La Chine est entrée dans l’année du Rat sous le signe du coronavirus

Pour le jour de l’An, les rues de Wuhan sont comme mortes, les rares passants se couvrant le visage avec un masque de protection dont le port est obligatoire.
Photo: Mark Schiefelbein Associated Press Pour le jour de l’An, les rues de Wuhan sont comme mortes, les rares passants se couvrant le visage avec un masque de protection dont le port est obligatoire.

Le bilan de l’épidémie de pneumonie virale en Chine est monté à 56 morts et près de 2000 personnes sont contaminées, ont indiqué dimanche (heure locale) les autorités, au lendemain de l’avertissement du président Xi Jinping sur une accélération de la propagation du coronavirus.

L’épidémie a atteint l’Europe et l’Australie, malgré le renforcement des mesures prises pour tenter d’enrayer sa propagation.

La crise survient en plein chassé-croisé du Nouvel An, lorsque les Chinois mettent à profit leurs sept jours de congé pour voyager d’un bout à l’autre de leur pays.

À compter de lundi, les agences de voyages chinoises ne pourront plus vendre de réservations d’hôtels ni de séjours à des groupes, a annoncé la chaîne de télévision CCTV.

Parallèlement, des médecins militaires ont été dépêchés à Wuhan, la ville du centre de la Chine où est apparu en décembre le virus, actuellement de facto mise en quarantaine, et la construction d’un deuxième hôpital d’urgence y a été lancée.

Quinze nouveaux décès ont été enregistrés, parmi lesquels un premier mort à Shanghaï, et au moins 688 nouveaux cas d’infections au coronavirus ont été confirmés, soit un total de 1975 dans le pays, selon la commission nationale de la santé.

Restrictions imposées à la circulation dans ce berceau de l’épidémie, alerte maximale à Hong Kong, contrôles systématiques dans les transports du nord au sud du pays : la Chine multiplie les initiatives pour tenter d’enrayer la progression du coronavirus désormais présent sur quatre continents.

« Face à la situation grave d’une épidémie qui s’accélère […] il est nécessaire de renforcer la direction centralisée et unifiée du Comité central du Parti », a déclaré le président Xi Jinping au cours d’une réunion du comité permanent du Bureau politique du Parti communiste, l’instance de sept membres qui dirige la Chine.

Et d’ajouter que son pays pouvait « remporter la bataille ».

La France a pour sa part annoncé vendredi soir trois cas de contamination confirmés, présentés comme les premiers en Europe, l’Australie faisant état samedi de quatre malades, des personnes récemment rentrées de Chine.

Une demi-douzaine de pays d’Asie sont désormais touchés et un deuxième cas a été confirmé aux États-Unis.  

L’étude des premiers cas tend toutefois à montrer que le taux de mortalité de ce virus baptisé 2019-nCoV, de la famille des coronavirus, est assez faible.

Ce taux « est pour l’instant est de moins de 5 % » juge le professeur français Yazdan Yazdanpanah, expert auprès de l’OMS et qui a pris en charge des patients en France.

« De façon générale, les patients (touchés par le nouveau virus) sont dans un état moins grave qu’avec le SRAS », ajoute-t-il. Le Syndrome respiratoire aigu sévère, avec 774 morts dans le monde en 2002/2003, avait un taux de mortalité de 9,5 %.

Le jour de l’an entaché

Pas de pétards, ni de danses du dragon. Pour le jour de l’An, les rues de Wuhan sont comme mortes, les rares passants se couvrant le visage avec un masque de protection dont le port est obligatoire, comme l’a constaté une équipe de l’AFP.

Aux limites de la zone interdite, à une vingtaine de kilomètres à l’est du centre-ville, des véhicules tentant de franchir un péage autoroutier doivent faire demi-tour.

« Personne ne peut sortir », déclare un policier à l’AFP.

Les trains et les avions n’ont en principe plus le droit de quitter Wuhan depuis jeudi.

Outre cette agglomération, pratiquement toute la province du Hubei est coupée du monde, portant le nombre total des habitants confinés à plus de 56 millions, soit presque la population de l’Afrique du Sud.

Dans une pharmacie, des employés en combinaison intégrale et équipés de gants chirurgicaux accueillent les clients.

D’autres font provision de masques et de désinfectants dans un des rares supermarchés encore ouverts.

« Les gens tentent de se protéger », explique un client, tout en se disant confiant. « Le gouvernement a les choses en mains. Il n’y a pas de problèmes », assure-t-il.

L’armée a envoyé dans la zone interdite trois avions d’où ont débarqué vendredi soir 450 médecins militaires et autres membres du personnel médical.

Certains d’entre eux ont l’expérience de la lutte contre Ebola et le SRAS, une souche similaire au nouveau coronavirus, qui avait entraîné la mort de 650 personnes en Chine continentale et à Hong Kong entre 2002 et 2003.

Les hôpitaux étant débordés, la construction ultrarapide d’un deuxième site devant accueillir plus de mille lits a commencé à Wuhan. Elle doit être achevée… sous quinzaine, selon les médias publics.

Tous les décès sauf deux ont été enregistrés dans cette cité ou ailleurs au Hubei.

Sur le reste du territoire chinois, les autorités ont annoncé la mise en place de mesures de dépistage.

Des points d’inspection vont être créés et tous les voyageurs présentant des symptômes de pneumonie seront « immédiatement transportés » vers un centre médical, a annoncé la Commission nationale de la santé.

La crise survient en plein chassé-croisé du Nouvel An, lorsque les Chinois mettent à profit leurs sept jours de congé pour voyager d’un bout à l’autre de leur pays.

À Pékin notamment, les festivités du Nouvel An étaient annulées. La capitale semblait déserte et ses restaurants étaient pratiquement vides.

De nombreux sites touristiques très courus, comme la Cité interdite, et des sections de la Grande muraille, ont été fermés afin de réduire les risques de contagion.

À Hong Kong, où cinq cas de contamination ont été enregistrés, l’alerte maximale a été décrétée, entraînant l’annulation du marathon et des fermetures d’école. Tout voyageur arrivant de Chine continentale devra répondre à un questionnaire médical.

À l’étranger, les trois premiers découverts en France l’ont été à Paris et Bordeaux, dans le sud-ouest.

Un deuxième cas a été confirmé aux États-Unis, où le président Donald Trump a loué les mesures prises par Pékin qui « travaille très dur » pour tenter de limiter la propagation du coronavirus, se disant convaincu que tout allait « bien se passer ».

Au moment de l’épidémie de SRAS au début des années 2000, la Chine avait au contraire été montrée du doigt, y compris par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour avoir caché les premiers cas, ce qui n’avait fait qu’aggraver la crise.

Cette fois, l’OMS a renoncé pour l’heure à décréter une « urgence internationale ».