La Chine se barricade face au coronavirus

Du personnel de sécurité procède à un contrôle près d'une station de métro de Wuhan, en Chine, épicentre de l'épidémie de coronavirus.
Photo: Noel Celis Agence France-Presse Du personnel de sécurité procède à un contrôle près d'une station de métro de Wuhan, en Chine, épicentre de l'épidémie de coronavirus.

Les restrictions de circulation s’étendent en Chine dans l’espoir d’enrayer l’épidémie de pneumonie virale, alors que la France et les États-Unis préparent l’évacuation de leurs ressortissants de la zone en quarantaine.

« La capacité de propagation du virus s’est renforcée », ont déclaré dimanche de hauts responsables sanitaires chinois, même s’il ne s’avère pas « aussi puissant que le SRAS », un précédent coronavirus qui avait fait des centaines de morts au début des années 2000.

La situation est « grave », a reconnu samedi soir le président Xi Jinping, avertissant que l’épidémie apparue en décembre à Wuhan dans le centre du pays « s’accélère ».

La circulation automobile « non essentielle » est interdite depuis minuit dans le centre de la métropole, devenue étrangement silencieuse, comme l’a constaté une équipe de l’AFP. Des chauffeurs bénévoles, recrutés par les autorités, acheminent gratuitement les malades vers les hôpitaux.

Mais, une fois sur place, la situation s’avère parfois chaotique : les patients doivent attendre des heures avant de voir un médecin et de savoir s’ils sont ou non contaminés.

« Ça fait deux jours que je ne dors pas et que je suis baladé d’hôpital en hôpital », affirmait samedi soir un trentenaire fiévreux. « Il n’y a plus de place dans les chambres, le personnel est débordé, certains médicaments manquent et les patients sont livrés à eux-mêmes ».

Wuhan et sa région sont placées de facto en quarantaine depuis jeudi afin de prévenir une nouvelle propagation de la maladie. Au total, 56 millions de personnes sont coupées du monde.

Dans la cité transformée en ville fantôme, des haut-parleurs diffusent un message appelant les habitants à se rendre à l’hôpital sans délai s’ils ne se sentent pas bien.

« Wuhan n’a pas peur de faire face à l’adversité. N’écoutez pas les rumeurs, ne propagez pas les rumeurs », ordonne le message, alors que certains doutent des bilans fournis par les autorités.

Près de 3000 cas

La Chine déplore désormais au moins 2744 cas de contamination, dont 80 mortels, selon un dernier bilan.

Et le maire de Wuhan a dit s’attendre dimanche à un millier de contaminations supplémentaires, sur la base du nombre de patients hospitalisés qui n’ont pas encore été testés.

L’épidémie a atteint l’Europe et l’Australie. Un cas présumé a été signalé au Canada. Les États-Unis, où trois cas sont confirmés, ont annoncé organiser le départ de leur personnel diplomatique et de citoyens américains bloqués à Wuhan, espérant faire décoller un vol mardi.

D’autres pays sont en communication avec Pékin pour évacuer leurs ressortissants, notamment la France, dont quelque 500 Français résident à Wuhan.

Le groupe automobile français PSA, présent dans cette ville industrielle, a précisé que ses salariés expatriés pourraient être emmenés à Changsha, à plus de 300 km au sud.

Garder le calme

L’étude des premiers cas tend à montrer que le taux de mortalité du virus 2019-nCoV est assez faible.

Il « est pour l’instant de moins de 5 % », juge le professeur français Yazdan Yazdanpanah, expert auprès de l’OMS. Le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) avait un taux de mortalité de 9,5 %.

Pour Gui Xi’en, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de Wuhan, le nombre de contaminations pourrait atteindre un « pic » autour du 8 février, avant de décroître.

« À présent, le nombre de nouveaux patients diagnostiqués s’accroît de jour en jour, mais cela ne devrait pas prendre trop longtemps avant d’arriver à un pic », a-t-il déclaré au Quotidien du peuple.

Sur place, malgré l’ambiance anxiogène, certains habitants gardent leur calme.

« Je ne vois pas le besoin d’évacuer », déclare à l’AFP Erica Davis, une enseignante britannique qui vit à Wuhan depuis deux ans. « Restons à la maison et attendons que ça passe ».

Les hôpitaux étant débordés, la construction de deux sites pouvant accueillir chacun plus de mille lits a commencé. Elle doit être achevée… sous quinzaine, selon les médias publics.

En attendant, la Chine se protège en érigeant des barrières intérieures. Plusieurs grandes villes du nord du pays — Pékin, Tianjin, Xian — ont annoncé la suspension des lignes d’autocars longue distance qui les relient au reste du pays. Dans l’est, la province du Shandong (100 millions d’habitants) a fait de même.

Ces mesures risquent de singulièrement compliquer les trajets de la population, en plein chassé-croisé du Nouvel An chinois, qui se traduit par une succession de sept jours fériés.

Interdiction temporaire

Le régime communiste a par ailleurs annoncé dimanche une interdiction temporaire du commerce d’animaux sauvages, alors que l’épidémie serait partie d’un marché de Wuhan où était vendu ce type d’animaux.

Pékin va en outre suspendre les voyages organisés en Chine et à l’étranger, une décision qui pourrait porter un coup au commerce de villes comme Paris, très prisées des touristes chinois.

La province du Guangdong (sud), la plus peuplée du pays, a imposé de son côté le port du masque respiratoire à ses quelque 110 millions d’habitants. Une autre province, le Jiangxi (sud), a annoncé une mesure similaire, de même que plusieurs grandes villes.