Une manifestation monstre à Hong Kong pour entamer 2020

Plus d’un million de Hongkongais ont participé à la manifestation du Jour de l'An, selon les organisateurs.
Photo: Isaac Lawrence Agence France-Presse Plus d’un million de Hongkongais ont participé à la manifestation du Jour de l'An, selon les organisateurs.

Des dizaines de milliers de militants prodémocratie ont défilé mercredi à Hong Kong pour le Nouvel An, espérant insuffler en 2020 un nouvel élan à leur mouvement avec cette manifestation marquée par des affrontements avec la police.

« Environ 400 » manifestants ont été arrêtés mercredi, a annoncé la police. Ces manifestants ont été arrêtés notamment pour « rassemblement illicite et détention d’armes », a déclaré lors d’une conférence de presse un responsable de la police hongkongaise, Jim Ng. Selon les organisateurs, plus d’un million de personnes ont participé à la première manifestation prodémocratie de 2020.

Plus d’un million de Hongkongais ont participé à la manifestation, selon les organisateurs. « La participation totale a dépassé le 1,03 million du 9 juin », a estimé dans un communiqué le Front civil des droits de l’homme (FCDH), se référant à la première manifestation d’ampleur marquant le début véritable du mouvement.

Mercredi, les autorités ont demandé aux organisateurs de mettre fin à la marche plus tôt que prévu en raison d’affrontements. Autorisée, elle avait débuté pacifiquement dans l’après-midi, mais des affrontements ont éclaté alors que le cortège parcourait le quartier de Wan Chai.

« Partez immédiatement »

Visée par des cocktails Molotov, la police antiémeute a fait usage de gaz lacrymogène et de gaz au poivre.

« La police nous a demandé de disperser la marche », ont alors annoncé les organisateurs par mégaphone aux manifestants. « S’il vous plaît, partez immédiatement, dans le calme et lentement ».

Dans des scènes devenues familières, les policiers antiémeute se sont déployés aux alentours de la manifestation, y compris à la station de métro de Wan Chai. Des manifestants masqués et vêtus de noir se sont rassemblés pour construire des barricades de fortune et des commerces ont été vandalisés.

Ces affrontements ont toutefois été minimes comparés à de précédents épisodes chaotiques. Au crépuscule, des journalistes de l’AFP ont vu les policiers arrêter une centaine de manifestants. Aucune confirmation n’était immédiatement disponible auprès de la police.

La manifestation visait à mettre la pression sur l’exécutif local afin qu’il accède aux demandes des protestataires comprenant un véritable suffrage universel, une enquête indépendante sur le comportement de la police et l’amnistie pour toutes les personnes arrêtées depuis juin — environ 6500, dont près d’un tiers âgé de moins de vingt ans.

« C’est triste que nos revendications de 2019 doivent être reportées à 2020 », a regretté Jimmi Sham du FCDH, s’adressant à la foule avant le départ de la marche. « Nous nous attendons à plus de répression à l’avenir. Nous devons nous préparer activement à la lutte ».

Beaucoup de participants arboraient des banderoles rappelant les principales revendications.

« Situation désespérée »

« L’État de droit, les droits de l’homme et la liberté de Hong Kong ont été progressivement érodés », a martelé un manifestant, le visage dissimulé sous un masque, dans un discours pendant le rassemblement des manifestants. « Les habitants de Hong Kong ont été poussés vers une situation désespérée. C’est pourquoi aujourd’hui nous devons sortir ».

Mardi soir, des milliers de personnes s’étaient rassemblées à travers la mégapole pour attendre le passage à 2020, décomptant : « Dix ! Neuf ! Libérez Hong Kong, la révolution maintenant ! ».

Dans le quartier de Mong Kok, de petits groupes ont mis le feu à des barricades et la police a alors fait usage de gaz lacrymogènes pour la première fois en 2020.

Plus tôt dans la journée de mardi, des milliers de manifestants avaient formé des kilomètres de chaînes humaines dans la ville. Ils ont entonné « Gloire à Hong Kong », l’hymne de la contestation et brandi des affiches appelant à poursuivre en 2020 la bataille pour la démocratie.

Suscitée initialement par un projet d’autoriser les extraditions vers la Chine continentale abandonné depuis, la contestation s’est ensuite élargie pour dénoncer le contrôle exercé par Pékin.

Le mouvement a connu une accalmie après la victoire écrasante, fin novembre, du camp prodémocratie lors d’élections locales perçues comme un référendum sur la gestion de la crise par le gouvernement local soutenu par Pékin.

Mais les manifestants ont juré de poursuivre leur combat pour plus de libertés. Jusqu’à présent, leurs revendications ont été rejetées par l’exécutif hongkongais dirigé par Carrie Lam, aligné sur Pékin.