Des milliers de manifestants à Bangkok pour demander la démission du premier ministre

Des manifestants pro-démocratie brandissent leurs téléphones portables lors d'un rassemblement antigouvernemental à Bangkok le 14 octobre 2020.
Photo: Lillian Suwanrumpha Agence France-Presse Des manifestants pro-démocratie brandissent leurs téléphones portables lors d'un rassemblement antigouvernemental à Bangkok le 14 octobre 2020.

Plusieurs milliers de manifestants pro-démocratie étaient rassemblés mercredi soir à Bangkok pour réclamer la démission du premier ministre Prayut Chan-O-Cha, certains exhortant à une réforme de la puissante monarchie, un sujet tabou il y a encore peu dans le royaume.

Le cortège est parti en début d’après-midi du Monument de la Démocratie au centre de la capitale thaïlandaise, scandant « À bas la dictature », « Prayut dehors » et « Vive la démocratie ».

Les contestataires ont été stoppés brièvement par des barrages de police, puis les forces de l’ordre ont finalement renoncé à les arrêter et quelque 8000 personnes, selon les autorités, ont réussi à atteindre la Maison du gouvernement en début de soirée.

« Nous ne partirons pas tant que Prayut Chan-O-Cha n’aura pas démissionné », a lancé un des leaders du mouvement, Anon Numpa.

Le long du trajet, plusieurs centaines de partisans pro-royalistes, vêtus de jaune, la couleur du roi, s’étaient rassemblés pour venir saluer et soutenir le monarque Maha Vajiralongkorn. Ce dernier, qui séjourne très fréquemment en Europe, est actuellement en Thaïlande où il préside plusieurs cérémonies et son convoi ne pouvait éviter le parcours de la manifestation.

« La monarchie existe depuis plus de 700 ans. Ils veulent la renverser. On est venu apporter notre amour à notre souverain », a déclaré à l’AFP une de ses partisanes, Siri Kasemsawat, guide touristique avant la pandémie de coronavirus.

Hormis quelques brèves échauffourées, les deux camps, pro-royaliste et anti-establishment, ont maintenu leurs distances.

Mais c’est la première fois qu’ils se retrouvaient face à face depuis le début du mouvement de contestation, qui a fleuri cet été au sein d’une partie de la jeunesse thaïlandaise.

Défi inédit à la royauté

Une voiture du cortège royal, avec à son bord la reine Suthida, a été arrêtée quelques instants et des dizaines de manifestants pro-démocratie ont levé trois doigts devant son véhicule. La veille, d’autres activistes avaient fait au passage du roi ce même salut, inspiré par le film « Hunger Games », des gestes inédits de défi à l’autorité royale.

Ces militants demandent une réforme en profondeur de la royauté, une revendication encore impensable il y a quelques mois dans le pays où la famille royale est protégée par une des plus sévères lois de lèse-majesté au monde.

« Nous ne voulons pas renverser la monarchie, nous lui demandons simplement de s’adapter avec nous », a commenté Dear Thatcha, une jeune Thaïlandaise de 20 ans.

Les manifestants demandent aussi le départ du premier ministre, le général Prayut Chan-O-Cha, au pouvoir depuis un coup d’État en 2014 et légitimé par des élections controversées l’année dernière. Ils réclament enfin une modification de la Constitution, mise en place en 2017 sous la junte et très favorable à l’armée.

« Je me dois d’être là pour avoir un avenir meilleur […] pour la démocratie », a relevé Attaporn, 18 ans, qui a fait le voyage depuis le nord du pays.

Les leaders du mouvement pro-démocratie espéraient rassembler plusieurs dizaines de milliers de manifestants mercredi, jour du 47e anniversaire du soulèvement étudiant de 1973.

Pour le moment, ils semblent avoir attiré moins de monde que lors de la dernière grande manifestation, qui avait réuni quelque 30 000 personnes en septembre dans la capitale.

Certains observateurs craignent un essoufflement de la contestation.

« Ils ont peut-être surestimé leur force », relève Thitinan Pongsudhirak, politologue de l’université Chulalongkorn de Bangkok. Le mouvement, essentiellement des étudiants citadins jusqu’à présent, « manque d’un objectif et d’un programme clairs pour convaincre un grand nombre de personnes ».

Selon lui, une réelle confrontation entre pro-royalistes et le mouvement anti-establishment est probable dans un pays habitué aux coups d’État et aux violences politiques, mais pas dans l’immédiat.

Pour le moment les autorités ont riposté sur le terrain judiciaire. Depuis le début de la contestation, quelques dizaines d’activistes ont été interpellés. La plupart ont été libérés sous caution et certains sont inculpés pour « sédition ».