L’OMS s'inquiète des foyers d’épidémie hors de la Chine

Le coronavirus a fait quatre morts en Iran depuis l’apparition des premiers cas d’infection.
Photo: Anmar Khalil Associated Press Le coronavirus a fait quatre morts en Iran depuis l’apparition des premiers cas d’infection.

Un Italien âgé de 78 ans qui avait été testé positif au coronavirus est décédé vendredi, tandis que l’Organisation mondiale de la santé s’est inquiétée de l’absence de « lien épidémiologique clair » dans des cas apparus en dehors de la Chine.

Adriano Trevisan, maçon retraité, était hospitalisé depuis une dizaine de jours, a précisé vendredi le ministre italien de la Santé, Roberto Speranza. Il était l’une des deux personnes infectées en Vénétie, tandis que cinq médecins et dix autres personnes ont également été identifiés comme porteurs du nouveau coronavirus en Lombardie.

Les lieux publics ont été fermés pendant une semaine vendredi et les événements sportifs et religieux ont été annulés dans onze villes italiennes après qu’un premier foyer d’infection a été détecté à Codogno, près de Lodi. Dans cette zone située à environ 60 km au sud-est de Milan, plus de 50 000 personnes ont été placées en semi-confinement à domicile.

Différente transmission

À Genève, le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a en outre tiré la sonnette d’alarme : « Au moment où nous parlons, nous sommes encore dans une phase où il est possible de contenir l’épidémie ». Mais la « fenêtre de tir se rétrécit », a-t-il averti, déplorant le manque de soutien financier international.

Le tout sur fond de multiplication des foyers de la maladie, avec un premier cas confirmé au Liban et un en Israël, deux morts supplémentaires en Iran (quatre au total), un doublement du nombre des personnes atteintes en Corée du Sud et quelque 500 prisonniers contaminés en Chine.

L’OMS est particulièrement préoccupée par l’apparition de cas en dehors de Chine « sans lien épidémiologique clair, tels que les antécédents de voyage et les contacts avec un cas confirmé ».

« Nous voyons que la situation évolue », a souligné la Dre Sylvie Briand, la directrice du département Préparation mondiale aux risques infectieux à l’OMS : « Non seulement le nombre des cas augmente, mais nous voyons aussi différents modèles de transmission dans différents endroits. »

L’OMS refuse pour l’instant de parler de pandémie, mais considère qu’il y a « des épidémies différentes, montrant des phases différentes », a-t-elle expliqué.

L’agence spécialisée de l’ONU a à cet égard annoncé la nomination de six envoyés spéciaux, parmi lesquels David Nabarro, l’ancien coordonnateur de l’ONU pour Ebola au moment de l’épidémie qui toucha l’Afrique de l’Ouest entre fin 2013 et 2016.

Soulignant une fois de plus les mesures « sérieuses » prises par la Chine pour contenir l’épidémie dans la province du Hubei et notamment dans la ville de Wuhan, où est apparu en décembre le nouveau coronavirus, le patron de l’OMS a appelé les « autres pays » à être également « très, très sérieux ».

L’épidémie a déjà fait plus de 2200 morts et a contaminé plus de 75 000 personnes en Chine et plus de 1100 ailleurs dans le monde.

Si le nombre des nouveaux cas quotidiens en Chine a baissé pendant quatre jours consécutifs, il est reparti à la hausse (au moins 889, contre 673 la veille), a annoncé vendredi le ministère de la Santé.

Plus de 50 millions d’habitants du Hubei sont pourtant placés en quarantaine.

Émergence de cas

Par ailleurs, si plusieurs États ont interdit l’entrée des voyageurs en provenance de Chine et de nombreuses compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers ce pays, cela n’a pas empêché l’émergence de nouveaux cas ailleurs dans le monde.

En Corée du Sud, leur nombre a presque doublé vendredi, pour le deuxième jour d’affilée, portant le total à près de 350, dont quelque 120 membres de l’Église Shincheonji de Jésus, une secte chrétienne, dans la ville de Daegu (Sud-Est).

Au Japon, la polémique enflait vendredi autour du bateau de croisière Diamond Princess, placé en quarantaine dans la banlieue de Tokyo à Yokohama et qui reste le plus important foyer de contagion hors de Chine.

Deux ex-passagers australiens, initialement testés négatifs à leur descente du navire, ont été déclarés porteurs du virus à leur retour dans leur pays.

De quoi alimenter les interrogations sur les procédures des autorités sanitaires japonaises, qui ont permis cette semaine à des centaines de passagers prétendument non infectés de débarquer.

Face au risque de contamination, des États continuent d’évacuer leurs ressortissants : un troisième avion affrété par la France a ainsi rapatrié vendredi 28 Français et 36 citoyens d’autres pays de l’Union européenne piégés à Wuhan.

Cas dans les prisons

Les participants à une réunion du Parti communiste chinois (PCC) présidée par le chef de l’État Xi Jinping ont souligné que le « pic (de l’épidémie) n’était pas encore atteint » et que la situation restait « complexe » dans le Hubei.

À Pékin, où la situation semblait jusque-là sous contrôle, les autorités ont par ailleurs fait état vendredi de 36 personnes testées positives à l’hôpital Fuxing.

Mais surtout, de nombreuses prisons sont touchées : 200 détenus et sept gardiens ont contracté le virus à Jining dans la province du Shandong et 34 cas ont été signalés dans un établissement du Zhejiang. Dans le Hubei, des contaminations massives ont été enregistrées dans une prison pour femmes (230 cas) et un centre pénitentiaire (41 cas).

Si les Chinois reprennent progressivement le chemin du travail, leur pays tourne encore largement au ralenti, la plupart des commerces, restaurants et écoles restant fermés.

Nouvelle encourageante toutefois : même si l’OMS n’espère pas de vaccin opérationnel d’ici à au moins un an, la Chine a annoncé que ses chercheurs pourraient réaliser fin avril de premiers essais sur l’homme.

Les passagers canadiens sains du «Diamond Princess» sont rentrés

Un avion transportant 129 Canadiens et leurs proches, qui ont passé des semaines confinés dans leur cabine à bord du navire de croisière Diamond Princess au Japon, a atterri à la base des Forces armées canadiennes de Trenton en Ontario dans la nuit de vendredi. Les passagers subiront un examen médical approfondi avant d’être soumis à deux autres semaines d’isolement. Tous ces passagers avaient déjà subi des tests au Japon avant de quitter le navire, amarré à Yokohama depuis début février. Jusqu’à présent, aucun de ces passagers ne présente de symptômes du virus.
Les Canadiens qui ont été infectés sur le navire ont dû rester au Japon pour être hospitalisés et recevoir des traitements médicaux. La Croix-Rouge canadienne a annoncé jeudi que quatre travailleurs humanitaires se rendraient au Japon pour leur porter assistance. Plus de 630 occupants du paquebot, dont 47 Canadiens, ont été infectés par le COVID-19.

La Presse canadienne