Les talibans mettent fin à la trêve partielle avec le gouvernement

Sur la photo, des talibans remettent leurs armes au début de la période de réduction des violences qui aura finalement duré neuf jours.<br />
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Photo: Noorullah Shirzada Agence France-Presse Sur la photo, des talibans remettent leurs armes au début de la période de réduction des violences qui aura finalement duré neuf jours.

 

Les talibans ont annoncé lundi mettre un terme à la trêve partielle instaurée le 22 février et reprendre leur offensive contre les forces de sécurité afghanes, deux jours seulement après la signature d’un accord historique avec les États-Unis.

Un attentat, non revendiqué, a été rapporté au même moment. L’explosion d’une moto piégée durant un match de football a tué au moins trois civils et en a blessé onze autres, a déclaré Sayed Ahmad Babazai, le chef de la police de la province de Khost (est).

Les trois tués sont trois frères, a indiqué Abdul Fatah Wakman, le président de la fédération de football de Khost.

L’attentat intervient après neuf jours de trêve partielle, durant lesquels le nombre d’attaques s’était effondré en Afghanistan, à la grande satisfaction de la population, qui avait enfin pu respirer après quatre décennies de conflit.

La période de réduction des violences « a pris fin, et nos opérations vont revenir à la normale », a déclaré lundi Zabihullah Mujahid, le porte-parole des insurgés. « Conformément à l’accord [américano-taliban], nos moudjahidines n’attaqueront pas les forces étrangères, mais nos opérations continueront contre les forces du gouvernement de Kaboul », a-t-il poursuivi.

La commission militaire du mouvement a diffusé un document, transmis à l’AFP par une source talibane, demandant à ses combattants de relancer leurs opérations contre les forces afghanes.

Dans la province de Badghis (nord-ouest), « les talibans ont commencé à attaquer les positions de l’armée […] vers 15 h (heure locale). Un soldat a été tué et un autre blessé », a rapporté un haut gradé. « Nous attendons des talibans qu’ils soient sérieux en ce qui concerne leurs obligations », a déclaré le général américain Austin Scott Miller, soulignant que « les États-Unis ont été très clairs sur leurs attentes. Le niveau de violence doit demeurer bas ».

« Levier »

Michael Kugelman, analyste au Wilson Center, un centre de recherche américain indépendant, ne s’est pas dit « surpris » par la reprise des attaques. « La violence est un levier pour les talibans […] qu’ils exploitent pour renforcer leur capacité à négocier en vue des discussions interafghanes », souligne-t-il.

Dimanche, le président afghan, Ashraf Ghani, avait annoncé la prolongation de la trêve partielle au moins jusqu’au début des discussions interafghanes, prévu pour le 10 mars, et ce, « pour but d’atteindre un cessez-le-feu complet ».

Mais il avait également rejeté l’un des principaux points de l’accord signé samedi à Doha par Washington et les insurgés, de la négociation duquel son gouvernement a toujours été tenu à l’écart, à savoir la libération de 5000 prisonniers talibans en échange de celle de 1000 membres des forces afghanes détenus par les rebelles.

Cette mesure est « un préalable pour les discussions interafghanes », a toutefois rappelé Zabihullah Mujahid, illustrant les difficultés à venir pour que Kaboul et les insurgés parviennent à un compromis.

« La position de Ghani montre que les Américains n’ont pas fait les préparations nécessaires avant de signer l’accord », a déclaré une autre source talibane, basée au Pakistan.

D’après l’accord de Doha, un éventuel cessez-le-feu n’est par contre qu’un « élément » des discussions à venir et non une obligation pour que celles-ci se déroulent, comme le souhaite Ashraf Ghani.

Depuis la signature de l’accord, les talibans ont été vus se réjouissant en public de leur « victoire » contre les États-Unis. Dans le Laghman, une province frontalière de Kaboul, 3000 habitants et combattants talibans se sont réunis lundi pour célébrer un « accord de fin de l’occupation » ou encore la « défaite » de Washington.

Les militants se sont aussi engagés à continuer leur offensive contre le gouvernement de Kaboul jusqu’à la remise en place d’un « gouvernement islamique ».

En vertu de l’accord de Doha, les Américains et leurs alliés s’engagent à retirer toutes leurs troupes d’Afghanistan sous 14 mois si les insurgés respectent les termes de l’accord, dont l’ouverture de discussions entre les insurgés et Kaboul visant à mettre en place une paix durable.