La Corée du Sud et l’Italie en alerte face au COVID-19

Arrêt du carnaval de Venise, fermetures d’établissements à Milan (en photo, dimanche) et deux semaines de quarantaine pour onze villes : le nord de l’Italie se prépare à vivre des jours d’angoisse et de restrictions après une soudaine et spectaculaire flambée de cas de COVID-19. 
Photo: Andreas Solaro Agence France-Presse Arrêt du carnaval de Venise, fermetures d’établissements à Milan (en photo, dimanche) et deux semaines de quarantaine pour onze villes : le nord de l’Italie se prépare à vivre des jours d’angoisse et de restrictions après une soudaine et spectaculaire flambée de cas de COVID-19. 

Considéré par Pékin comme sa « plus grande urgence sanitaire » depuis 1949, le nouveau coronavirus a forcé dimanche la Corée du Sud à déclarer l’état d’alerte maximum, l’Italie à mettre des villes en quarantaine et à interrompre les festivités du carnaval de Venise, et plusieurs pays à se protéger de la propagation rapide du virus en Iran.

Inquiets de la multiplication en Iran des cas (43 au total) et des décès (8), l’Arménie, la Turquie, la Jordanie, le Pakistan et l’Afghanistan ont fermé leur frontière ou restreint les échanges avec ce pays. Ces mesures sont présentées comme temporaires.

Lors d’une réunion du G20 en Arabie saoudite, la directrice du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, a estimé que « le virus COVID-19, une urgence sanitaire mondiale, a perturbé l’activité économique en Chine et pourrait mettre en péril la reprise » de l’économie mondiale.

Le virus, apparu en décembre dans la ville chinoise de Wuhan, a tué 2442 personnes et en a contaminé quelque 77 000 en Chine continentale, hors de laquelle il a touché une trentaine de pays et territoires, y faisant 26 morts.

Le professeur Devi Sridhar, responsable du programme de gouvernance sanitaire à la Faculté de médecine d’Édimbourg (Royaume-Uni), a pour sa part estimé que « l’OMS [Organisation mondiale de la santé] et ses États membres doivent maintenant réfléchir à passer d’une stratégie d’endiguement à une stratégie d’atténuation, c’est-à-dire la réduction des effets négatifs de la poursuite de la transmission » du virus.

Vendredi, le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait déjà tiré la sonnette d’alarme : « Au moment où nous parlons, nous sommes encore dans une phase où il est possible de contenir l’épidémie. » Mais la « fenêtre de tir se rétrécit ».

Le coronavirus constitue « la plus grave urgence sanitaire » à frapper la Chine depuis la fondation du régime communiste en 1949, a déclaré dimanche le président Xi Jinping, tout en reconnaissant « des lacunes » dans la réponse de son gouvernement à l’épidémie.

Alerte maximale en Corée

Face à la propagation rapide de la maladie, le président sud-coréen, Moon Jae-in, a décidé de relever « au plus haut » le niveau d’alerte. Selon lui, l’épidémie de COVID-19 est « à un tournant décisif. Les prochains jours seront cruciaux ».

 
Photo: Yonhap Agence France-Presse Le nouveau coronavirus a forcé dimanche la Corée du Sud à proclamer l’état d’alerte maximum.

Avec 763 cas de contamination, y compris quelque 300 dans la secte Shincheonji d’inspiration chrétienne, et 8 décès, dont 6 annoncés dimanche, la Corée du Sud compte le plus grand nombre de malades après la Chine, exception faite du foyer d’infection du paquebot Diamond Princess au Japon.

Dix-huit des membres de la secte ayant reçu un diagnostic de coronavirus rentraient d’un pèlerinage en Israël, où deux cas ont été déclarés et où de nouvelles mesures d’interdiction d’entrée ont été prises pour lutter contre le virus.

Quarantaine en Italie

En Italie, une femme âgée atteinte d’un cancer et qui avait contracté le coronavirus est morte dimanche, ce qui porte à trois le nombre de décès dans ce pays qui compte 152 personnes contaminées.

Dimanche soir, les chemins de fer autrichiens ont annoncé la suspension jusqu’à nouvel ordre du trafic sur une importante liaison avec l’Italie passant par le col du Brenner, où un train a été arrêté en raison de deux cas suspects de coronavirus.

« Les liaisons ferroviaires par le Brenner sont interrompues en raison d’une décision administrative », a indiqué à l’AFP un porte-parole de la compagnie autrichienne de chemin de fer ÖBB.

