Hong Kong: Pékin s’en prend à la France et à l’Australie

Des policiers passent devant une plaque à l'extérieur du Bureau de sauvegarde de la sécurité nationale du gouvernement populaire central, dans la région administrative spéciale de Hong Kong, après son inauguration officielle le 8 juillet 2020.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Des policiers passent devant une plaque à l'extérieur du Bureau de sauvegarde de la sécurité nationale du gouvernement populaire central, dans la région administrative spéciale de Hong Kong, après son inauguration officielle le 8 juillet 2020.

La Chine a réagi avec colère jeudi contre la France et l’Australie, après les annonces de ces deux pays en réaction à la nouvelle loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin dans l’ex-colonie britannique.

Le premier ministre australien Scott Morrison a annoncé jeudi que les visas d’environ 10 000 Hongkongais vivant dans le pays seraient prolongés de cinq ans « avec une possibilité de résidence permanente à l’issue de cette période ».

En 1989, après la répression de la place Tiananmen, Canberra avait pris une mesure similaire en offrant sa protection à des milliers d’étudiants chinois et à leurs familles.

Le gouvernement australien a par ailleurs décidé de suspendre son traité d’extradition avec Hong Kong en raison d’un « changement fondamental de la situation « dans le territoire semi-autonome, selon le premier ministre.

« L’Australie est en train d’adapter ses lois, son programme d’immigration […] pour traduire les changements que nous voyons s’opérer », a-t-il souligné lors d’une conférence de presse.

La réponse de Pékin ne s’est pas fait attendre. Elle est venue, quelques heures plus tard, de l’ambassade de Chine à Canberra.

« La Chine déplore profondément et s’oppose aux accusations et aux mesures sans fondement » annoncées par l’Australie, a regretté dans un communiqué un porte-parole de l’ambassade.

« Nous demandons instamment à la partie australienne de cesser immédiatement de s’ingérer dans les affaires hongkongaises », a-t-il ajouté.

Mise en garde de l’Australie

La ministre australienne des Affaires étrangères Marise Payne a expliqué que la situation à Hong Kong avait été évoquée lors d’une réunion jeudi de la puissante alliance de renseignement dite des « Five Eyes » avec les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et la Nouvelle-Zélande.

Quelques minutes avant les annonces du premier ministre, le ministère des Affaires étrangères avait mis en garde ses ressortissants vivant à Hong Kong contre un risque de détention depuis l’entrée en vigueur de cette loi.

Dans une mise à jour de ses conseils aux voyageurs, il a exhorté ses ressortissants à « reconsidérer leur besoin de rester à Hong Kong » s’ils s’inquiètent de cette nouvelle loi qui peut être « interprétée de manière large ».

Les annonces de Canberra devraient entraîner un regain de tensions entre l’Australie et la Chine, dont les relations n’ont cessé de se détériorer aux cours des derniers mois.

La Chine, qui est le premier partenaire commercial de l’Australie, a ainsi imposé des droits de douane ou suspendu l’importation de certains produits australiens.

Ces annonces sont intervenues après que l’Australie a réclamé l’ouverture d’une enquête sur la façon dont Pékin avait géré la crise du nouveau coronavirus.

Elles surviennent aussi au lendemain de l’ouverture à Hong Kong du Bureau de défense de la sécurité nationale, au sein duquel les agents du renseignement chinois seront chargés de faire appliquer la loi imposée par Pékin.

Paris réfléchit à des mesures

Ce texte, destiné à rétablir le calme après des mois de manifestations pro-démocratie l’an passé, vise à réprimer la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères.

Il constitue le changement le plus radical pour Hong Kong depuis sa rétrocession par le Royaume-Uni à la Chine en 1997.

Plusieurs pays ont fermement condamné cette loi, redoutant qu’elle ne porte un coup fatal aux libertés et à l’autonomie dont jouissaient jusqu’à présent les habitants du centre financier.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a assuré mercredi que la France ne resterait pas inactive.

« Nous envisageons des mesures que je serai amené à diffuser le moment venu », a expliqué le ministre devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat.

M. Le Drian a assuré vouloir le faire en « coordination » avec d’autres pays européens.

« Les affaires de Hong Kong relèvent des affaires intérieures de la Chine et aucun pays n’a le droit de s’en mêler », lui a répondu jeudi Pékin.

L’Union européenne est restée pour l’heure très mesurée sur ce dossier, appelant la Chine « à éviter toute action qui saperait l’autonomie de Hong Kong » mais n’a fait état d’aucune mesure de riposte.