L’Inde outrée par la mort de deux femmes dalits victimes de viols collectifs

La mort d’une jeune fille de 19 ans, attaquée et violée, a déclenché des manifestations dans plusieurs villes, notamment dans l’Uttar Pradesh et à New Delhi.
Photo: Sajjad Hussain Agence France-Presse La mort d’une jeune fille de 19 ans, attaquée et violée, a déclenché des manifestations dans plusieurs villes, notamment dans l’Uttar Pradesh et à New Delhi.

L’Inde a appris jeudi qu’une deuxième jeune femme issue de la communauté défavorisée des dalits était morte après avoir subi un viol collectif cette semaine, ce qui a exaspéré la colère et l’indignation dans tout le pays.

Ces deux affaires se sont déroulées dans l’État d’Uttar Pradesh (Nord). Les deux femmes sont mortes le même jour, mardi, à 500 km de distance. Les quelque 200 millions de dalits du pays, autrefois appelés « intouchables », sont considérés comme étant au bas de l’échelle sociale du rigide système de castes indien, officiellement aboli en 1950.

Jeudi, la police a annoncé le décès d’une femme âgée de 22 ans violée mardi par deux hommes dans le district de Balrampur. Arrêtés, ils sont accusés de viol collectif et meurtre.

« Un conducteur de rickshaw l’a ramenée à la maison. [Elle] a été jetée devant notre maison. Mon enfant pouvait à peine se lever ou parler », a dit la mère de la victime selon NDTV. La jeune femme est morte sur le chemin de l’hôpital, selon la police.

Le pays était déjà traumatisé par le supplice d’une jeune fille de 19 ans, attaquée alors qu’elle était partie chercher du fourrage près de son village de Bool Garhi dans le district de Hathras. Paralysée en raison de ses blessures, elle est morte mardi dans un hôpital de New Delhi.

Selon sa famille, elle a été attaquée et violée le 14 septembre par quatre hommes de plus haute caste.

Mercredi, la police a été accusée d’avoir incinéré la victime près de son village la nuit précédente, contre la volonté de la famille. « Je n’ai même pas été autorisée à voir le corps de ma fille une dernière fois avant qu’ils le brûlent », a déclaré sa mère aux journalistes.

La police a assuré que la crémation s’était déroulée avec l’accord de la famille, ajoutant néanmoins n’avoir voulu « personne de l’extérieur susceptible de créer des perturbations ».

La mort de la jeune fille a déclenché des manifestations dans plusieurs villes, notamment dans l’Uttar Pradesh et à New Delhi où la police a interpellé des protestataires.

Rajiv et Priyanka Gandhi brièvement arrêtés

Des centaines de policiers patrouillaient jeudi dans Bool Garhi et interdisaient tout rassemblement ou rencontre avec les proches de la victime.

En chemin pour Bool Garhi, Rahul Gandhi et sa sœur Priyanka, dirigeants du Congrès ― principal parti d’opposition ― ont été brièvement arrêtés jeudi à Noida en banlieue de Delhi. M. Gandhi est tombé à terre lors d’une bousculade entre la police et ses partisans, selon des images télévisées.

L’Uttar Pradesh est dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP), l’organisation du premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi.

Le Congrès et d’autres partis ont reproché aux dirigeants de cet État de n’avoir pas su protéger les femmes, surtout dalits, après une série d’affaires de viols ces derniers mois.

Le BJP a accusé l’opposition de politiser la question et promis que les coupables seraient sévèrement punis selon la loi.

Ces nouvelles affaires de viol collectif surviennent après l’exécution le 20 mars de quatre hommes pour le viol collectif et le meurtre d’une étudiante dans un bus de Delhi en décembre 2012, un crime devenu le symbole du problème des violences sexuelles envers les femmes en Inde.

En 2019, 87 viols ont été rapportés chaque jour en moyenne en Inde et les crimes contre des femmes ont augmenté de plus de 7 % sur un an, selon des données officielles. Mais ce chiffre pourrait être plus élevé car beaucoup de viols ne sont pas déclarés, estiment des experts.