L’annonce a été faite alors qu’un train reliant Venise à Munich (Allemagne) a été stoppé dans la soirée à la station du col du Brenner en raison de deux cas suspects de coronavirus.

En Italie, environ 52 000 personnes se sont réveillées dimanche dans des zones de confinement instaurées en Lombardie et en Vénétie, dans le nord du pays. Une première en Europe, après celles décrétées il y a un mois exactement, le 23 janvier, pour les 11 millions d’habitants de Wuhan, ville du centre de la Chine où a pris naissance en décembre l’épidémie de pneumonie virale.

Le président de la Vénétie a annoncé que les festivités du carnaval de Venise, qui devait se terminer mardi, étaient annulées à partir de dimanche ainsi que toutes les manifestations sportives de la région.

La France aussi se prépare à une possible « épidémie » de COVID-19, selon le ministre de la Santé, Olivier Véran, qui se dit « attentif à la situation en Italie » et estime « très probable » la possibilité de nouveaux cas en France.

Photo: Miguel Medina Agence France-Presse En Italie, environ 52 000 personnes se sont réveillées dimanche dans des zones de confinement instaurées en Lombardie et en Vénétie, dans le nord du pays.

Comme l’Italie, l’Iran a pris des mesures draconiennes après avoir enregistré 15 nouveaux cas, ce qui porte à 43 le nombre total de personnes contaminées. Trois nouveaux décès sont à déplorer, soit huit au total. La République islamique a annoncé samedi la fermeture des établissements éducatifs dans 14 provinces, y compris Téhéran.

Nouveaux décès dans le Hubei

En Chine, le bilan a atteint dimanche 2442 morts après l’annonce de 97 décès supplémentaires, tous sauf un dans la province centrale du Hubei, berceau du virus.

Le ministère de la Santé a aussi fait état de 648 nouveaux cas de contamination, ce qui porte à environ 77 000 le total national.

Mais c’est l’expansion en dehors du pays qui avive les inquiétudes.

L’Organisation mondiale de la santé redoute « le potentiel de dissémination du COVID-19 dans les pays dont les systèmes de santé sont plus précaires », a averti son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

C’est le cas de nombreux pays africains dont les infrastructures sanitaires et le personnel médical sont mal préparés pour affronter l’épidémie. Pour l’instant, sur le continent, seule l’Égypte a enregistré un cas confirmé de contamination.

Une étude publiée vendredi par le centre des maladies infectieuses de l’Imperial College de Londres « estime qu’environ les deux tiers des cas de COVID-19 sortis de Chine sont restés indétectés sur le plan mondial ».

Et les précautions manquent parfois : le Japon a confirmé dimanche que le virus avait finalement été diagnostiqué chez une ex-passagère du Diamond Princess, rentrée chez elle par le train mercredi après avoir été considérée comme un cas négatif.

Plus d’une vingtaine d’anciens croisiéristes étrangers sont dans le même cas.

Air Canada confirme le cas à Montréal

La compagnie Air Canada a confirmé dans un courriel transmis à La Presse canadienne avoir été mise au courant samedi qu’un de ses passagers à bord d’un vol Montréal-Vancouver du 14 février avait contracté le COVID-19. Elle n’a pas donné de précision sur ce passager. On ignore s’il s’agit du sixième cas annoncé jeudi. Une porte-parole de l’entreprise, Pascale Déry, écrit que « Air Canada collabore avec les autorités de la santé et avait pris toutes les mesures recommandées ».

Par ailleurs, un nouveau cas présumé de coronavirus a été identifié à Toronto, ont indiqué les autorités ontariennes, dimanche. Une femme serait arrivée vendredi de Chine. Elle s’est ensuite rendue dans un hôpital de la Ville Reine à cause d’une toux intermittente. Elle a été déclarée positive au COVID-19 à la suite de tests locaux. Elle a été placée en quarantaine chez elle parce qu’elle n’était que légèrement malade. Des responsables ontariens ont indiqué avoir obtenu samedi les résultats des tests. Un échantillon a été envoyé au Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg, pour confirmation.

Selon eux, la patiente n’est vraisemblablement pas contagieuse. Ils ont dit qu’elle « avait suivi tous les protocoles et porté un masque pendant tout son voyage de retour vers Toronto ». C’est le quatrième cas de coronavirus détecté en Ontario. Les trois premiers cas identifiés ont été déclarés guéris.

La Presse canadienne