Le coronavirus décelé en Chine fait surface en Thaïlande

Le marché de fruits de mer de Wuhan, que fréquentait régulièrement un homme décédé en lien avec le coronavirus, a été fermé pour des fins d'enquête.
Photo: Noel Celis Agence France-Presse Le marché de fruits de mer de Wuhan, que fréquentait régulièrement un homme décédé en lien avec le coronavirus, a été fermé pour des fins d'enquête.

Un nouveau coronavirus étroitement apparenté à celui du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) a été décelé en Chine et en Thaïlande, et les responsables de la santé publique suivent de près l’évolution de la situation.

Le SRAS avait fait quelque 800 morts à travers le monde en 2002-2003, dont 44 au Canada.

Une quarantaine de cas de la nouvelle infection ont pour le moment été détectés, principalement en Chine. On rapporte un décès, celui d’un homme de 61 ans de la ville de Wuhan, dans le centre de la Chine, et le seul cas rapporté en Thaïlande est celui d’un visiteur chinois qui a reçu son congé après avoir été soigné.

Dans un communiqué diffusé lundi, l’Organisation mondiale de la Santé assure que « la détection de cas dans d’autres pays n’est pas inattendue ».

Sept autres patients se trouvent dans un état critique. La victime de 61 ans était un client régulier du marché de fruits de mer de Wuhan qui souffrait de plusieurs problèmes de santé. Il a succombé à une défaillance cardiaque le 9 janvier.

Le virus ne semble pas pour le moment en mesure de se transmettre efficacement d’un humain à un autre, mais les responsables restent sur leurs gardes.

« Le nouveau cas en Thaïlande ne vient pas du même marché, donc ça ouvre la possibilité qu’il y ait une autre source que ce marché-là, a expliqué le chercheur Gary Kobinger, du département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de la faculté de médecine de l’Université Laval.

« C’est toujours un peu plus inquiétant quand des cas commencent à être détectés à l’extérieur de la région où l’émergence se produit. Ça augmente le niveau d’attention d’un cran. Le problème, c’est que l’évolution des maladies infectieuses est toujours difficile à prédire. »

Toutefois, contrairement au SRAS, aucun travailleur de la santé ne semble encore avoir été infecté par le nouveau virus, ce qui est encourageant, ajoute M. Kobinger, qui est également membre d’un comité-conseil de l’OMS.

« On prend pour acquis qu’il y a une possibilité de transmission d’humain à humain, mais probablement très inefficace ou limitée, a-t-il dit. En fait, les coronavirus ne se transmettent pas très bien entre les humains. Mais ça peut arriver quand même, surtout quand il y a des personnes qui sont immunosupprimées ou qui ont des facteurs de comorbidité. Mais dans ce cas-ci, il n’y a au moins pas de transmission d’humain à humain qui perdure. »

Éviter une répétition du SRAS

Il n’est quand même pas impossible que le virus subisse une nouvelle mutation qui lui permettrait de passer plus facilement d’un humain à un autre. Toutefois, rappelle le docteur Jasmin Villeneuve de l’Institut national de santé publique, les coronavirus du SRAS et du MERS-CoV (Syndrome respiratoire du Moyen-Orient) n’ont jamais vraiment acquis cette capacité, même s’ils circulent depuis plusieurs années.

« Si on prend les exemples du SRAS et du MERS […], ça fait quelques années que c’est connu et ils semblent être assez stables. Donc, ça ne semble pas être un virus qui va muter si rapidement que ça […], contrairement à l’influenza qui lui a une mutation très rapide », a dit le docteur Villeneuve, qui est médecin-conseil à l’INSPQ et chef d’équipe pour les infections nosocomiales.

Les premiers cas de la nouvelle infection ont été détectés en décembre et on ne constate pour le moment aucune dissémination rapide dans d’autres pays. L’important, pour le moment, est d’empêcher une répétition du scénario du SRAS.

« Dès qu’il y a une transmission d’un nouveau virus qui passe d’un animal à l’humain, c’est une situation qui va être très regardée, a-t-il expliqué. Plusieurs personnes ont fait un parallèle entre la situation actuelle et celle du SRAS en 2002-2003. La particularité, c’est qu’en 2003, le virus semblait se transmettre d’emblée à l’être humain, et on l’a su quand même tard. Ça avait commencé à l’automne et ça a été annoncé au niveau mondial en février-mars, donc il y a eu le temps d’avoir de la transmission. Donc, c’est pour ça qu’on s’en préoccupe [maintenant], pour que, s’il y a quelque chose, on puisse réagir rapidement et éviter d’avoir une situation comme à Toronto en 2002-2003, où ils ont quasiment fermé des hôpitaux. »

M. Kobinger se réjouit quant à lui de constater qu’aucun nouveau cas n’a été rapporté depuis le 3 janvier.

« On sait que ça vient par cycles, mais quand on passe les premiers 21 jours, ça devient moins probable de voir de nouvelles infections, a-t-il dit. On espère tous que ça va se terminer et que ce sera une de ces infections épisodiques très localisées. »