Pékin accuse Tsai Ing-wen de «tricherie» en Taiwan

La présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen, a été réélue samedi.
Photo: Sam Yeh Agence France-Presse La présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen, a été réélue samedi.

Les médias d’État chinois accusaient dimanche la présidente de Taiwan, réélue la veille à une large majorité pour un second mandat, de « tricherie » et cherchaient à discréditer sa victoire, vue comme un camouflet pour Pékin.

Tsai Ing-wen, qui a fait campagne contre l’autoritarisme de Pékin, a remporté samedi la présidentielle taiwanaise avec 57,1 % des suffrages malgré la campagne d’intimidation économique et diplomatique du pouvoir communiste pour isoler l’île.

 

Les médias de Pékin, strictement contrôlés par le pouvoir communiste, relativisaient toutefois la portée de cet événement et s’interrogeaient sur sa légitimité.

« Pas une élection normale »

« Ce n’est évidemment pas une élection normale », commentait dans un éditorial en anglais l’agence officielle Chine nouvelle.

Mme Tsai et le Parti démocratique progressiste (PDP) ont eu recours à de « sales tactiques telles que la tricherie, la répression et l’intimidation pour obtenir des votes », a écrit l’agence sans fournir d’explications.

Un autre éditorial de Chine nouvelle, publié en chinois, accusait Tsai Ing-wen d’avoir acheté des voix et assurait que des « forces obscures extérieures » étaient en partie responsables des résultats de l’élection.

 
8,1 millions
C’est le nombre de voix qu’a réunie Tsai Ing-wen lors de l’élection de samedi

La victoire de Tsai Ing-wen, qui a réuni 8,1 millions de voix, soit davantage que lors de la présidentielle de 2016, est « un coup de chance », a noté Chine nouvelle.

La Chine considère Taiwan comme une de ses provinces et a juré d’en reprendre un jour le contrôle, par la force si nécessaire. Les tensions sont vives entre les deux rives du détroit de Taiwan, car Mme Tsai refuse de reconnaître le principe de l’unité de Taiwan et de la Chine au sein d’un même pays — comme le réclame le pouvoir communiste.

Pour le Global Times, quotidien au ton volontiers nationaliste, ces tensions sont « orchestrées » par Tsai Ing-wen et son parti « pour susciter la peur chez les Taiwanais à l’égard du continent ».

Depuis l’arrivée au pouvoir de Tsai Ing-wen en 2016, Pékin a lancé contre Taiwan une campagne d’intimidation économique et diplomatique, espérant que cela pousserait les électeurs à soutenir un candidat qui lui est plus favorable — sans succès.

La diplomatie chinoise s’est pour sa part contentée dimanche d’un communiqué laconique après la réélection de Tsai Ing-wen.

« Quoi qu’il arrive […] les faits ne changent pas : il n’y a qu’une seule Chine dans le monde, et Taiwan fait partie de la Chine », a relevé Geng Shuang, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

« La position du gouvernement ne changera pas », a ajouté M. Geng.

Le directeur de l’ONG Human Rights Watch interdit d’entrée à Hong Kong

Hong Kong — Le directeur de Human Rights Watch, Kenneth Roth, a annoncé dimanche que les autorités de Hong Kong lui avaient interdit l’entrée sur le territoire, où il devait présenter le rapport annuel de l’ONG de défense des droits de la personne après des mois de manifestations prodémocratie.

« J’avais espéré pouvoir mettre en lumière les attaques de plus en plus fortes menées par Pékin contre les efforts internationaux pour soutenir les droits de la personne, a-t-il déclaré dans un communiqué. Ce refus de me laisser entrer à Hong Kong en est une illustration éclatante. »

Le directeur de HRW, dont le siège est à New York, a indiqué dans une vidéo sur Twitter qu’il avait été bloqué dès son arrivée à l’aéroport de Hong Kong. Selon M. Roth, les autorités ont invoqué des « raisons liées à l’immigration », sans donner plus d’explications.

La Chine avait annoncé début décembre des sanctions — sans en préciser la nature — contre les ONG américaines, dont HRW, en représailles après le vote par le Congrès américain d’une loi soutenant les manifestants prodémocratie à Hong Kong.

À l’époque, le ministère chinois des Affaires étrangères avait accusé ces ONG de « soutenir les forces antichinoises » et de « promouvoir des activités séparatistes en faveur de l’indépendance de Hong Kong ».

De nombreux universitaires, chercheurs, hommes politiques et journalistes critiques envers la politique de Pékin ont été interdits d’accès à Hong Kong ces dernières années.
Agence France-Presse