Le Japon fait appel à l’état d’urgence pour lutter contre le coronavirus

Le premier ministre japonais Shinzo Abe (à gauche) prend la parole lors d'une réunion au siège pour des mesures contre la nouvelle maladie à coronavirus, à Tokyo, le 6 avril 2020.
Photo: Franck Robichon Pool Agence France-Presse Le premier ministre japonais Shinzo Abe (à gauche) prend la parole lors d'une réunion au siège pour des mesures contre la nouvelle maladie à coronavirus, à Tokyo, le 6 avril 2020.

Devant une poussée des cas de coronavirus au Japon, le gouvernement placera sept régions en état d’urgence, dont Tokyo, une mesure assortie d’un plan d’aide à l’économie totalisant près de 1400 milliards de dollars canadiens.

La déclaration officielle de l’état d’urgence devrait intervenir dès mardi, après consultation d’un comité d’experts conseillant le gouvernement sur la gestion de la crise sanitaire, a annoncé lundi le premier ministre, Shinzo Abe, devant des journalistes.

Prévu pour durer un mois, l’état d’urgence doit concerner Tokyo et les préfectures voisines de Chiba, de Kanagawa et de Saitama, les régions d’Osaka et d’Hyogo (ouest du pays) ainsi que la préfecture de Fukuoka (sud-ouest).

« Nous observons actuellement une augmentation rapide des infections, en particulier dans des centres urbains tels que Tokyo et Osaka », ce qui risque de saturer les infrastructures médicales du pays, a expliqué M. Abe.

L’état d’urgence va permettre aux autorités des régions concernées de demander aux habitants de rester chez eux et à des commerces jugés non essentiels, mais attirant habituellement beaucoup de monde de suspendre leurs activités. Les autorités pourront aussi réquisitionner au besoin des terrains et des bâtiments à des fins médicales.

Confinement volontaire

Ce statut ne va toutefois pas entraîner de mesures de confinement aussi draconiennes que celles actuellement en vigueur dans de nombreux autres pays, notamment en Europe, avec des sanctions pour les contrevenants.

 

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« Au Japon, même si nous déclarons un état d’urgence, nous n’allons pas fermer des villes comme dans d’autres pays. Les experts nous ont dit que cen’était pas nécessaire », a fait valoir M. Abe. Le système nippon repose beaucoup sur le civisme attendu de la part des citoyens, soumis à une pression sociale constituant généralement une force de dissuasion majeure.

Il est aussi extrêmement difficile d’un point de vue juridique pour les autorités japonaises de forcer des citoyens à se confiner et d’obliger des commerces à fermer, ainsi que de sanctionner ceux qui ne respecteraient pas les consignes. « Le Japon est toujours hanté par le sombre héritage » de son régime militariste, jusqu’en 1945, qui opprimait durement les libertés individuelles, rappelle en entrevue Yoshinobu Yamamoto, professeur émérite de l’Université de Tokyo et spécialiste des relations internationales.

Cependant, si le cadre actuel de l’état d’urgence ne s’avérait pas efficace face à la pandémie, « certaines voix pourraient réclamer un pouvoir plus fort pour contrôler les gens. Cela pourrait créer un précédent », estime-t-il.

Des milliards de dollars d’aide

Bien que voisin de la Chine, berceau du nouveau coronavirus, le Japon est jusqu’ici nettement moins touché par la pandémie que l’Europe ou les États-Unis. L’archipel totalisait lundi après-midi quelque 3650 cas de contamination et 85 décès.

 
1395 milliards
C'est le montant, en dollars canadiens, du massif plan d’aide à l’économie du Japon. Cela représente 20% du PIB du pays.

Le nombre de nouvelles contaminations a cependant sensiblement augmenté depuis deux semaines, notamment à Tokyo, même si le dernier bilan de lundi dans la capitale (83 cas) s’affiche en nette baisse par rapport au record atteint dimanche (148 cas).

Le premier ministre a également annoncé lundi un plan massif de soutien à l’économie du pays de 108 000 milliards de yens (soit 1395 milliards de dollars canadiens), pour parer aux conséquences de la pandémie sur l’activité de la troisième puissance économique mondiale.

L’ampleur de ce plan — qui représente l’équivalent de 20 % du PIB nippon — est « sans précédent » au Japon, a souligné M. Abe.