécurité nationale chinoise, ni pour un quelconque crime qui ne serait pas reconnu au Canada.

En octobre, l’ambassadeur de Chine au Canada, Cong Peiwu, a mis en garde Ottawa contre l’accueil de « violents criminels de Hong Kong » en tant que réfugiés politiques. L’ambassadeur avait par la suite été convoqué par le gouvernement, signe des vives tensions entre les deux pays.

Pas assez, selon l’opposition

Le chef de l’opposition à la Chambre des communes, Erin O’Toole, estime que le gouvernement Trudeau reste trop timide face au régime communiste de la Chine. Le conservateur appelle à l’accueil de réfugiés.

« L’annonce d’aujourd’hui ne fait rien pour les gens qui fuient Hong Kong et qui demandent asile au Canada. Les conservateurs demandent au gouvernement Trudeau d’établir une façon claire et rapide pour que les manifestants pro-démocratie et les réfugiés politiques qui fuient Hong Kong puissent venir ici. »

Même message du côté du NPD, dont la porte-parole en matière d’immigration, Jenny Kwan, estime que le fédéral n’appuie pas suffisamment les dissidents pro-démocratie persécutés. « La frontière reste fermée aux demandeurs d’asile même s’ils vivent sous la peur constante. »

Son homologue au Bloc québécois, Christine Normandin, estime que la voie économique est effectivement la meilleure manière de faire entrer au pays des ressortissants de Hong Kong en cette période de pandémie de COVID-19. « L’annonce d’Ottawa est surtout une gifle diplomatique à la Chine, mais aux dépens d’autres demandeurs du statut de résident permanent, qui se ramasseront en dessous de la pile. »

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